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Look what you made me do

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Cycle 3 Look what you made me do

Message par George Forbes le Mar 3 Avr - 2:54


「 If an injury has to be done to a man it should be so severe that his vengeance need not be feared. 」

3 avril 1762, aux environs de 23h
George - Virgile
Il lui avait fallu du temps avant d'obtenir l'information qui lui manquait, celle qui changeait tout, et il ne regrettait pas d'en être arrivé à ces extrémités parce que ça avait marché. Parce qu'il savait comment gagner à ce genre de jeux et son adversaire avait une nouvelle fois perdu face à lui. Il avait craqué et dévoilé sa main - ou du moins, le connaissant, une partie - et c'était comme ça qu'il l'avait trouvé. Il avait attendu que la nuit tombe, que les rues se vident, que seules les âmes les moins bien attentionnées osent encore être dehors pour les rejoindre à son tour. Il craignait toujours les ombres et ce qu'elles pouvaient cacher, mais ce soir la peur était moins important que tout le reste. Que sa colère, sa rage, sa douleur, sa haine et tout ce qu'il n'arrivait pas à nommer. Ce soir enfin il agissait au lieu de toujours subir, et quoi qu'il se passe il aurait des réponses, peu importe la façon de les obtenir. Parce que l'autre en face ne savait pas tout, il en était convaincu, et il s'en servirait à son avantage pour le faire perdre une nouvelle fois. Il n'avait pas eu trop de mal à trouver la bonne porte et s'y engouffrer, rejoignant les escaliers sans se faire remarquer pour monter les marches en silence et s'arrêter devant la porte qu'on lui avait indiqué. Quelques secondes à guetter le moindre bruit et il avait joué avec le mécanisme de la serrure, souriant quand il avait entendu le claquement du métal puis le discret grincement de la porte qui s'ouvrait devant lui.

Une fois la porte refermée derrière lui, il s'était arrêté pour observer la chambre. La pièce à vivre de ce qui semblait être un petit appartement en réalité, mais connaissant le locataire ça ne l'étonnait pas vraiment. Virgile avait toujours eu des goûts coûteux et c'était aussi comme ça qu'il l'avait trouvé. La porte au fond devait mener à la chambre en elle-même et il avait fait quelques pas pour s'en rapprocher quand il avait remarqué le berceau. Sûrement la petite fille qui rendait la vie impossible à l'écrivain s'il en croyait l'une de ses lettres, et il s'était approché, laissant la curiosité l'emporter un instant sur la raison de sa présence ici.  A peine le temps de voir à quoi elle ressemblait qu'elle s'était mise à pleurer et  instinctivement il l'avait prise dans ses bras pour la calmer, la berçant sans un mot, frôlant sa joue du bout des doigts avant de la laisser capturer son pouce. Elle était belle avec les boucles brunes qui s'égaraient sur son front et ses grands yeux clairs. Aussi belle que son fils avait pu l'être au même âge. Quelques mois à peine, pas plus de six, et il avait senti son cœur se serrer douloureusement, le rire cristallin qu'il ne pourrait plus jamais entendre résonnant dans son crâne. Il était resté debout à apaiser le petit être, contemplant son petit visage parfait et la paix qui adoucissait tous ses traits alors qu'elle sombrait lentement, en oubliant presque pourquoi il était là, ce qui serrait son cœur et sa gorge, qui embrumait ses yeux, quand il avait entendu la porte de ce qui devait être la chambre s'ouvrir.

