AccueilAccueil  
  • PublicationsPublications  
  • FAQFAQ  
  • RechercherRechercher  
  • MembresMembres  
  • GroupesGroupes  
  • S'enregistrerS'enregistrer  
  • ConnexionConnexion  

  • Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

    Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Message par Llewyn MacGobhainn le Mar 11 Juil - 22:47




    Gospel of Dismay
    Archibald & Llewyn
    You put a sour little flavor in my mouth now. You move in circles hoping no one's gonna find out. But we're so lucky, Kiss the ring and let 'em bow down. Looking for the time of your life. He-ey. Where will you be waking up tomorrow morning?



    « Allez me chercher Archibald Ferguson ! » La voix du chirurgien résonne rageusement à l’intention de son domestique. Haletant, il étouffe un grognement guttural à la violente émergence de ses pulsions anthropophages. Rien ne se passe comme prévu. Ceci est l’exact opposé de ce que l’Oilliphéist voulait en ingérant ces plantes. Dans la précipitation, Llewyn n’avait pas fait attention à l’odeur particulière des feuilles. Ce n’est qu’au début de son combat contre lui-même qu’il comprit qu’Archibald l’avait trompé. Le Fir Darrig allait payer cette erreur. Il faisait pourtant confiance au vieil herboriste, malgré sa personnalité excentrique et sa santé mentale déséquilibrée. Enfin, confiance n’est peut-être pas le mot qu’emploierait le chirurgien. Surtout à cet instant où tout ce qu’il a toujours refoulé au plus profond de lui est en train de refaire surface, tel un raz-de-marée, détruisant chacune des barrières fragiles construites par Llewyn. Son corps tout entier semble se rebeller contre lui, heureux de pouvoir enfin s’exprimer et d’exister en pleine lumière.

    Les mains tremblantes, le regard fou, le chirurgien s’est muré dans son bureau, incapable de comprendre ou de contrôler ce qui lui arrive. Ses pensées sont embrumées par la peur et les arômes singuliers de son thé. Acculé dans un coin telle une proie, il sent le peu de contrôle qui lui restait s’effriter au fil des minutes qui passent. Il a froid. Pourtant, son bureau est la pièce la plus chauffée de la maison, mais l’Oilliphéist frissonnant se rapproche de la cheminée. Llewyn a toujours redouté ce moment. Il a toujours redouté devoir un jour faire face à ses démons, à l’inconnu. Toute sa vie, il a toujours refusé ce monstrueux héritage malgré les stigmates qui ornent son corps et son esprit.

    L’espace d’une seconde, son regard se perd sur l’emplacement du fétiche de son beau-frère. Tendances paranoïaques, l’Oilliphéist se questionne sur la possible implication de Seaghdh dans cette affaire. Est-ce qu’il aurait enfin craqué ? Un rire rauque lui échappe. Après tout, Llewyn s’est amusé à en demander toujours plus au comptable. D’abord de garder sur silence sur le trafic d’êtres humains, ensuite de travailler pour lui. Ce ne serait pas impossible que le Ceasg ait décidé de reprendre les choses en main. Le chirurgien savait que ce jour finirait par arriver, mais il pensait être en état de remettre son beau-frère à sa place avant qu’il n’y ait de trop grandes conséquences. S’il était responsable de son état, Llewyn devait bien avouer qu’il était assez déçu de la tournure des événements. Venant de Seaghdh, il se serait attendu à quelque chose de spectaculaire, à une explosion de colère, de grands cris, des insultes, pas à une sorte d’empoisonnement. L’empoisonnement, ce serait plus pour Teàrlach. L’élève ayant finalement décidé de dépasser le maître. Fourbe de Fir Darrig. Le chirurgien a toujours essayé de garder un œil sur lui et sur ses faits et gestes. Ici, pas de confiance, seul comptait leur arrangement. Ó Ceallaigh n’est bon qu’à remplir le laboratoire de sujets d’expérimentation. Llewyn a toujours vigoureusement rejeté et craché sur les convictions de son logé. À cet instant précis, l’Oilliphéist s’accroche à ce qui lui reste de certain. Tout ce dont il est sûr, c’est que Teàrlach a tort sur toute la ligne et que, s’il est derrière tout ça, il finira par s’en rendre compte. Les monstres n’ont rien de naturel et accepter cet héritage est une abomination. S’il peut vivre en sachant qu’il ne vaut pas plus qu’un animal, tant mieux pour lui.

    La porte s’ouvre avec fracas et sort Llewyn de ses pensées chimériques. Pas si délirantes que ça, le chirurgien n’est pas quelqu’un de bien et il s’est fait beaucoup d’ennemis. Utiliser cette technique plutôt qu’un truc plus direct, c’est avoir l’assurance d’aucune représailles immédiates. Le stratagème est intelligent et fait sens. L’Oilliphéist fait face à la personne venant d’entrer. Il a reconnu le pas d’Archibald, mais il n’est pas à l’abri de voir également débarquer la tête pensante. Le chirurgien est curieux : qui a enfin osé se mettre en travers de ses recherches ? Ses aspirations ne plaisent pas à tout le monde, à l’instar de ses méthodes. Llewyn, ça lui passe au-dessus, mais certaines grandes âmes ont peut-être décidé d’y mettre un terme. Finalement, son choix se porte sur Seaghdh, il est celui qu’il imagine le premier à craquer et à tenter de s’en prendre à lui.