Il n'eut pas besoin de lever les yeux pour savoir que celui qu'il était venu voir le regardait, et il s'était contenté de caresser une nouvelle fois la joue de la petite fille qu'il berçait doucement. Tu dois sacrément t'nir à sa mère pour tolérer un gamin à moins d'dix mètres d'toi. Il se souvenait de ce détail, un qu'il n'avait jamais compris, un parmi tant d'autres. Sa voix était basse, posée, presque un murmure pour ne pas déranger le bébé dans ses bras. Surtout aussi jeune... Félicitations j'suppose... Il savait que l'autre allait répliquer, sûrement un train d'esprit comme il était capable d'en sortir à tout moment, ou une menace pour se venger de se qui s'était passé la dernière fois, mais il ne lui avait pas laissé le temps et avait repris la parole, la voix toujours aussi calme. J's'rais toi j'resterais discret, ce s'rait con qu'des gens viennent et trouvent un homme dans ta chambre à cette heure. Moi j'm'en fous, j'ai d'jà une réputation d'merde, mais c'pas ton cas... Quittant un instant le visage du petit être des yeux, il les fixa sur ceux de son ancien amant, s'assurant qu'il ne louperait aucun mot qu'il prit soin  de bien articuler. Enfin pas pour le moment. Il l'avait fait à Paris, là où l'écrivain était connu bien avant son arrivée, faire pareil ici alors qu'il l'était beaucoup moins ne serait pas très difficile. Quoi qu'tu veuilles on règle ça c'soir, une bonne fois pour toute. Il avait soutenu son regard encore quelques secondes avant de le ramener sur le bébé qui s'était rendormie blottie contre lui et sa gorge se serra un peu plus alors qu'il la reposait doucement dans son berceau. Une dernière caresse sur son petit poing serré et il s'était éloigné, attendant de voir ce que son ancien amant avait à dire.


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Cycle 3 Re: Look what you made me do