    À la surprise de l’Oilliphéist, Archibald est le seul à rentrer dans son bureau, pas l’ombre du Ceasg. Sitôt, les pulsions cannibales s’amplifient, forçant Llewyn à détourner le regard, de peur de ne pas pouvoir résister longtemps. « Qu’est-ce qu’il y avait dans ce thé ? » Arrogance laissant place à une voix brisée et pressante. S’il pouvait identifier les plantes, il pourrait peut-être trouver une parade, de quoi se soigner et se débarrasser de cet état qui le terrorise. « Allez, dis-moi, je suis curieux, qu’est-ce que c’était ? Belladone, ciguë, curare, arsenic ? » Sa main passe sur son visage livide. « Dans tous les cas, c’est… C’est très bien jouer. Mes compliments à la personne qui a eu cette brillante idée. » Ça devait arriver, Llewyn le savait depuis qu’il prenait ces plantes. Il savait qu’un jour, quelqu’un aurait l’idée de changer la composition de son thé et que, trop effrayé que son héritage refasse surface, il ne prendrait même pas le temps de vérifier.
    Fiche codée par Koschtiel

    _________________


    A WOLF IN SHEEPISH CLOTHING
    avatar
    Pray for my lost soul

    Messages : 127
    Points : 107

    Avatar : Andrew Scott
    Crédit : Tison (ava) + XynPapple (signa)
    Multicompte : Àdhamh MacKenzie
    Taux d'hybridation :
    80 / 10080 / 100
    Age : 35 ans
    Métier : Chirurgien et scientifique en quête de savoir, prêt à tout pour percer les secrets du corps humain.
    Pouvoirs : Dents acérées, Discrétion naturelle, Agilité naturelle, Contrôle des éléments
    Inconvénients : Cannibale - Agoraphobe - Déteste le son de la cornemuse - Sang froid


    Grave digger, grave digger. Send me on my way. Bring me to my knees. Forget what i have done. Forgive me if you please. Save me if you can. The time for me has come. Let me be the one that got away.



    Grave digger, grave digger. Slowly fill my grave. Whisper to your god. Allow me to be saved. Pray for my lost soul. Allow me to grow old. Save me if you can. The time for me has come. Let me be the one that got away.



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Message par Archibald Ferguson le Mer 12 Juil - 19:06

    Le cri de Llewyn résonne à en faire trembler les murs et Archibald frissonne. Déjà ?

    Il ne sait pas ce qu'il a fait. Il s'en moque un peu. Son pas est sûr et ses mains ne tremblent pas. Quoi que Llewyn ait à lui reprocher, il saura s'en tirer. Cette fois, ce sera différent. Llewyn n'est pas une fée, il n'est pas grand-chose, il ne peut rien contre lui. Oh, Archibald sait très bien que les humains sont tout aussi terrifiants que leurs frères du Petit Peuple, il les connaît et connaît leur rage. Il la connaît si bien qu'il l'a tournée en un conte fantasque dont il est le seul à comprendre toutes les ramifications, parce que le rêve est moins effrayant qu'une réalité qui l'a toujours malmené. Au moins, dans ce songe impudent, il a quelque pouvoir sur ce qui lui arrive.

    Quant à la place de son logeur dans la toile d'araignée de son esprit, elle n'a pas encore été éclaircie. Comment le voit-il ? En fait-il un démon des temps anciens, une furie comme celles qui tuèrent Orphée, ou un simple pion insignifiant sur l'échiquier ? Il est fort probable qu'Archibald lui-même n'en sache rien ou qu'il n'y ait jamais pensé. Ses interactions avec Llewyn se limitent en général au strict nécessaire : prendre la commande de plantes, la livrer, avertir son logeur qu'il n'est pas judicieux de prendre trop du breuvage. Non qu'on l'écoute, on ne l'écoute jamais, et Llewyn ne fait pas exception à la règle.

    Archibald est calme lorsqu'il entre dans le bureau. On s'attendrait à de la panique, de la peur, de la folie dans son regard – mais il est simplement stoïque, les mains croisées derrière le dos, les sourcils arqués. Il reçoit les vociférations de son logeur sans mot dire et c'est à peine s'il semble les entendre, perdu dans son monde, comme toujours.

    Qu'est-ce qu'il y avait dans ce thé ? Qu'il est agressif. Il soupçonne de la belladonne, de la ciguë, de l'arsenic. Il parle de quelqu'un qui aurait passé commande d'un poison pour lui. Archibald retient le coin de ses lèvres qui menace de se rehausser en un sourire moqueur : il n'est peut-être pas le plus fou des deux.

    Sans mot dire, il se dirige vers la table sur laquelle la tasse de thé vide réside toujours et en hume les arômes. Ah... oui. Intéressant. Il aurait confondu les deux plantes ? Cela ne lui ressemble pas. On pourrait presque croire que la main du destin est venue lui jouer un tour. Ou que lui-même a voulu faire une farce de fort mauvais goût à son employeur. Dans tous les cas, il n'est pas prêt à admettre son erreur : comme la plupart des Fir Darrig, l'échec et la défaite sont des choses qu'il ne supporte que très moyennement et s'il est d'un tempérament placide, il a tout de même la capacité de s'irriter lorsqu'on met en doute ses capacités.

    En tous cas, la paranoïa de Llewyn lui aura appris quelque chose de très précieux : son logeur se doute que quelqu'un lui en veut. Il doit certainement soupçonner Maman. Il va donc falloir redoubler de précautions – et peut-être utiliser ce moment de faiblesse à son avantage.

    « Vous ne mourrez pas, » dit-il d'un ton neutre en s'approchant de la pauvre chose tassée dans un coin. Une entreprise un tantinet risquée, considérant les tendances cannibales de la créature, mais Archibald n'a pas peur. Il n'y a pas grand-chose à manger, sur ses vieux os. « Ce ne sont pas des plantes mortelles. Tout au plus aurez-vous une nuit très difficile en conversation proche avec votre pot de chambre. » Il a vécu la chose lui-même quelques jours auparavant et a effectivement passé une nuit sans sommeil à étreindre son pot de chambre comme si sa vie en dépendait. Par égard pour les serviteurs de la maisonnée, il s'est débarrassé lui-même du contenu – s'en servant comme fertilisant dans son jardin. Mieux vaut recycler que gaspiller.

    D'un geste d'une douceur infinie, il prend la température de son logeur. Son front est glacial, comme il se doit dans une telle situation. Archibald n'est pas fou au point de laisser sa main aussi proche d'un cannibale trop longtemps, il s'empresse de s'éloigner pour attraper de quoi faire une couverture de fortune. Il s'arrange pour que Llewyn puisse observer ses faits et gestes, de sorte à ce qu'il ne croie pas qu'on tente à nouveau de le tuer, avant de lui tendre la couverture. « Enroulez-vous, » explique-t-il. « Cela aidera votre température corporelle à remonter. »

    Il n'a répondu à aucune des questions que Llewyn lui a posées, pour l'instant. De toute façon, l'autre n'a pas l'air de pouvoir faire grand-chose à part vociférer et Archibald n'a pas peur des chiens qui aboient. Il prend place sur une chaise libre et croise les jambes, les doigts entrelacés sous son menton. Même si la chose n'était pas prévue, elle peut être intéressante. Il n'a jamais testé cette plante sur un autre que lui-même et se demandait si ses effets seraient les mêmes sur une autre créature. Apparemment, c'est le cas.

    « Personne n'a commandité cet incident, » finit-il par dire après un long silence passé à fixer l'Oilliphéist sans la moindre aménité. « Ce n'est qu'une mauvaise fortune, j'en ai peur. Vous avez ingéré des plantes qui, au lieu d'effacer votre nature, la renforcent. » Il ne prendra pas le blâme. Ce n'est que la main du destin ou la folie de Llewyn – pas la sienne. Jamais il ne présentera des excuses pour avoir causé ce petit contretemps dans la vie de son employeur, qui aurait fort bien pu se rendre compte lui-même du problème s'il n'avait pas été si pressé d'absorber tout liquide pouvant lui donner une illusion de normalité pour quelques instants. Une illusion seulement car, même sans pouvoirs, Llewyn MacGobhainn n'est pas et ne sera jamais normal.
    avatar
    Faileas

    Messages : 123
    Points : 120
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Peter Capaldi
    Crédit : Koschtiel
    Multicompte : Tristan Dubh
    Taux d'hybridation :
    80 / 10080 / 100
    Age : 57 ans
    Métier : Herboriste
    Pouvoirs : Probabilités (moyen), Mensonge, Cauchemar, Réveiller des peurs enfouies
    Inconvénients : Incruste, Ochlophobie, Farceur, Incapable de laisser passer une défaite

    I killed a spider
    Not a murderous brown recluse
    Nor even a black widow
    And if the truth were told this
    Was only a small
    Sort of papery spider
    Who should have run
    When I picked up the book
    But she didn't
    And she scared me
    And I smashed her

    I don't think
    I'm allowed

    To kill something

    Because I am

    Frightened
    - Nikki Giovanni


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Message par Llewyn MacGobhainn le Dim 16 Juil - 19:37




    Archibald & Llewyn
    Gospel of Dismay




    « Vous ne mourrez pas. Ce ne sont pas des plantes mortelles. Tout au plus aurez-vous une nuit très difficile en conversation proche avec votre pot de chambre. » Llewyn relève doucement les yeux vers le vieil herboriste. Non, évidemment que non, il ne mourrait pas. Paranoïa irradiant ses tripes et son esprit, le chirurgien ne sait plus penser correctement. Il est persuadé de vivre avec une Épée de Damoclès au-dessus de la tête. Effrayé, il pensait que le couperet s’abattrait aujourd’hui sur sa nuque. Le nœud dans son estomac ne se défait cependant pas. La peur de l’homicide passée, c’est désormais la crainte de sa nature qui occupe et noie ses pensées. Il sent toutes les pulsions refoulées, tous les désirs et les peurs inavoués se frayer un chemin jusque la surface, révélant au monde l’âme même de l’Oilliphéist. Assailli d’un appétit inhumain et monstrueux, frappé par la température et la taille indécentes de la pièce, il s’est lové près de la cheminée. Jamais il n’aurait pensé perdre ainsi ses moyens. Sa nature lui échappe, n’a pas d’explication scientifique pour satisfaire le besoin de contrôle du chirurgien.

    « Ne vous appr.. » Il ne peut empêcher un mouvement de recul lorsque la main du Fir Darrig s’approche de son front. Est-il totalement inconscient ? Dans l’état où il était, il suffirait d’un simple faux mouvement pour que l’instinct de l’Oilliphéist prenne le dessus sur la raison de Llewyn. Et il n’existe rien à la connaissance du chirurgien qui puisse mettre un terme à cette mauvaise plaisanterie. Que faire face à un poison qui n’en est pas ? Il a pensé à se faire vomir, mais il est déjà trop tard, les gens actifs de la plante coulent dans ses veines. Il ne sait pas quoi faire. Il est acculé, sans aucun moyen de défense, de contrôle. A cet instant, la science ne peut rien pour lui, il n’a aucun moyen de s’ancrer dans la réalité, de ne pas se laisser submerger par cet héritage incontrôlable.