Message par Virgile Prevost le Ven 13 Avr - 10:42

george
  & virgile

   
look what you made me do

 
La rage qui a déformé tes traits ce soir là. La rage qui t'as étreint le cœur, comme tant de lames aiguisées, tranchantes. Les cauchemars qui ont suivis, amplifiés, infernaux. La créature de lave et de cendres, qui fond sur toi, qui te transperce comme une dague, rendant la résistance vaine et impossible. Les réveils, brutaux, couvert d'une chape d'horreur et de sueur, alors qu'elle te regardait, inquiète, courant chercher l'enfant pour la bercer. L'enfant. Tu reprenais contenance, préférant te concentrer sur le nourrisson braillard, ignorer les regards de la blonde, et te diriger vers ton établi, ta plume, ton encre, ton papier. Tu y couchais tout, t'y reprenant mille fois avant d'arriver à la lettre parfaite, à celle que tu lui envoyais sitôt un gamin des rues trouvé, quelques piécettes dans la main. Tu es allé une fois, une seule, près de l'auberge miteuse de ton ancien amant, avant de décréter ne jamais y faire un pas. Même parmi les bas quartiers, elle semble encore être une bouche des enfers. Peut-être est-ce simplement le fait de le savoir propriétaire ? Sans doute, mais tu n'en as plus grand chose à faire à ce stade. Les lettres se sont succédées, entre silence et harcèlement, et tu sais qu'il les as lues : le journal d'hier matin te l'a confirmé. Il s'en va. Il quitte. Il fuit. Le journal, tu l'a déchiré en autant de morceaux qu'il l'a fait de ta fierté, et c'est dans une missive pleine d'amertume que tu lui as donné une partie de ton plan entre les mains. Il n'en avait rien compris jusqu'à l'avant dernière, sinon il serait parti plus tôt. Cette femme diabolique, qui exerce tant d'attrait encore sur l'aubergiste, tu ne peux plus la supporter, tu ne peux plus la voir. Elle se meurt, de toute manière, une drôle de fièvre qui s'en est emparée, la forçant à rester au lit. Tu lui as enlevé l'enfant, prétextant la mettre en sûreté, mais plus d'une fois tu as pensé la donner au premier homme venu, l'atroce fillette. Tu as quitté l'appartement que tu occupais, craignant d'attraper la maladie, celle des paysans certainement, laissant sur place la bonniche, peut-être pour soulager ta conscience ? Tu ne sais pas, alors que tu ne trouves pas le sommeil cette nuit encore. Qu'il n'y a rien d'autre que le silence de la nuit, que l'enfant semble être endormie, et la couverture de Morphée posée sur les pavés de la ville. Tu y repenses, à Joanne, à ses sourires que tu lui rendais, hypocrite. A ces élans de poésie, alors que tu lui lisais les premières pages de ton nouvel écrit. Parfois, sa compagnie te semblait agréable, presque normale, et tu en oubliais le monstre d'égoïsme que vous aviez côtoyé tous les deux. Non que tu t'imaginais vivre avec elle, bien trop obnubilée par l'égoïste, mais parfois tu rêvais de cette douceur, bien vite éloignée par ces infâmes cauchemars de cendres et de feu. Il y a du bruit, dans la pièce d'à-côté. Il y a l'enfant, qui se met à pleurer, ses cris stridents t'arrachent à cet état de semi-sommeil, et la bonne qui ne se dépêches pas, te laissant seul avec le bambin. Ou est-ce juste parce que tu ne parviens pas à t'endormir ? Tu sors de ta couche avec dépit, attrapant ta robe de chambre pour t'en vêtir, même si tu ne prends pas la peine de nouer la cordelette autour de tes hanches. Pire qu'un cri d'alarme, cet enfant, alors que tu ouvres la porte, et tu restes interdit. Il est là. Elle est dans ses bras. Trônant au milieu du salon, la scène te semble l'antithèse même de ce que devrait être ta vie, alors que tu ne prends même pas la peine de fermer la porte derrière toi. Ni même de te ruer dans ta chambre pour en sortir le coutelas que tu t'es procuré, peu après la merveilleuse soirée passée en sa compagnie. Il défoncerait la porte pour t'en empêcher, et tu te sens bien bête de ne pas avoir pensé à le prendre avant de te lever. Pourtant tu agis comme un prince embêté, ennuyé qu'un visiteur nocturne ne se soit pas annoncé avant d'entrer, et tu restes devant la porte menant à ta vaste couche, sans dire un mot de plus. Cette scène, elle te rends malade, il y a quelque chose qui cloches plus que de raison, probablement le fait de savoir qu'il tiens son propre enfant dans ses bras ? Que si le corps menu venait à dévoiler ses secrets, tout essai de vengeance serait vain ? Tu te félicites intérieurement de revêtir l'enfant d'une sublime robe de chambre tous les soirs, couvrant la presque totalité de sa peau étrange et rêche. Comme son père. « Je vois que tu as appris d'autres compétences depuis Paris. » Lâches-tu, ignorant les menaces dans sa voix. Ignorant les félicitations, bien peu de circonstances. « J'imagine que ton auberge ne te rapporte rien, si te voilà à voler les honnêtes gens. » Oh non, tu ne lui feras pas le plaisir de le craindre. Pas ce soir. Plus jamais. « N'étais-tu pas sur le départ ? Ou bien peut-être que tu préférais rendre une dernière visite à un vieil ami? » Tu lèves les yeux au ciel, alors que tu surveilles d'un œil l'enfant qui s'est rendormis. « Si tu t'étais annoncé, je t'aurais accueilli avec bien plus de chaleur, et ma bonne t'aurais préparé une délicieuse boisson chaude... » Ton sourire s'élargit, malgré le rapprochement induit par l'autre homme. « Je n'ai malheureusement pas ici de quoi satisfaire tes alcooliques envies. »



   
   
 

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Cycle 3 Re: Look what you made me do

Message par George Forbes le Sam 14 Avr - 12:26


「 If an injury has to be done to a man it should be so severe that his vengeance need not be feared. 」