    « Enroulez-vous. Cela aidera votre température corporelle à remonter. » Llewyn s’exécute, perdu dans ses pensées et la gorge tellement nouée que pas un son ne pourrait franchir ses lèvres. La chaleur apportée par la couverture calme les soubresauts de son corps frigorifié. Le silence s’installe entre les deux hommes, seulement troublé par la respiration bruyante et saccadée du chirurgien. Le regard de l’Oilliphéist se pose sur Archibald. Il semble pensif, loin de son excentricité habituelle. Il est curieux de savoir ce qui travaille le Fir Darrig. Llewyn est prudent, il sait qu’un masque peut en cacher un autre et que l’herboriste n’est peut-être pas aussi fou qu’il en a l’air. Comme tous les hommes, il a des envies, des aspirations, des secrets et la folie de son vis-à-vis n’est peut-être qu’un camouflage. Ou alors, ce n’est que le fruit de la mégalomanie d’un esprit torturé.

    « Personne n'a commandité cet incident. Ce n'est qu'une mauvaise fortune, j'en ai peur. Vous avez ingéré des plantes qui, au lieu d'effacer votre nature, la renforcent. » Llewyn laisse échapper un juron. Il se doutait des effets des plantes, mais l’entendre de vive voix renforce son impression de perte de contrôle. Le chirurgien est désarmé, enfermé dans cette peur de lui-même et de ce qu’il pourrait faire sous l’influence de cette herbe. En attendant, il a besoin de trouver un fautif et le responsable est tout trouvé. « Une mauvaise fortune qui vous arrange bien, n’est-ce pas ? J’ai du mal à croire que ce ne soit qu’un accident. Si je ne peux même pas vous faire confiance pour me fournir les bonnes plantes alors que faites-vous encore chez moi ? » Le chirurgien remonte un peu plus la couverture et jette un regard mauvais au Fir Darrig. « Ce genre d’incident pourrait vous coûter le toit que vous avez au-dessus de la tête. » Bien sûr, l’Oilliphéist ne mettrait certainement jamais sa menace à exécution. Il est trop dépendant des plantes inhibitrices fournies par Archibald. Llewyn sait qu’il serait incapable de réapprendre à vivre sans. Il n’a jamais su contrôler et apprivoiser sa nature et a depuis l’enfance refoulé ses pulsions. On lui a toujours appris à enfouir ça au plus profond de son être, pas à y faire face.

    Doucement, il se détache de la cheminée et reprend place à sa chaise, derrière son bureau. Un geste qui sonne insignifiant et qui pourtant rassure le chirurgien. Ce bureau, c’est un ancrage dans la réalité, à ce qu’il est réellement. C’est un scientifique, amoureux des sciences et prêt à tout pour faire avancer la médecine de son époque. Dans un long soupir, il pose enfin la question qui lui brûle les lèvres. « Combien de temps serais-je dans cet état ? Est-ce qu’il n’y a pas un moyen d’écourter les effets ? Ou au moins, de les diminuer ? » Le ton est pressant, presque suppliant si l'ego de Llewyn le permettait. L'Oilliphéist le sent, les effets sont de plus en plus présents et il ne pourra pas contenir ce raz-de-marée de pulsions indéfiniment. Le chirurgien n'est pas sentimental, mais le souvenir de Caireall lui revient en mémoire. Ce fils qu'il avait appris à aimer et mort par sa faute. Depuis, Llewyn avait pris soin de ne plus s'attacher à qui que ce soit et s'était assuré de ne plus jamais avoir à faire face à son héritage. Précautions parties en fumée à l'instant même où ce thé avait franchi ses lèvres.
    Fiche codée par Koschtiel

    _________________


    A WOLF IN SHEEPISH CLOTHING
    avatar
    Pray for my lost soul

    Messages : 127
    Points : 107

    Avatar : Andrew Scott
    Crédit : Tison (ava) + XynPapple (signa)
    Multicompte : Àdhamh MacKenzie
    Taux d'hybridation :
    80 / 10080 / 100
    Age : 35 ans
    Métier : Chirurgien et scientifique en quête de savoir, prêt à tout pour percer les secrets du corps humain.
    Pouvoirs : Dents acérées, Discrétion naturelle, Agilité naturelle, Contrôle des éléments
    Inconvénients : Cannibale - Agoraphobe - Déteste le son de la cornemuse - Sang froid


    Grave digger, grave digger. Send me on my way. Bring me to my knees. Forget what i have done. Forgive me if you please. Save me if you can. The time for me has come. Let me be the one that got away.



    Grave digger, grave digger. Slowly fill my grave. Whisper to your god. Allow me to be saved. Pray for my lost soul. Allow me to grow old. Save me if you can. The time for me has come. Let me be the one that got away.



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Message par Archibald Ferguson le Dim 16 Juil - 21:59

    Archibald n'est pas inconscient, non, c'est plus compliqué que ça. Il se sent une sorte de devoir vis-à-vis de son logeur, même s'il ne comprend pas les tenants et aboutissants de tout ce qui se déroule autour de lui, et il ne veut pas être celui qui l'abandonnera. S'il n'est pas un homme bon, pas fondamentalement, il a tout de même cette fibre, cet instinct en lui qui lui dit de prendre soin du jeune homme tant qu'il le peut. Après tout, Llewyn a l'âge d'être son fils, s'il en avait eu un. Et si leur relation n'a pas grand-chose d'une relation de parent à enfant, Archibald sent en lui une vague pulsion paternelle qui lui fait ignorer les risques, même ceux dont il aurait normalement conscience. Il y a aussi bien sûr le fait qu'il veuille garder sa place plutôt confortable au sein du manoir MacGobhainn, où il a trouvé un jardin luxuriant pour mener ses expériences et la compagnie pas désagréable de Teàrlach. Pour la première fois depuis fort longtemps, depuis que le frère d'Oonagh l'a envoyé en exil loin de la Cour d'Hiver, il a trouvé un refuge et une sorte de famille. Ni l'autre Fir Darrig ni son employeur ne seront jamais ce qu'ont été pour lui Oonagh et Magda mais au moins, il a d'autres âmes proches de lui qui ne le soupçonnent pas du pire et le laissent évoluer à sa guise.

    Llewyn est peut-être le seul qui doute de la façade excentrique d'Archibald. À son immense surprise, le vieil herboriste a découvert qu'il était assez apprécié à Edimbourg, que les gens tendaient presque à lui faire confiance et à rechercher sa compagnie. Il y avait Ina, la jeune apothicaire avec qui il travaillait fréquemment, et même Teàrlach, qui ne rechignait pas à sa compagnie. Seaghdh, Maman, qui lui demandait des rendez-vous pour discuter de leur mission – une mission ! Confiée à lui, Archibald ! Il n'en revient toujours pas. Et tous ceux-là ne semblent pas soupçonner la moindre possibilité de double jeu chez lui, comme s'il était bien trop fantasque et trop gentil pour cacher la plus petite pensée malsaine. Llewyn est différent. Il est paranoïaque et il a sans doute de bonnes raisons de l'être. Archibald ne sait pas lire les gens mais il voit bien dans l'attitude de son logeur, il voit bien la méfiance et les regards jetés sur ses œuvres quand il pense ne pas pouvoir être vu. Dans un sens, cette attitude le rassure. On l'a trop souvent rejeté dans sa vie pour qu'il se sente à l'aise face à de l'amour inconditionnel, ou même de l'amitié sans méfiance. Qu'il cache ou non quelque chose, voire un pan entier de sa personnalité, il préfère faire face à Llewyn qu'à bien d'autres gens. Au moins, il est en territoire connu.

    « Pourquoi cette mauvaise fortune m'arrangerait-elle ? » demande-t-il, très sincère dans sa surprise. Il ne voit pas dans quel univers il pourrait se réjouir d'avoir accidentellement empoisonné son logeur, celui à qui il doit tant. Au contraire, il est pour une fois assez conscient des conséquences que son erreur peut avoir et tremble intérieurement à l'idée d'être rejeté à la rue. Il a assez d'argent pour louer une petite maison pour lui-même mais l'idée même le rend nauséeux. Il n'est pas fait pour vivre seul et encore moins dans un endroit qu'il pourrait appeler chez lui : toute sa vie, depuis le jour où sa mère l'a chassé de sa demeure, il a toujours vécu comme incruste chez d'autres personnes et n'a jamais appris un quelconque autre style de vie. Il était incruste chez Magda, incruste chez Oonagh, incruste entre les deux et avant Edimbourg, et il a jusqu'ici espéré que cela ne changera jamais. Vivre chez quelqu'un l'assurait de n'être jamais seul avec ses pensées les plus tourmentées, d'avoir toujours à manger, d'avoir un âtre autour duquel se lover. « Je sais que vous envisagez de me jeter dehors. Je n'aurais pas fait ça volontairement. Je ne veux pas partir. » Son ton est plat mais les paroles se suffisent à elles-mêmes pour dire à quel point il a peur, à quel point il supplie. Il ne veut pas partir. Surtout pas.

    Il sait bien que Llewyn est dépendant de ses plantes et qu'il ne le chassera pas aussi facilement – mais il sait aussi que d'autres pourraient reprendre son jardin, si l'Oilliphéist en avait suffisamment marre de lui pour décider de s'en débarrasser. Il ne veut pas courir le risque. Le jeune homme assis derrière son bureau, drapé dans une épaisse couverture, a placé au-dessus de sa tête l'épée de Damoclès qu'il craint lui-même. Ce n'est pas une vie. Vivre en permanence dans la crainte, la terreur du jour où la lame tombera et vous coupera le cou, ce n'est pas une vie. Mais Archibald n'en connaît aucune autre et son esprit torturé y trouve quelque réconfort.