3 avril 1762, aux environs de 23h
George - Virgile
Il n'avait pas réagit tout de suite devant la tenue - ou l'absence de tenue - de l'écrivain, peut-être parce qu'il était en train de cajoler le petit être dans ses bras jusqu'à ce que ses paupières se ferment et que son souffle se fasse lent et régulier.  Mais une fois le bébé dans son berceau, il n'avait pu s'empêcher de le regarder, ses yeux glissant sur ce corps qu'il avait connu à la perfection, sa gorge se serrant un peu plus à mesure qu'il suivait les fines courbes et les longs déliés vers le bas. Les battements plus lourds de son cœur alors que les souvenirs d'une autre époque s'imposaient à son esprit, que ses instincts lui rappelaient les plaisirs  que ce corps lui avait procuré. Le pas en arrière qu'il fit, presque dans un sursaut, parce qu'il savait ce qui pouvait arriver s'il laissait ses besoins prendre le dessus. Ce qui était déjà arrivé. Quoi que l'autre en pense il n'était pas comme ça, et il avait fait un nouveau pas en arrière, s'arrachant à la contemplation de ce corps qui lui faisait toujours autant d'effet pour observer la pièce. Le bureau poussé sous la fenêtre, les tonnelets dans le coin, les fauteuils près de la cheminée, le berceau qui trônait presque au centre. Le champ de bataille où ils s'affronteraient une nouvelle fois, la dernière avec un peu de chance, et au moins ici la milice ou la garde ne risquait pas de débarquer à tout moment.

Départ? Pour quoi faire? T'aurais du d'viner pourtant, tu m'as d'jà vu jouer aux cartes.  Il n'avait jamais eu l'intelligence du français, encore moins son éducation, mais il compensait en audace et expérience des nombreux jeux où les personnalités importaient plus que les cartes, pions, dés, dominos ou quoi que ce soit d'autre. Et surtout il était bon menteur, en tout cas nettement plus que l'autre. M'manquait juste l'endroit où tu t'cachais, et m'a suffit d'payer l'gamin plus que toi... Et l'journal pour qu'ils disent que j'pars en France. Il avait senti ses poings se serrer, pourtant il n'avait pas bougé, droit devant celui qui avait un jour été son monde. Il y avait très longtemps. Et ta bonne aussi, qu'a bien b'soin d'repos avec... Comment elle a dit d'jà...Ah oui, une "gamine qui braille tout l'temps sans raison".Un bref sourire, soulevant à peine le coin de ses lèvres avant de disparaître presque aussitôt, et il reprit. T'croyais vraiment que j'avais rien écouté l'autre soir? Qu'j'étais trop fasciné par toi? J'ai plus 18 ans Virgile. Une fois rentré à l'auberge ce soir-là, il avait regardé la date sur les pages qu'il cachait sous son lit. Réalisé le temps écoulé, les changements qui s'étaient opérés, tout ce qu'il avait appris, enduré, depuis. Essayé de noyer, sans grand succès, tout ce qu'il avait vu, fait, depuis tout ce temps. Regardé le soleil se lever, l'écho des mots de l'écrivain tournant toujours dans son crâne.

Il avait fini par le regarder à nouveau, se fixant sur son visage en tâchant d'oublier ce qui était plus bas, essayant de deviner ce qui pouvait bien se passer dans l'esprit compliqué de l'autre tout en sachant qu'il n'y arriverait jamais vraiment, comme alors. C'est ça qui t'fais chier non? Que j'sois plus le gamin de Paris qu'tu pouvais manipuler comme tu voulais? Bien sûr il n'y avait pas eu que ça entre eux, mais il lui avait fallu du temps pour réaliser à quel point l'autre avait eu une influence sur ses moindres gestes, sur chacune de ses pensées, tout ce qu'il réveillait en lui et tout ce qu'il avait fait pour satisfaire ses désirs. Pour faire taire ses besoins, juste un peu. Qu'j'ai réussi à t'oublier assez pour passer à aut'chose alors qu'toi non? Il guettait ses réactions, ou leur absence, sur ses traits et dans son regard, essayant de voir quels mots avaient le plus d'impact, alors qu'il s'efforçait de rester calme, la voix basse pour ne pas réveiller la fillette. Ou qu'ce soit à cause d'elle si j'suis là c'soir? Sa gorge s'était serrée une nouvelle fois, autant que son cœur, et il avait croisé les bras sur son torse, ses doigts trouvant le lien de cuir qui ceignait toujours son poignet. La promesse qui l'avait empêché de faire demi-tour une fois la côte anglaise atteinte, quand il avait appris la mort de son père, quand le tueur s'était pointé à l'auberge.


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Cycle 3 Re: Look what you made me do

Message par Virgile Prevost le Dim 15 Avr - 23:47

george
  & virgile

   
look what you made me do

 
Il le savoure, son petit effet. Il a ce sourire aux lèvres, celui que tu aimerais lui enlever à l'instant, là, tout de suite. Il a cette bouche toujours si attirante, ce faciès vieilli et la peau qui semble si douce, loin de ce qu'elle était à Paris. Mais tout sonne faux. Tout. Il n'est pas celui que tu as connu à la capitale. Il n'est en rien celui duquel tu es tombé amoureux, quinze ans plus tôt. Oh, à présent qu'il ne t'évoques que dégoût, tu oses te l'avouer. Un instant. Bref. Fugace, inexistant. Tu refuses de laisser cette pensée revenir sur le devant de la scène, pas alors que tu en profites pour l'enfouir avec cette peur immense qu'il ne s'en prenne à toi physiquement. Ta main se crispe, cachée par l'immense manche de ta robe de chambre, qui elle ne couvre rien d'autre que tes épaules. Tu n'attendais nulle visite ce soir. Pas si tôt. Pas si vite. Tu l'imaginais encore à lire et relire tes lettres, y trouver les éléments, les preuves, les mots cachés, et seulement oser venir te confronter le lendemain, à la lumière du jour. La nuit t'inquiètes, la nuit t'obsèdes, alors que tout ce qu'il y a de plus malsain s'y cache depuis quelques semaines. Le coutelas, oh, que tu regrettes de ne pas l'avoir pris en main. Que tu regrettes, de ne pouvoir te jeter sur cette lame aiguisée, la disposant entre vos corps, entre ses mains impies, salies et les immaculées que sont les tiennes. Tu es vulnérable, croit-il, habillé de la sorte. Si peu vêtu, si peu préparé, semble-t-il, à en juger de son regard. Tu le pensais plus bête encore, tu ne le pensais pas capable de remettre si vite les pièces du puzzle que tu as disposé dans tes lettres. En cela, il te surprends. Aurait-il aussi compris que l'enfant est le sien ? Tu en doutes, et tu es bienheureux de garder sous le coude cette autre pièce du casse-tête. De toute ta hauteur, tu le toises, alors qu'il semble prendre du plaisir à démontrer un manque d'intelligence de ta part. Tu as toujours demandé au même gamin des rues, de poster tes lettres. Tu l'as toujours payé une misère, considérant que le travail n'en valait déjà pas autant. Tu imagines pourtant George se ruiner pour retrouver ton appartement, donnant une demi-fortune à cet orphelin, alors qu'il n'a fait que ce que tu désirais de lui : te trahir. C'est la nature humaine, de trahir pour s'enrichir, en témoigne encore cette bonne, qui ne se montera certainement pas de la nuit, la malheureuse. Et puis, tu savais que tu goût du luxe te dévoilerait : dans cette vieille ville, il n'y a que les beaux quartiers pour satisfaire tes désirs, et il était plus qu'évident que tu n'irais pas dormir dans l'un des coupe-gorges de la cité. Un imbécile s'y serait trompé, et étrangement George ne l'est plus, imbécile. L'adolescent de Paris a grandit, et tu ne l'a pas pris en compte. Ce sont tes seules fautes, celles de lui refuser tout espoir de retraite, et celle de le penser bien moins malin qu'il ne l'est devenu. Dans cette partie d'échec, il n'y en a qu'un seul pour croire que l'autre n'a pas au moins deux coups d'avance. Tu ne lui réponds pas, qu'il savoure tant qu'il peut sa victoire éphémère. Il t'a surpris, c'est tout ce qu'il a gagné. Tout ce que tu acceptes de lui céder. Un jour peut-être, il apprendra à ne pas se fier à ce qu'il croit acquis.  « Penses-tu, George? » En est-tu capable?, que tu sous entends. Tu le regardes droit dans les yeux, ta posture déliée, étudiée. « Si tu m'avais réellement oublié, tu n'aurais pas préparé tout ce manège à ma simple attention. » Même si tu ne supportes pas qu'il dise être passé à autre chose. Même si l'idée même qu'il ait aimé quelqu'un plus fort qu'il ne t'a aimé te rends malade. Même si c'est vrai, tu n'as jamais aimé quelqu'un d'autre que lui. Ça t'es impossible, tu as trop besoin de liberté pour ça. « A cause d'elle ? A part cet enfant, je ne vois personne d'autre dans cet appartement ce soir. » Tu dis, accompagnant tes mots d'un geste ample du bras. « Tu t'es certainement occupé de la bonne, qui ne mettras plus les pieds ici je suppose ? » Tu questionnes, semblant à peine ennuyé par la perspective de devoir trouver une troisième personne pour s'occuper de la gamine. Pourtant, tu mimiques un air inquiet, contrit, presque volontairement intéressé. « Mais je m'inquiètes de ta santé George, serais-tu en proie à des fantômes ? » Que tu lâches, avant d'être interrompus par un sanglot énorme, par un cri, par une véritable torture de l'ouïe. L'enfant, qui s'est mis à hurler, à t'arracher les tympans, et sous la surprise, tes mains viennent se plaquer à tes oreilles pour ne plus l'entendre.  « Arrêtes cette chose !! » Que tu cries, plus fort encore, un geste de repli, vaincu par les cris d'enfants.




   
   
 

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Cycle 3 Re: Look what you made me do

Message par George Forbes le Mar 17 Avr - 0:46


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Il l'avait presque oublié oui, ou du moins relégué à un mauvais souvenir qu'il n'aimait pas revisiter, et que Virgile croit qu'il avait préparé sa venue ce soir lui montrait une nouvelle fois que ça n'était pas son cas. Il ne savait pas quoi en penser, encore moins s'il devait en penser quelque chose après ce qui s'était passé entre eux des années auparavant et dans le dernier mois. Il l'avait écouté se foutre ouvertement de lui, l'attaquer encore et encore, ses doigts passant sur les reliefs du pendentif de bois. Il aurait pu décider de lui faire ravaler cet air satisfait qu'il avait malgré sa mine presque inquiète, mais ça aurait été le laisser gagner et ce soir il n'avait juste pas envie de jouer. Avant qu'il ait le temps de lui poser une nouvelle fois la question, le bébé s'était remis à pleurer, et il n'avait pu s'empêcher de hausser les sourcils en voyant la réaction de Virgile.  Ta fille, ton problème. Il savait que le français n'aimait pas les enfants,  mais il s'agissait du sien et il aurait du au moins bouger pour s'assurer que l'enfant n'avait rien de grave. Juste un regard dans le berceau, ça aurait été largement suffisant. Mais le français ne bougeait pas, se contentant de se boucher un peu plus les oreilles, une expression qu'il n'avait presque jamais vu sur le visage. La façon dont il en parlait, dont il agissait envers elle, rien que l'endroit où était placé le berceau. C'est pas la tienne... Juste un murmure, à moitié englouti par les pleurs du bébé, pourtant ça lui semblait évident maintenant et il était soulagé de savoir que Virgile n'était pas le père, sans pouvoir vraiment dire pourquoi. Levant les yeux au plafond avec un bref soupir, il fit un pas vers le berceau, parfaitement conscient qu'il faisait une nouvelle fois exactement ce que le français voulait.

Il ne put retenir un chapelet de jurons rauques dans ses langues maternelles et paternelles quand sa jambe heurta le coin d'une table basse qu'il n'avait pas vu dans la pénombre, s'y effondrant à moitié et envoyant valser dans sa chute les livres posés dessus. Se relevant en jurant encore plus, il donna un coup de pied dans la table, la repoussant à quelques mètres sans se soucier un instant du bruit, et fit enfin les quelques pas qui le séparaient du berceau, se penchant pour sourire au petit être qui pleurait toujours autant. Et une nouvelle fois il la prit dans ses bras, la berçant contre lui pour la calmer, retrouvant ces gestes qu'il aurait préféré oublier. L'appuyant contre son épaule, il posa un léger baiser sur son front, prenant la direction des fauteuils pour rapprocher l'un d'eux du feu et s'y asseoir. Cherchant du regard l'écrivain qui devait avoir repris de sa superbe, il fit de son mieux pour ignorer sa peau offerte et lui désigner l'autre fauteuil d'un signe de tête. Et lever une nouvelle fois les yeux au plafond avec un soupir devant son refus net. J'ai un bébé dans les bras, j'vais rien t'faire... Et j'suis désolé pour l'aut' soir, ça aurait pas du arriver. Mais c'était arrivé, et il s'en voulait toujours autant. Parce qu'il n'était pas comme ça, malgré tout ce que Virgile avait pu lui faire, malgré toutes les autres raison qui auraient pu expliquer ses actions. Parce qu'il aurait du être capable de se contrôler, même si ça avait toujours été plus difficile quand l'écrivain était dans les environs. Il ne pouvait certainement pas lui reprocher d'être méfiant après ce qui s'était passé, tout comme il savait qu'il n'était pas uniquement question de ses gestes ce soir-là.

Il s'était installé un peu plus confortablement dans le fauteuil, son attention à nouveau centrée sur le bébé qu'il avait repris dans ses bras, sur sa petite poigne emprisonnant une nouvelle fois son pouce, sa chaleur qu'il pouvait sentir malgré le tissu. Je sais qu'tu sais où est Joanne. Ses mots quand ils s'étaient revus l'autre soir, ceux de ses lettres, c'était évident mais il avait mis du temps à comprendre. Trop de temps. Levant à nouveau la tête, il trouva les yeux du français et s'y fixa. Dis-moi c'que j'dois faire et j'le f'rais, tu l'sais. J'veux juste la voir, m'assurer qu'elle va bien... Admirer son sourire, la serrer dans ses bras, l'entendre prononcer son nom et la serrer un peu plus fort contre lui. Lui répéter à quel point elle lui avait manqué, combien il l'aimait et ne plus jamais s'éloigner d'elle. Et il avait baissé les yeux, les ramenant sur la petite fille qui le regardait en silence. J'sais pas si elle t'l'a dit... Si elle t'a parlé d'Thomas... Il la sentait, l'eau salée qui s'amoncelait au bord de ses yeux, toujours fixés sur la petite fille dans ses bras, sur ses grands yeux si clairs, qui embrumait sa voix. L'était parfait... Tout l'était... L'envie de hurler sa douleur, toujours aussi insupportable malgré le temps passé, qui serrait sa gorge, le faisant lutter pour chaque mot qui sortaient pourtant, et la sensation des minuscules doigts qui serraient instinctivement le sien. Et j'ai tout fait foirer, comme d'habitude... Juste un murmure étouffé, vaincu, et il avait fermé les yeux, tâchant de retenir l'eau salée qui menaçait de déborder.


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