    « Combien de temps serais-je dans cet état ? Est-ce qu’il n’y a pas un moyen d’écourter les effets ? Ou au moins, de les diminuer ? » La question interpelle Archibald et il prend quelques secondes pour y réfléchir. Après tout, s'il réfléchit bien à la composition de l'infusion que Llewyn a absorbée, elle n'est pas si différente de celui qui l'aide à contrôler ses pulsions. Il existe peut-être une solution très simple, si le scientifique est prêt à la tenter. « Vous pourriez boire un peu de votre potion habituelle. Ses effets devraient contrebalancer ceux de celle que vous avez bue. En tous cas, ça n'empirera pas. » Voeu pieux : il n'a aucune raison d'affirmer la chose avec autant d'assurance mais estime qu'il vaut mieux ne pas montrer ses doutes et ses inquiétudes. « Je peux aller vous en confectionner une dès maintenant. Dans le pire des cas, même si ça ne fonctionne pas, cette potion ne fera effet qu'une nuit durant, comme son opposée. Vous serez revenu à la normale au matin. En attendant, il serait judicieux de ne pas quitter votre manoir... »

    Il réalise au moment où les mots lui échappent que les prononcer était une mauvaise idée. L'Oilliphéist ne peut guère que se mettre en colère à l'idée que quelqu'un, son employé, lui dise ce qu'il devrait ou ne devrait pas faire. Archibald a déjà eu l'occasion de voir sa réaction à chaque mise en garde, à chaque conseil, et craint déjà la réaction qu'il aura. Avec un peu de chance, Llewyn sera trop mal en point pour exploser.

    _________________
    avatar
    Faileas

    Messages : 123
    Points : 120
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Peter Capaldi
    Crédit : Koschtiel
    Multicompte : Tristan Dubh
    Taux d'hybridation :
    80 / 10080 / 100
    Age : 57 ans
    Métier : Herboriste
    Pouvoirs : Probabilités (moyen), Mensonge, Cauchemar, Réveiller des peurs enfouies
    Inconvénients : Incruste, Ochlophobie, Farceur, Incapable de laisser passer une défaite

    I killed a spider
    Not a murderous brown recluse
    Nor even a black widow
    And if the truth were told this
    Was only a small
    Sort of papery spider
    Who should have run
    When I picked up the book
    But she didn't
    And she scared me
    And I smashed her

    I don't think
    I'm allowed

    To kill something

    Because I am

    Frightened
    - Nikki Giovanni


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Message par Llewyn MacGobhainn le Jeu 20 Juil - 15:58




    Archibald & Llewyn
    Gospel of Dismay




    Peu importe ce que lui répond Archibald, Llewyn n’écoute plus. Son regard, semblant perdu dans le vague, fixe avec insistance la gorge à découvert du Fir Darrig. Concentration lentement grignotée par la montée en puissance des envies anthropophages. Le vieil Archibald n’est pas au meilleur de sa forme et il n’a que la peau sur les os, mais l’Oilliphéist ne fait pas le difficile. Le seul obstacle entre le monstre et la réplétion de ses pulsions est ce bureau en bois. Avec son agilité décuplée, il pourrait facilement passer au-dessus. D’un bond, il pourrait se débarrasser du plus problématique inconvénient de sa condition. Cette perspective a de quoi faire doucement saliver l’Oilliphéist qui abandonne lentement son humanité, comme il l’a fait avec Caireall. Cette même sensation, cette même nécessite qui lui tord l’estomac, ce besoin de sentir l’hémoglobine imprégner ses papilles. Llewyn aimerait pouvoir détourner le regard, se concentrer sur autre chose, mais l’Oilliphéist est obnubilé par cette envie viscérale de faire couler le sang de l’herboriste.

    « Vous pourriez boire un peu de votre potion habituelle. Ses effets devraient contrebalancer ceux de celle que vous avez bue. En tout cas, ça n'empirera pas. » Cette phrase pleine d’assurance contrefaite a le mérite de faire revenir Llewyn à la réalité, l’obligeant à décrocher, de gré ou de force, de son besoin cannibale. Lentement, il ferme les yeux en prenant une longue inspiration. Il a besoin de temps pour se remettre. Il était à deux doigts de commettre la même erreur qu’avec Caireall. Quelques secondes de plus et le chirurgien n’aurait été plus qu’un animal assoiffé de meurtre. Une fois certain que son corps était de nouveau sous le contrôle de la raison, il examine les paroles d’Archibald. Le raisonnement tient debout, mais le chirurgien n’est pas certain de vouloir accorder de nouveau sa confiance aussi tôt. Comment peut-il être certain que ça marchera s’il n’a même pas été capable de faire la différence entre deux plantes aux propriétés diamétralement opposées. Llewyn n’est pas homme à accorder sa confiance à n’importe qui et le vieil Archibald venait de perdre le droit de proposer des solutions. Que ce soit de sa faute ou non, qu’Archibald l’ait fait consciemment ou non, ce n’est pas important. L’important, c’est que le chirurgien est persuadé que son temps est compté et que la fourbe criminalité ne se joue pas que dans les rues d’Edimbourg. L’herboriste est un vieil homme naïf, vivant complètement dans son monde de fantaisies absurdes. Comme il est facile de se servir des fabulations d’un vieillard pour le manipuler, pour lui mentir, tourner ses frasques imaginaires afin de faire de lui, le chirurgien, le grand méchant de cette histoire.

    « Je peux aller vous en confectionner une dès maintenant. Dans le pire des cas, même si ça ne fonctionne pas, cette potion ne fera effet qu'une nuit durant, comme son opposée. Vous serez revenu à la normale au matin. En attendant, il serait judicieux de ne pas quitter votre manoir... » La réponse ne se fait pas attendre. « Gardez vos conseils ! Vous n’êtes déjà pas capable de faire votre travail correctement alors ne venez pas me dire ce qu’il serait judicieux ou non de faire ! » Réaction évidente de la part du chirurgien. Il n’a pas de conseils à recevoir de la personne qui vient de lui faire perdre une journée entière de travail. « De toute façon, où voulez-vous que j’aille ? Sortir dans cet état, c’est mettre ma réputation en péril. » Le risque de perdre le contrôle sur ses instincts est beaucoup trop grand et le chirurgien préfère ne pas prendre le risque qu’on le retrouve, couvert du sang d’un innocent. Son statut de médecin est tellement précieux à ses yeux. Sans ça, il n’est qu’un fou courant après une solution inexistante. Il y a quelques collègues qui partagent ses opinions, mais s’il est exclu de la communauté scientifique, ses découvertes n’auront plus de valeurs. Ce ne seront que les expériences inhumaines d’un homme déséquilibré.

    On toque à la porte et tire Llewyn de ses réflexions. « Quoi ? » La porte s’ouvre timidement, laissant entrevoir la tête d’un domestique. Balbutiant, l’air intimidé, sa voix porte à peine jusqu’aux deux hommes.

    « C’est Madame Leamhnach qui m’envoie, elle voudr…
    - Foutez le camp ! »

    La porte se referme rapidement, laissant un Llewyn soupirant d’exaspération. Il a ni le temps ni l’envie de se préoccuper de ce que sa femme veut. Peu importe la raison de ce dérangement, l’Oilliphéist s’en moque pas mal. Màiri est une excentrique, indigne de son rang. Ce mariage était une erreur dès le départ. Quitte à se lier à une personne extérieure à la lignée MacGobhainn, il aurait apprécié pouvoir choisir sa compagne. Heureusement, elle a su se rendre utile en dévoilant la nature du fétiche de Seaghdh et en lui offrant sur un plateau un larbin pour le fournir en sujet d’expérience. C’est peut-être parce que sa présence cimente ces relations que le chirurgien ne s’en est pas encore débarrassé.

    Il remonte légèrement la couverture sur son visage avant de relever les yeux vers Archibald, légèrement soupçonneux. « Je peux savoir pour quel usage vous réserviez ces plantes qui renforcent la nature monstrueuse ? » Qui serait assez fou pour en avoir besoin ? Quel genre d’homme pourrait s’abaisser ainsi au rang de bête soumise entièrement à ses instincts ?
    Fiche codée par Koschtiel

    _________________


    A WOLF IN SHEEPISH CLOTHING
    avatar
    Pray for my lost soul

    Messages : 127
    Points : 107

    Avatar : Andrew Scott
    Crédit : Tison (ava) + XynPapple (signa)
    Multicompte : Àdhamh MacKenzie
    Taux d'hybridation :
    80 / 10080 / 100
    Age : 35 ans
    Métier : Chirurgien et scientifique en quête de savoir, prêt à tout pour percer les secrets du corps humain.
    Pouvoirs : Dents acérées, Discrétion naturelle, Agilité naturelle, Contrôle des éléments
    Inconvénients : Cannibale - Agoraphobe - Déteste le son de la cornemuse - Sang froid


    Grave digger, grave digger. Send me on my way. Bring me to my knees. Forget what i have done. Forgive me if you please. Save me if you can. The time for me has come. Let me be the one that got away.



    Grave digger, grave digger. Slowly fill my grave. Whisper to your god. Allow me to be saved. Pray for my lost soul. Allow me to grow old. Save me if you can. The time for me has come. Let me be the one that got away.



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Gospel of Dismay | Archibald & Llewyn

    Message par Archibald Ferguson Hier à 18:24

    Il le voit bien, le vieillard. Il voit bien l'humanité qui s'efface lentement sous les traits du gamin, la faim dans son regard, la façon dont il salive presque en le fixant. Il aimerait bien avoir peur, mais la peur s'est déjà envolée, car il sait qu'il gardera sa demeure. Avoir peur serait, pour une fois, une réaction d'une certaine normalité qui ne lui causerait aucun tort – sinon peut-être celui d'exciter plus encore l'enfant-dragon face à lui. On dit que les animaux peuvent sentir la peur chez leurs proies et lorsqu'il fixe les petits yeux de Llewyn, Archibald est disposé à le croire. Si son logeur respirait ne serait-ce qu'une effluve de parfum d'angoisse, il attaquerait aussitôt. Mais Archibald n'a pas peur, il ne sait plus vraiment avoir peur, pas longtemps en tous cas. Pas d'autres gens. Pas de ceux qu'ils voient tels qu'ils sont. Lorsqu'il n'invente pas des fantaisies sorties tout droit d'anciennes mythologies, l'herboriste est plutôt observateur, et il devine tous les tourments sous la carapace de son interlocuteur. Il devine que même s'il devait craindre la fureur et la faim de Llewyn, il ne serait sans doute pas le plus effrayé des deux.

    « Gardez vos conseils ! Vous n’êtes déjà pas capable de faire votre travail correctement alors ne venez pas me dire ce qu’il serait judicieux ou non de faire ! » La paranoïa, la rage, tout cela, Archibald le connaît bien. Il sait aussi qu'il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre que l'orage passe. Il s'y attendait, il le craignait, il frémit peut-être encore un peu mais la terreur est passée, reléguée au grenier des mauvais souvenirs. Alors, quand l'autre le rabroue pour ses conseils, il se contente de hausser les épaules et de se détourner pour mettre de l'eau sur le feu. Le môme aura besoin de compresses chaudes bientôt, la couverture ne devrait pas suffire à faire remonter suffisamment sa température corporelle. Ce n'est pas vraiment grave, il n'en mourra pas, mais c'est aussi très facile à réparer. Et puis, ça lui occupe les mains et l'esprit, empêchant ce dernier de vagabonder vers des terres plus clémentes que sa présente réalité.

    Mais même dans son autre monde, dans celui où il se réfugie quand le quotidien se fait trop bruyant et trop intense, Llewyn n'est rien d'autre que Llewyn. Un enfant gâté, sali par ses propres peurs et son désir d'être autre chose que ce qu'il est, farouchement opposé à tout ce qui contredit ses idéaux. Archibald ne le comprend pas, ne peut pas le comprendre. Ce n'est pas nécessaire. Il n'a pas besoin de comprendre ou même d'être d'accord avec sa vision des choses pour s'occuper de lui, qu'il le veuille ou non. L'eau chauffe doucement sur le feu et il passe sa main dans les vapeurs fuligineuses qui commencent à se former au-dessus du récipient. Dès que c'est prêt, il y trempe quelques linges et les essore.

    Il n'aime pas la façon dont le jeune maître parle de sa femme ou à ses employés. Il le lui dirait bien mais bah, il sait que Llewyn ne l'entendra pas. Il ne l'entend jamais, il ne l'écoute pas. Pourtant, il y a beaucoup de sagesse dans ce vieux fou aux mondes chimériques et aux mots toujours tordus dans des contorsions étranges et pleines de fées et de monstres anciens. La sagesse de savoir attendre, attendre son heure, sans faire de vague, sans dire un mot. Celle de laisser la vie passer et s'écouler sur soi sans lutter, porté par le courant, vers ce qui est la destination finale de chaque être vivant en ce monde. Pour un homme qui vit au contact de la mort, Llewyn semble en avoir bien peu conscience ; semble bien peu réaliser à quel point tout cela est éphémère. Demain, peut-être, le soleil se lèvera sur une maisonnée morte, où nul souffle ne sera plus expiré, et pourtant les fleurs continueront de pousser. L'astre du jour poursuivra inlassablement sa course, les arbres continueront de se murmurer d'anciens secrets, l'eau bondira toujours sur les rochers. La vie humaine n'est pas grand-chose, tout au plus un grain de sable dans le grand engrenage de l'univers, et il semble bien fade de la passer dans la colère et le déni. Mais qui est-il pour le dire à Llewyn ? De toute façon, le garçon est bien incapable de l'entendre.

    Le domestique parti, Archibald s'approche de nouveau du bureau et y dépose les compresses chaudes. « Pour votre front, » précise-t-il de son habituel ton calme. « Ca vous réchauffera un peu. » Il s'éloigne immédiatement, non par peur mais pour ne pas tenter les désirs carnivores de son logeur. Il n'est pas utile de le soumettre à une torture supplémentaire, les démons à l'oeuvre au creux de son estomac s'en chargent déjà bien assez comme ça. Archibald essaye de rester solide, de se concentrer, parce qu'il y a bien assez d'un forcené dans cette pièce. Une partie de son esprit a toujours envie de s'écrouler, de supplier, même s'il sait qu'il n'y a pas de raison de le faire ; l'autre clame à grands cris que tout ceci n'est qu'une machination de la Cour d'Hiver pour enfin lui amener sa perte. Il fait taire les deux d'un battement de cils, les poings serrés derrière son dos et les ongles plantés dans la paume de ses mains. Le silence ne sera que temporaire.

    « Je peux savoir pour quel usage vous réserviez ces plantes qui renforcent la nature monstrueuse ? » Il attendait la question, bien entendu. Llewyn est curieux et il aime avoir le contrôle, un contrôle qu'il obtient par les informations. Mais il est des secrets que même son logeur n'a pas le droit de connaître. « Une expérience personnelle, » dit-il sans sourciller. « Puisque votre potion existe, j'imaginais que son opposé devait être possible, j'ai voulu tester. C'est simplement pour la science. » Un argument qu'en d'autres temps, le jeune homme serait peut-être susceptible de comprendre. Après tout, il est scientifique lui aussi, et il est allé très loin pour mener ses expérimentations. Archibald ne sait pas tout de l'affaire et il ne désire pas tout savoir, il préfère être tenu dans l'ignorance de ce qu'il ne peut comprendre. S'il savait tout, peut-être aurait-il peur, peut-être craindrait-il les expériences que Llewyn pourraient mener sur lui – mais sans doute pas. Le vieil herboriste n'a pas conscience de sa qualité de monstre.

    Et considérant les tournures fantastiques de son esprit, sans doute est-ce pour le mieux.

    _________________
    avatar
    Faileas

    Messages : 123
    Points : 120
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Peter Capaldi
    Crédit : Koschtiel
    Multicompte : Tristan Dubh
    Taux d'hybridation :
    80 / 10080 / 100
    Age : 57 ans
    Métier : Herboriste
    Pouvoirs : Probabilités (moyen), Mensonge, Cauchemar, Réveiller des peurs enfouies
    Inconvénients : Incruste, Ochlophobie, Farceur, Incapable de laisser passer une défaite

    I killed a spider
    Not a murderous brown recluse
    Nor even a black widow
    And if the truth were told this
    Was only a small
    Sort of papery spider
    Who should have run
    When I picked up the book
    But she didn't
    And she scared me
    And I smashed her

    I don't think
    I'm allowed

    To kill something

    Because I am

    Frightened
    - Nikki Giovanni


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

    - Sujets similaires

     
    Permission de ce forum:
    Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum