Été 1761, Édimbourg, Écosse. Les vagues frappaient contre la rive en un bruit constant et répétitif, comme une douce berceuse chantée par la mer du nord, une caresse légère sur votre front, un tendre baiser rassurant de la nature. Tout indiquait un matin normal sur les quais du port de Leith, si ce n’étaient les corps inertes qui flottaient comme des billots de bois mou abandonnés. Six corps. [...] Lire plus.

If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

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Cycle 4 If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Ven 13 Juil - 10:14

Mademoiselle en avait eu soudain assez de porter le deuil. C'était une fort bonne chose en soi, attendu que c'était elle qui, depuis leur arrivée à Edimbourg, insistait pour cultiver cette attitude compassée, ces robes noires et ces services fréquents à l'église calviniste du coin. Tout allait mieux désormais, l'éclat de l'été avait illuminé sa petite âme candide et elle avait, elle aussi, des velléités dépensières. Son pas empressé conduisait son tuteur au long des rues les plus luxueuses, et il suivait, attentif surtout à ne pas être perdu dans la foule, hostile à presque tout ce qu'il voyait, et en particulier aux origines premières de cette nouvelle philosophie domestique : la petite Barbara qu'il avait sous sa garde s'était mise en tête qu'elle devait être jolie dans un espoir en particulier, qu'un certain garçon repasse à la maison.

Or, c'était une chose prévue et vaguement acceptée. Dès qu'il serait physiquement remis sur pied, le dénommé Colin aurait même la bénédiction du tuteur pour entrer dans la chambre des enfants par la fenêtre – tant qu'il ne leur suggérait pas de s'envoler dans la direction opposée, cela allait de soi – et dans tous les cas, s'il souhaitait les emmener au parc voisin, leur apprendre des jeux de société plus ou moins honnête, ou tout ce qui pouvait faire d'eux autre chose que deux petites grenouilles de bénitier, Breac Jamieson ne s'en plaindrait guère. Il était juste hostile à l'humeur primesautière que manifestait Barbara à cette perspective. En somme, il craignait une amourette.

Mais cette balade était l'occasion d'en parler à l'écart du petit Alan, auquel une énième gouvernante lisait des livres de contes en l'écoutant se plaindre, boudeur, qu'elle lisait "bien moins mieux" que sa pauvre maman. Il ne lui donnait pas deux jours, à celle-là. En tout cas elle n'avait pas intérêt à le frapper ; Breac avait soigneusement appris aux deux petits à dénoncer sans scrupules. Ils avaient intégré cet enseignement dans la case "justice" et c'était passé comme une lettre à la poste. Breac ne se faisait donc guère de souci pour le bébé, comme il l'appelait toujours avec obstination, resté figé à cet égard à l'époque qui avait précédé la guerre de Sept Ans, et se concentrait sur cette conversation à coeur ouvert avec la petite promeneuse en noir qui le tirait énergiquement par le bras, les yeux pétillants à chaque marchant de chapeaux qui croisait leur route.

"Vous devez bien reconnaître qu'il n'est pas si vilain, pour un garçon du peuple."

L'attrait exotique d'un cordonnier continental retint un instant le regard du tuteur, mais Barbara n'était pas là pour lui acheter des bottes. Ni même un sutell, quoiqu'il se plaignît assez souvent de ne plus avoir le souffle nécessaire pour briller à la cornemuse, et de manquer d'exercice. - De toute façon avant ça il lui aurait fallu une nouvelle main gauche et ce genre de boutique n'était pas très fréquente sur Canongate, un peu de sérieux monsieur Jamieson. - Elle l'entraîna plus loin, esquivant avec un sérieux absolu un montreur de chats qui lui réclamait une petite pièce, tandis que Breac répliquait distraitement, notant dans son esprit l'adresse du cordonnier :

"Babette... Je suis un garçon du peuple, bien que je porte le nom d'un Roi. Ton père avait davantage de considération."
La petite brune lui tapota affectueusement la main. "Mais mon père a été vendu comme esclave."
"Il te racontait beaucoup trop de choses, celui-là. Qu'est-ce que tu lui trouves à ce blondinet, je peux savoir ?"
"Il est joliment fait, surtout quand il sourit ! Il ressemble à Eildon de Criochan."

Oh, magnifique ! Un prince de conte qui n'existait pas. Breac leva les yeux au ciel en essayant très fort de ne pas se moquer. Il avait toujours trouvé que les manies littéraires des défunts parents étaient quelque peu puériles pour des gens d'épée, et qu'un aristocrate n'aurait pas dû inventer des aventures imaginaires et les coucher sur papier tant qu'il avait la capacité de faire autre chose de sa personne. Puis, ce nom lui évoquait surtout le cri de guerre de ces foutus Campbell, qui avaient trouvé malin de pactiser avec l'ennemi ; et l'écrivain en herbe était bien placé pour le connaître, ce cri, lui qui leur avait échappé de justesse en sa compagnie lors de leurs folles aventures... Mais qui était-il pour juger après tout, lui qui composait des chansonnettes à tout propos, de mauvais goût si possible, dès qu'il était de bonne humeur... n'était-ce pas la même chose ? Il se raisonnait ainsi ; il n'aimait pas penser du mal de ses vieux amis, surtout morts, et surtout en présence de leurs orphelins. Ah, le grand âge commençait à le rendre moins acerbe, tout ça était effrayant.

"Un personnage de roman ne 'ressemble' à personne."
"J'ai dit que Colin lui ressemblait, c'est l'inverse ! Et puis il nous aime bien. Alan l'aime bien aussi, il est juste un peu jaloux. Ne soyez pas jaloux aussi !"

Enjôleuse comme un petit chat à son tour, et digne de rejoindre le spectacle du montreur, la minette se pendit à son bras en virevoltant sur ses talons. Avant de réaliser ce qui lui arrivait, Breac se retrouva entraîné dans la boutique d'un tailleur, ou ce qui semblait l'être. Bien ! Il avait esquivé la bijouterie. Ce ne serait pas encore pour aujourd'hui que la gamine lui viderait ses comptes. Enfin, ses comptes, ce n'était pas comme s'il s'agissait de son argent à proprement parler...

"Miss Barbara de Shaws ! ce jeune monsieur a le double de ton âge au bas mot. Trouve-le fantastique autant qu'il plaira à ta cervelle écervelée, mais pas d'amourette. Une entente fraternelle, voilà le maximum que je t'autorise. Est-ce que nous sommes bien d'accord sur ce point ?"
"Cervelle écervelée, ça ne veut rien dire."

Pourquoi fallait-il qu'il soit tombé sur des bambins qui se piquaient de belles lettres ? Cette petite avait réponse à tout, et Alan suivait résolument le même chemin, quoique ses citations préférées soient tirées d'un livre en particulier. Il aimait un peu trop la Bible, ça n'était pas de son âge. Enfin. Quitte à être ici, autant profiter du voyage pour examiner ces belles étoffes – tiens, c'était français, ça ? - et réfléchir lui aussi à une nouvelle tenue. Et il en prendrait une pour le petit, un de ces jours, comme ça ce serait réglé. Il avait promis de les emmener lui-même au parc. N'importe quel tuteur est capable de faire ça, et il ne pouvait pas prétendre être un homme très occupé.

Un coup d’œil aux alentours cependant et il se remit à faire la tête - il faisait ça souvent, ces derniers temps, non ? - en écartant vivement ses doigts gantés d'une surface de froufrous comme s'il avait craint de s'y brûler. C'est que la boutique, comme la Sainte Bible, n'était pas du tout pour enfant, à son humble avis. Lui, ce qu'il voyait alentour, c'étaient des corsets. Et personne à la maison ne porterait ça de sitôt. La gouvernante en avait peut-être, mais alors sous son tablier et il n'avait pas fait attention, et il ne voulait pas le savoir ! Déjà qu'on le soupçonnait de mœurs légères sans qu'il ait fait quoi que ce soit ! Qu'il était donc difficile de vivre la vie d'un honnête homme, quand on n'était pas taillé pour ça.

"Veux-tu que je te dise ? En guerre, l'Ecosse me manquait et désormais c'est la guerre qui me manque. Ah, je ne sais décidément pas ce que je veux."

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Pouvoirs : Invisibilité, téléportation
Inconvénients : Incapable de laisser passer une défaite ; farceur ; ses plaisanteries vont trop loin ; et il est fasciné par la couleur rouge.
I got my wastefulness from the same man I got my silver buttons from; and that was my poor father, Donnchad Stiubhart, grace be to him! He was the prettiest man of his kindred; and the best swordsman in the Hielands, and that is the same as to say, in all the world, I should ken, for it was him that taught me.

He was in the Black Watch, when first it was mustered; and, like other gentlemen privates, had a gillie at his back to carry his firelock for him on the march. Well, the King, it appears, was wishful to see Hieland swordsmanship; and my father and three more were chosen out and sent to London town, to let him see it at the best...


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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Ven 13 Juil - 21:25

C'était ce genre de journée où personne ne se pressait dans la boutique. Pas la tête aux achat, Edimbourg ? A cause du tueur, de l'épidémie qui s'était enfin arrêtée pourtant mais... Ce matin était un drôle de matin. Maussade. L'envie de disparaître au fond du sol, comme ça la prenait de plus en plus rarement pourtant. Alors quoi ? C'est qu'elle avait repensé à la lettre, laissée dans la commode, la lettre qui annonçait le décès de Calum. Fausse, la lettre, évidemment. Ridiculement fausse. Elle regrettait presque de l'avoir écrite. Ca faisait longtemps, tiens, que les regrets n'étaient pas venus la torturer un peu. Lui occuper l'esprit à leur aise, l'empêchant de penser à autre chose, et... c'était peut-être ça, qui faisait que personne ne venait, non ? Elle devait dégager quelque chose qui angoissait les gens, et qui les faisaient fuir. Elle secoua la tête. N'importe quoi.

Faire des retouches. Recoudre une couture qui avait lâché. Refaire un ourlet et... les ciseaux qui couraient, le fil qui dansait, et la tête loin de la valse de l'aiguille. En fait c'était le genre de jour où Sheena avait le sentiment que quelque chose de terrible allait se produire, sans pour autant d'être capable de deviner la nature de la catastrophe.

Et puis, à être ailleurs, forcément c'était arrivé. Elle avait découpé de travers, et voilà, un bout d'étoffe qu'il allait être difficile de rentabiliser. Faire une pause ? Hors de question, c'était livrer son esprit inoccupé à ses inquiétudes. Un autre coup de ciseau de traviole et une coupure légère au doigt. Bon, songea la caoineag en suçant son doigt blessé, il est peut-être temps de s'accorder une pause finalement.

Et la voilà qui abandonna son ouvrage sur le comptoir, et fit un tour dans l'arrière boutique. Elle s'appuya contre le mur, respira profondément et réfléchit. Déjà, soigner la coupure. Elle se fit un pansement sommaire, et se demanda un instant si ça ne justifierait pas de fermer l'atelier, au moins pour la journée. Travailler en risquant de laisser des traces de sang, ce n'était pas très professionnel.

Soudain, des voix retentirent dans la boutique, de l'autre côté du mur. Sheena soupira, accrocha un sourire à son visage de porcelaine, et alla accueillir les nouveaux clients.

Elle fut surprise de découvrir dans la pièce une petite fille toute en noir et un homme qui semblait regarder la marchandise en espérant faire semblant de ne pas la voir. Pas trop le genre de la maison, quoi.

"Je peux vous aider ?" demanda-t-elle en souriant de plus belle.

Disant cela, elle s'empressa de ranger son travail qu'elle avait laissé sur le comptoir, pliant les étoffes et les enfermant dans une boite qu'elle glissa près d'elle.

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Inconvénients : Fausses couches à la chaîne, impossibilité de se suicider


"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Ven 13 Juil - 23:38

"Allons, veux-tu filer. Regarde en face, voilà la boutique que tu cherches. Une couturière et une corsetière, ce n'est pas la même chose. Tu apprendras quand tu seras plus grande."

Breac était occupé à sermonner aimablement sa pupille, qui fit la moue en constatant que pour une fois, le bougre avait raison. Juste en face, une autre boutique "pour dames" offrait bien davantage d'articles. Non pas qu'elle ait vraiment besoin d'un manchon en cette saison, mais... Après tout Barbara était encore une enfant, et la pensée de ces tissus doux et moelleux suffit à la séduire, comme l'aurait fait la vision d'un panier de petits lapereaux. - On éviterait de lui révéler que certains gants étaient composés des pelages des animaux en question. - Elle était beaucoup plus obéissante, placée face à la perspective d'un cadeau, ce qui donnait à penser à son tuteur que tout dans son éducation n'était peut-être pas perdu. Alors qu'il la regardait sortir avec satisfaction, une voix s'adressa à lui et il aperçut une vendeuse qui venait de les repérer. Damnation, à quelques secondes près... Si elle pouvait les aider ?

"Oui, euh non – euh – oui."

Breac avait pivoté sur ses talons en direction de la sortie, et finalement avait fait un tour complet. Tandis que sa protégée filait docilement vers la boutique d'en face, sans prendre garde à être suivie, obnubilée par le manchon de laine duveteuse qui lui faisait déjà de l'oeil, il avait changé d'avis. Il n'allait certainement pas sortir de cette boutique et traverser cette rue. Pas sous les yeux de ce badaud. Oui, celui-là, qui flânait juste au milieu de la place, sans avoir l'air de souhaiter se déplacer. Il était tout à fait charmant au demeurant, et il n'avait pas l'air hostile pour un sou. C'était un jeune homme de bonne famille... et sous cet angle, il lui rappelait quelqu'un. Alors, que ce soit Caiden ou non, Breac n'allait certainement prendre aucun risque ; il resterait dans le doute, tant pis. Mais ce semeur de rumeurs idiotes, qui le savait pertinemment célibataire, ne le verrait pas sortir de cet établissement.

"Vous pouvez me montrer quelques tissus par exemple. Quelques échantillons. J'adore la mode du continent, je pourrais en parler pendant des heures."

Et c'était vrai. Ce n'était absolument pas une ruse pour rester dissimulé dans les ombres du magasin, le temps que la menace s'éloigne. D'accord, un peu... Mais ce n'était pas un mensonge à proprement parler, et il avait remarqué là quelques articles d'un rouge particulier qui lui plaisait beaucoup, une couleur qui irait fort bien à la brunette de huit ans et qu'il serait en peine de décrire même s'il lui faisait finalement coudre sa robe dans une autre boutique, plus propre à ses desseins.

Il ne possédait pas forcément tout le vocabulaire nécessaire, et il aurait été plus pratique d'emporter un échantillon avec lui pour le montrer et dire : "juste ça". Ou éventuellement, de montrer la couleur de ses tatouages – mais il n'aimait pas exposer ses mains à de simples humains, ça lui semblait personnel, et ça les déstabilisait si souvent... Quand on est recherché par la police pour meurtre, désertion et divers autres crimes, on essaie de faire profil bas. En tout cas, on garde ses gants, et ses mains chez soi.

"Mais pardon, je manque à tous mes devoirs,"
se reprit l'ancien militaire en esquissant un petit salut qui aurait pu être charmeur trente ans plus tôt : "Breac Jamieson, esquire, de Canongate. C'est la première fois que je vois cette boutique, c'est nouveau ?"

Il était prêt à sortir n'importe quelle ânerie plutôt que de reconnaître qu'il n'avait pas vu Edimbourg depuis dix ans, et qu'il s'y baladait comme un étranger.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Dim 15 Juil - 19:52

Il y avait quelque chose d'amusant chez cet homme, quelque chose qui intrigua Sheena. Elle en avait vu passer, des maris qui entraient dans sa boutique pour des cadeaux, patauds, gauches, parlant des étoffes comme ils auraient pu débattre du prix du poisson. Chez celui ci, il y avait quelque chose de sincère dans sa manière de poser son regard sur le tissu. Quand il disait qu'il pouvait en parler des heures, elle le croyait sur parole. Sa visite la détourna de la morosité dans laquelle elle était plongée depuis le début de la journée et la caoineag se surprit à être joueuse. Elle allait voir s'il s'y connaissait autant qu'il le prétendait.

"Ils sont rares, les hommes qui s'intéressent vraiment à ce que je fais, sourit-elle. La plupart se contentent de répéter ce que leur a dit leur épouse, ou se fient aux derniers achats que celles-ci ont effectuées."

Tout en parlant, elle se dirigea vers une pile posée sur le comptoir en vitrine et présenta une étoffe brodée, qu'elle mit doucement entre les mains de son interlocuteur.

"Vous sauriez en estimer la provenance ? Je n'arrive pas à me décider."

En réalité Sheena savait pertinemment que le brocart qu'elle venait de lui présenter provenait d'Italie mais... espiègle, la caoineag. Intriguée aussi.

"Et pour répondre à votre question, Mr Jamieson, lla boutique n'est pas si nouvelle que ça, et cela fait maintenant six mois environ que j'en ai repris la direction, suite au départ de l'ancienne propriétaire."

Silence.

"Sheena Matheson, pour vous servir", ajouta-t-elle d'une voix amusée.

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De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Dim 15 Juil - 20:36

"Il ferait beau voir que mon épouse me dise ce que je dois acheter," fanfaronna Breac, qui n'en avait pas – peut-être précisément pour cette raison. "Je n'ai que ma fille et elle n'a rien à faire ici, n'est-ce pas ? Elle était entrée par erreur. C'est bien une couturière classique, en face ?"

Il montra d'un geste distrait la fenêtre dont il préférait ne pas trop s'approcher. De l'autre côté, Barbara faisait son plus joli sourire à quelqu'un qui se demandait sans doute pourquoi des adultes inconsidérés forçaient une petite fille si primesautière à s'habiller en deuil. Elle ne risquait rien, elle était si adorable que toute la boutique viendrait bientôt lui faire la conversation. Tant qu'elle se contentait de faire ses emplettes... elle savait où était son intérêt si elle voulait que son tuteur paie la note quand il la rejoindrait. C'était au moins une bonne chose avec cette jeune fille : elle avait la tête sur les épaules, exactement comme sa mère. Breac se désintéressa aussitôt de cette scène charmante et revint à son exercice. Il se doutait bien que la demoiselle était loin d'être aussi ingénue qu'elle le prétendait, mais les fausses ingénues avaient toujours été un type de femme avec qui il s'entendait fort bien, jouant lui-même avec plaisir le faux Artaban pour leur donner la réplique.

"J'en avais vu à Paris un banyan qui me plaisait fort, mais hélas, je manquais de fonds." Il se pencha sur le tissu, qu'il ne se gêna pas pour froisser légèrement entre ses doigts ; il avait perdu quelques détails de sa vue d'aigle d'autrefois, mais le toucher y suppléait, dans une certaine mesure. "Pardon, je vais retirer mes gants si vous le permettez. Il fait un peu sombre ici pour qu'un vieux soldat comme moi s'y retrouve. Je vous préviens d'avance : mes mains ne sont pas très jolies à regarder, mais rien de contagieux, n'ayez crainte."

Le contact direct du tissu lui confirma ce qu'il pensait déjà, c'était bien cette étoffe sur laquelle il s'était extasié pendant que les autres officiers du régiment bâillaient et louchaient vers la taverne voisine, attendant qu'il en ait terminé. Florence ? Peut-être pas Florence précisément... Il avait envie de prendre le risque. Ce n'était pas grave de se tromper, n'est-ce pas ? L'important était de se distraire, et de faire passer le temps. Si la femme rousse lui paraissait assez spirituelle pour suivre son train de pensée, il lui confierait peut-être pourquoi il s'attardait en ces lieux alors qu'il n'avait, techniquement, pas l'intention d'acheter quoi que ce soit. Il lui faisait perdre son temps, mine de rien...

"Je dirais Florence. Pas ma tasse de thé en général, mais ce fil doré est du plus bel effet au soleil. Il faudrait porter cela sous des latitudes plus civilisées, où le soleil existe."

Il soupira en secouant la tête, et chercha autour de lui quelque chose qui soit tout à fait compatible avec ses goûts ; maintenant qu'elle avait vu ses mains, elle devait au moins se douter de sa couleur favorite... et de son vin favori tant qu'on y était. Enfin, son regard accrocha une gravure sur un mur. Voilà ! Il était toujours scandalisé de ne jamais trouver ce type d'élégance dans son pays d'origine, où l'austérité et les tenues pratiques étaient si souvent de mises... tissus grossiers, solidité, efficacité, durabilité... alors qu'outre-manche, on cédait si facilement à la tentation des brillants et des rubans, d'un luxe même apparent, même juste pour rire... le foisonnement de la nature, voilà ! Maudits jardins anglais et maudites vestes toutes simples.

"Le soleil et le bon goût. Faut-il vraiment venir dans une boutique de corsets pour trouver des dentelles... ça n'a rien d'excentrique de se créer un personnage, pas vrai ? Mais il est vrai que même le kilt est interdit, alors... je présume que d'ici quelques années, nous nous promènerons tous en uniformes noirs."

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Jeu 19 Juil - 13:34

"Il ferait beau voir que mon épouse me dise ce que je dois acheter. Je n'ai que ma fille et elle n'a rien à faire ici, n'est-ce pas ? Elle était entrée par erreur. C'est bien une couturière classique, en face ?
- C’en est une, oui, assura Sheena avec un sourire. Quant à savoir qui a le droit d’entrer ici ou non… Tant que la clientèle est à l’aise, je ne suis pas regardante. C’est vrai qu’elle est un peu jeune pour un corset, son corps n’est pas encore suffisamment formé pour. »

Et elle, se souvenait-elle de la première fois où elle avait du en porter un ? Le sentiment d’étouffement terrible, où elle avait regardé sa mère, indignée, persuadée que cette dernière lui imposait cet instrument de torture pour lui comprimer la cage thoracique et l’empêcher de chanter. Et puis, elle s’y était faite, comme elle s’était habituée au regard des hommes sur elle à partir du moment où elle avait commencé à en porter régulièrement. Le corset transformait l’enfant en femme, enfin désirable, enfin...

"J'en avais vu à Paris un banyan qui me plaisait fort, mais hélas, je manquais de fonds."

Sheena resta silencieuse, l’observant froisser le papier entre ses doigts, étonnée et intriguée par la capacité de l’homme à voir l’étoffe entre ses mains.

« Pardon, je vais retirer mes gants si vous le permettez. Il fait un peu sombre ici pour qu'un vieux soldat comme moi s'y retrouve. Je vous préviens d'avance : mes mains ne sont pas très jolies à regarder, mais rien de contagieux, n'ayez crainte. »
- Je vous en prie. »

Qu’est-ce qui la poussait en cet instant précis à laisser ce client qui n’en était pas un à promener ses doigts rouges –c’était un tatouage ?- et incomplets sur ses précieux tissus ? Elle n’aurait su le dire. Il était fascinant à observer, ce genre de personne qu’on ne croisait qu’une fois, que les gens « bien comme il faut » ne savaient certainement pas comment aborder. Une sorte de paria civilisé ? C’était peut-être ça qui faisait qu’elle le laissait faire avec si peu de réticence, le fait qu’elle voyait en lui un monstre urbain comme elle l’avait été –sil elle ne l’était pas encore.

"Je dirais Florence. Pas ma tasse de thé en général, mais ce fil doré est du plus bel effet au soleil. Il faudrait porter cela sous des latitudes plus civilisées, où le soleil existe.
-Félicitation, répondit-elle, et pardon de vous avoir taquiné. Je ne pensais pas avoir à faire à un tel connaisseur.
-Le soleil et le bon goût. Faut-il vraiment venir dans une boutique de corsets pour trouver des dentelles... ça n'a rien d'excentrique de se créer un personnage, pas vrai ? Mais il est vrai que même le kilt est interdit, alors... je présume que d'ici quelques années, nous nous promènerons tous en uniformes noirs."

Sheena resta silencieuse, n’ayant elle-même pas réellement réfléchit à la question. Elle s’habillait généralement toujours de la même manière, tenues sombres et sobres, pour ne pas être vue. Elle adorait les fantaisies qu’elle cousait à ses corsets mais c’était le genre d’excentricité dont elle se privait –ou du moins se les interdisait-elle du temps de Calum. A bien y réfléchir, Keith l’avait rendue coquette, et cherchant continuellement à lui plaire, elle agrémentait de plus en plus sa toilette de dentelle ou de touches de couleur. Mais lorsqu’elle se rendait en ville ou à l’atelier, elle repassait ses robes d’avant, comme pour faire oublier aux autres son infidélité. D’ailleurs, elle avait perdu certaines clientes à cause de ça, à cause des rumeurs qui s’étaient mises à courir à son sujet. Pour répondre à la question qu’elle se posait avant l’arrivée de Mr Jamieson, peut-être était-ce aussi à cause de ces mauvaises langues que sa boutique était aussi désolée ces jours-ci.

« Les gens d’ici ne sont pas très fantasques, observa-t-elle enfin. Ils aiment ce qui est à la mode, mais ne la créent pas eux-mêmes. »

Elle se tut, et se mordit la lèvre, persuadée d’en avoir trop dit.

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Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Jeu 19 Juil - 15:40

"Je ne vous le fais pas dire ! Ils sont agaçants, on ne sait jamais ce qu'ils pensent, et au final ils n'en pensent rien, et vous vous rendez compte qu'ils râlaient juste parce que ça avait l'air d'une bonne idée ! Chagrins accumulés, ça. Si ils se battaient en duel chaque fois qu'ils éprouvaient un désagrément, ça s'envolerait tout de suite !"

Au départ, c'était un stratagème pour s'incruster dans la boutique le temps que la menace extérieure s'éloigne. Puis l'imagination de Breac avait dérivé et s'était échauffée, et soudain ils en étaient quasiment au débat politique. Qu'à cela ne tienne ! Les bornes étaient faites pour être franchies ! Et soudain il avait l'occasion de persifler sur les tendances casanières et inimaginatives de leurs voisins. On ne négligeait pas une pareille opportunité. Rien que d'y songer, il avait l'impression d'avoir les deux pieds coulés dans le ciment. Que faisait-il coincé ici déjà ? Il en était malade quand il y songeait. Backwater-on-Monsters, voilà. Il n'avait jamais eu que des ennuis dans cette ville, et évidemment, pas question de retourner à Appin.

Et il allait finir par leur ressembler, à ronger son frein ainsi ; c'est peut-être ça qui l'agaçait le plus, la crainte de la contagion. Ah ça non, plutôt ramasser la foudre. Grognon et dépité, il ramassa une poignée de rubans et commença à les classer machinalement par ordre de taille. Il allait en acheter un ou deux tout de même, pour que les enfants jouent avec. Ils trouveraient bien quoi en faire. Quand il était petit, il n'avait pas toute cette fanfreluche à sa disposition. Quelques cordelettes nouées ensemble, et hop, un pantin ! Et quand il n'avait pas de cordelettes, avec des herbes tressées, il s'en faisait. Et après il les vendait au fils du voisin, cet aimable imbécile, pour des choses de plus grande valeur, en prétextant que c'étaient des mandragores qu'il avait capturées dans le ruisseau. Bref. Barbara et Alan auraient été bien mieux de leurs personnes s'il avait pu les élever à Appin.

"Quelle idée d'avoir des enfants dans un endroit pareil, de toute façon... n'est-ce pas ? Vous les emmèneriez où, ces charmants bambins, si vous aviez le choix ? Non pas que je l'aie moi-même."

Breac haussa les épaules et alla observer un article des plus alambiqués, orné de tant de détails qu'il ne pouvait servir qu'à un seul usage : émerveiller un mari chanceux – ou un client chanceux bien sûr – ou un amant – ou... bref. C'était l'équivalent vestimentaire d'un feu de Bengale, et il en avait vus, il savait de quoi il parlait. Une tenue de spectacle et d'intimité, qui ne se porterait pas en extérieur. Il se demanda en riant sous cape quel visage arborait une dame en faisant ce type d'acquisition. Digne et sérieuse ? Primesautière et rieuse ? Embarrassée et rougissante ? Discrète et complice ?

"Seigneur, d'ici quelques années, Barbara va vraiment porter ce genre de choses. Je crois que ça m'ennuie. Il faudra que je l'instruise en religion, tiens ! ça m'épargnera ce genre de tracas, pour un temps."

Ce n'était peut-être pas la meilleure chose à dire devant une demoiselle qui gagnait sa vie en vendant ce genre d'articles. Mais peut-être qu'il plaisantait, allez savoir ? Il espérait juste ne pas appuyer sur un point sensible, par exemple lui rappeler le discours de quelque austère prêcheur qui serait venu la sermonner, elle ou sa patronne, sur leur choix de carrière. Il lui semblait qu'ils se faisaient plus rares, depuis sa jeunesse, où ils infestaient la région et notamment les campagnes. Mais c'était un spectre qui errait de ci de là et qui devait bien finir par se poser ; que les forces souterraines les en gardent, l'un comme l'autre. Il ne lui voulait pas de mal, à cette petite dame. Pardieu, quand Barbara serait grandie, elle lui ressemblerait peut-être. Et peut-être qu'elle ferait le même métier – il n'avait pas réfléchi à ça, tiens. Il ne savait pas si ça dérangerait les défunts parents, qu'elle s'engage dans une voie ou une autre. Et il n'avait pas vraiment de moyen de le leur demander.

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I got my wastefulness from the same man I got my silver buttons from; and that was my poor father, Donnchad Stiubhart, grace be to him! He was the prettiest man of his kindred; and the best swordsman in the Hielands, and that is the same as to say, in all the world, I should ken, for it was him that taught me.

He was in the Black Watch, when first it was mustered; and, like other gentlemen privates, had a gillie at his back to carry his firelock for him on the march. Well, the King, it appears, was wishful to see Hieland swordsmanship; and my father and three more were chosen out and sent to London town, to let him see it at the best...


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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Sam 21 Juil - 13:56

"Je ne vous le fais pas dire ! Ils sont agaçants, on ne sait jamais ce qu'ils pensent, et au final ils n'en pensent rien, et vous vous rendez compte qu'ils râlaient juste parce que ça avait l'air d'une bonne idée ! Chagrins accumulés, ça. Si ils se battaient en duel chaque fois qu'ils éprouvaient un désagrément, ça s'envolerait tout de suite !"

Un rire doux échappa à Sheena.  Elle se couvrit la bouche avec les mains et s’excusa, avant de se diriger vers son comptoir. Elle ne se moquait pas de lui, et elle espérait qu’il ne l’ait pas pris ainsi. Elle commençait au contraire à apprécier ses grandes envolées pour des choses auxquelles elle s’était habituée avec les années, presque intégrées en elle.

« Puis-je vous proposer du thé ?  demanda-t-elle en posant sur un plateau une théière et une paire de tasses. Je pense que je n’aurais personne aujourd’hui, alors quitte à discuter, autant être bien installés, vous ne croyez pas ? »

Elle resta derrière le comptoir en attendant sa réponse.

"Quelle idée d'avoir des enfants dans un endroit pareil, de toute façon... n'est-ce pas ? Vous les emmèneriez où, ces charmants bambins, si vous aviez le choix ? Non pas que je l'aie moi-même."

Sheena réfléchit quelques instants. Avoir des enfants était un concept auquel elle avait fini par renoncer. Les porter neuf mois, se réjouir tout du long, et finir par accoucher de mort-nés qu’elle se résignait à chaque fois à enterrer au fond du jardin avait été une période de sa vie extrêmement douloureuse. En ce temps là, Calum et elle croyaient au fait qu’ils allaient fonder une famille mais le temps passait et le ventre de Sheena refusait de donner la vie à qui que ce soit. Depuis, les petites tombes avaient fleuri au milieu du jardin et des mauvaises herbes et, Keith passant par là, elle avait fini par abandonner toute vie commune avec Calum. D’un autre côté, elle était incapable de construire avec une personne absente.

« Je ne sais pas, finit-elle par répondre. J’aurais aimé emmener mes propres enfants sur mon lieu de travail, de là à l’imposer à ceux des autres… »

Elle imagina un instant des petites têtes rousses qui se faufileraient entre ses jupes, inspectant les tissus, essayant les patrons, se parant des étoles comme d’autant de capes et de robes improvisées. En tous cas, elle enfant, aurait adoré venir ici, elle aurait adoré y jouer avec ses sœurs.

"Seigneur, d'ici quelques années, Barbara va vraiment porter ce genre de choses. Je crois que ça m'ennuie. Il faudra que je l'instruise en religion, tiens ! ça m'épargnera ce genre de tracas, pour un temps.
- Il faut en porter soi-même pour se rendre compte du poids social qu’il représente, philosopha Sheena. D’un autre côté, ce ne sont que des corsets, elle peut en posséder qui soient sobres et n’attirent pas la vue. Bien sûr, ici vous allez trouver quelques fantaisies pour pimenter le quotidien mais… vous savez, j’étais très fière le jour où ma mère m’a offert mon premier corset, cela signifiait que je n’étais plus une enfant et que j’étais enfin devenue quelqu’un de responsable. »

Elle avait aussi compris ce jour là que son âge ne serait plus une excuse à ses pertes de contrôle et que ses pouvoirs allaient devoir soit être parfaitement maîtrisés, soit enfoui au plus profond d’elle-même, car sa mère ne laisserait plus passer aucune crise de larmes, aucun chant funeste.

« Si ça vous rassure, quand elle se sentira prête, amenez-la ici et je me ferai une joie de lui confectionner son premier corset. »

Elle se tut, se mordit la lèvre, attendant sa réponse.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Sam 21 Juil - 20:07

Le très éminent Monsieur Jamieson appréciait les boutiques comme celle-là, où il finissait par avoir l'impression de rendre visite à des amis pour discuter de tout et de rien, oubliant complètement pourquoi il avait franchi le seuil en premier lieu. En face, Barbara devait être en train de dévaliser les rayons de la pauvre couturière, enfin... quelque chose lui disait qu'elle allait plutôt les adorer pour ça. Eh bien, tant mieux, il se serait fait deux amies aujourd'hui. Il remercierait Caiden à l'occasion. Le pauvre n'y comprendrait rien. Tant pis pour lui !

"Je ne vais pas trop m'attarder, je ne voudrais pas faire fuir une éventuelle clientèle qui entrerait à l'improviste."

Tout en lançant cette phrase de bon aloi, dont il ne pensait pas une virgule, Breac céda à la modeste tentation qui lui était proposée, affichant un large sourire de renard. Il se laissa tomber dans un siège, et tendit la main cavalièrement pour recevoir la tasse promise de cette austère boisson nationale ; mais il avait tout de même eu la courtoisie élémentaire de remettre ses gants en place. Il s'appliquait à apprécier le thé quand il faillit le recracher de surprise : quelle idée de suggérer qu'il reviendrait de son propre chef pour présenter Barbara à ses, euh, comment dire ? Obligations de jeune fille ? C'est qu'il connaissait toutes sortes de dames très bien qui n'auraient pas touché à ces articles avec une fourche de deux mètres, et il aurait grandement préféré qu'elle s'inscrive dans cette simple tradition.

"Vous n'y verrez pas de méchanceté de ma part, si je vous dis : j'ai envie de dire oui et j'ai envie de dire non ?"

Les formules spirituelles arrivaient généralement à le tirer, de près ou de loin, des situations scabreuses où sa mauvaise tête pouvait le placer. Mais il avait bien noté que cette vendeuse-ci avait une nette indulgence pour sa franchise d'expression. Autant y aller à fond alors, et il se permit même de poser les talons de ses bottes sur un coffre voisin qui avait précisément la bonne hauteur, afin de se caler correctement. Voilà ! Maintenant on pouvait parler.

"Vous diriez qu'une jeune fille est majeure à partir de quel âge ? C'est que je me retrouve à devoir élever cette petite, sans avoir vraiment eu, comment dire, l'expérience nécessaire pour cela."


C'était un sentiment étrange. Il avait tablé sur une dizaine d'années, au bas mot, pour l'accomplissement de ses devoirs pseudo-parentaux envers les deux gamins. A se dire maintenant que certaines demoiselles se mariaient bien plus tôt, ou entraient dans quelque commerce en guise d'associée de leurs parents, ce qui revenait au même : l'entrée dans la vie adulte... il réfléchissait que ces dix ans ne seraient peut-être pas dix. Et c'était invraisemblable d'en être affecté alors qu'il râlait depuis le début qu'il ne tiendrait jamais dix ans, que ça l'userait avant l'âge, et qu'il mourrait sous cette fausse identité si gênante aux entournures.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Dim 22 Juil - 12:48

"Je ne vais pas trop m'attarder, je ne voudrais pas faire fuir une éventuelle clientèle qui entrerait à l'improviste.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, je vous laisserai savourer votre thé pendant que je m'occuperai des clientes éventuelles le cas échéant."

Mais elle n'y croyait pas. Elle avait appris à repérer, à force, les jours avec et les jours sans. Et en cet été 1762, les rues d'Edimbourg étaient bien désertes.

Elle le vit poser ses pieds sur le coffre et sourcilla.

"Je n'ai rien contre le fait que vous vous mettiez à votre aise, Mr Jamieson, mais je vous serai grée de vouloir poser vos pieds ailleurs que sur le coffre qui contient les échantillons. Si quelqu'un rentre, comme vous dites, je serai dans l'obligation de vous trouver un autre cale-pied, autant procéder à l'échange directement, vous ne croyez pas ?"

Ce disant, elle poussa face à lui un autre coffre qui contenait les chutes de tissus trop petites pour être réutilisées.

"Vous diriez qu'une jeune fille est majeure à partir de quel âge ? C'est que je me retrouve à devoir élever cette petite, sans avoir vraiment eu, comment dire, l'expérience nécessaire pour cela."

Sheena réfléchit quelques instants, évaluant à quel point il était réellement ignorant en la matière. Ce qu'elle allait devoir lui expliquer la fit rougir jusqu'aux oreilles.

"Une fille est majeure disons quand... elle a ses premiers sangs. A ce moment là elle devient une petite femme. Votre petite a encore un peu de temps devant elle, rassurez-vous. Si je me fie à ma sœur et moi, elle devrait les avoir vers ses quinze ans, pas avant."

Elle piqua un fard dans sa propre tasse de thé, puis réalisa que l'enfant dont ils parlaient n'avait peut-être personne dans son entourage pour la prévenir d'une telle métamorphose. Elle se souvenait de l'arrivée des siens, en pleine nuit, où elle s'était mise à hurler qu'elle était en train de mourir, persuadée d'avoir eu le ventre déchiré en deux. Sa mère avait alors surgi dans la chambre, l'avait faite sortir du lit, déshabillée, et lavée de pieds en cap tout en lui expliquant ce qui était en train de lui arriver. Quelques jours plus tard, elle lui offrait son premier corset.

"Si je peux me permettre, Mr Jamieson, il n'y a pas une femme de votre connaissance qui puisse expliquer à votre fille ce qui va lui arriver ?"

Une manière comme une autre de demander où était sa mère, même si, l'époque faisant, Sheena imaginait sans mal une femme morte en couche. Elle ressentit alors une bouffée de compassion envers ce père démuni et cette fillette sans modèle auquel se rattacher.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Dim 22 Juil - 19:42

"Miss Matheson, Dieu me damne, vous disposez d'une autorité naturelle devant laquelle je ne puis que m'incliner." Se faire remonter les bretelles, même aimablement, avait souvent eu pour effet de faire monter Breac Jamieson sur ses grands chevaux. Il était rebelle à l'autorité, rapide à crier à l'injustice, et en somme, indépendant comme un chat de gouttière, voire asocial à en croire certains mauvais camarades. Mais en l'occurrence, c'était une demoiselle charmante qui lui faisait une remarque tout ce qu'il y a de plus recevable, et il obéit sans se faire prier. On en aurait bien ri, le connaissant, si on l'avait vu faire ; mais baste, nul ne le voyait, n'est-ce pas ?

"Alors, il y a bien la gouvernante, mais ces temps-ci j'ai du mal à en garder une à mon service pendant plus de quelques jours. La dernière en date a fait son baluchon sans même me prévenir. Il paraît que je suis capricieux, doté d'un humour absurde, et difficile à vivre, croyez-vous ça ? Enfin j'ai encore quelques années devant moi, d'après ce que vous me dites. J'en engagerai une fiable, un jour."

En attendant il y avait bien cette lettre qu'il avait reçue tantôt, mais il n'était pas certain que ça ferait l'affaire : jamais celle-là ne serait encore en poste au jour où il aurait besoin de ce service en particulier. Autant compter sur un papillon pour revenir le jour de votre anniversaire. Les lois naturelles ne fonctionnaient simplement pas ainsi. Pensif, Breac revint à sa barbe, qu'il triturait par moments à la façon d'un fumeur de pipe qui ne peut pas s'adonner à son vice. Il avait pris ce tic de son cousin jadis, grand fumeur devant l'Eternel pour sa part, alors qu'il le copiait encore en toutes choses, dans l'espoir d'avoir un jour sur les braves gens d'Appin le même charisme respectable. Il y avait vite renoncé, en se trouvant d'autres spécialités bien plus adaptées à ses petits talents naturels. Et à ce propos...

"Quinze ans, donc. Hm. Je vous crois sur parole. Mais elle ne saura pas se débrouiller dans la vie pour autant, pas vrai ? Je veux dire par là... Elle aura encore besoin de moi. Je ne sais pas comment font les filles, mais en ce qui me concerne, j'étais un godelureau sans cervelle à quinze ans."

Voyons voir, c'était en 1726, il ne s'était pas passé grand-chose à son souvenir... Pas tant plus que l'année précédente ou que l'année suivante, en tout cas. Il était absolument certain d'être un homme, et ça lui avait valu quelques échauffourées domestiques, notamment avec son pauvre cousin qui, depuis qu'ils faisaient physiquement la même taille et le même poids, peinait fortement à lui imposer son autorité. En fait, ça faisait des années qu'il était affreusement insupportable et qu'il y mettait une sorte de point d'honneur, il s'ennuyait et s'il avait cessé de faire tourner en bourrique les braves gens du coin, le monde se serait arrêté, ou quelque chose comme ça. Qui aurait fait ça à sa place, hein ? C'était ça son métier, en ce temps-là. Et puis il était certain de savoir se battre comme un dieu, d'ailleurs il s'était mis en tête de ramener des oreilles de brigands pour les déposer à la porte du corps de garde. Mais encore fallait-il les attraper, ces oreilles. Il inventait des pièges élaborés qu'il n'avait pas les moyens de construire. Il écrivait d'interminables lettres qu'il brûlait ensuite, faute de correspondants. Ses chansons en langues autres que gaélique ne rimaient même pas. Oh, non, avec le recul il pouvait en être certain : il n'était pas majeur.

Du coup, si il pouvait élaborer un mode de comparaison concernant le petit Alan... oh, il ne le lâcherait pas des yeux avant au moins ses vingt ans, celui-là. Il avait fait toutes ses pires bêtises autour de dix-neuf ans, maintenant qu'il prenait le temps de réfléchir à cette question. L'engagement au service de l'armée anglaise était certainement la plus grave, et celle qui avait le plus pesé sur ses années suivantes. A vingt ans, il lui semblait vaguement qu'il s'était un peu calmé. Un peu seulement, il ne fallait rien exagérer, mais Alan se calmerait beaucoup, il était un simple petit humain, lui. Il n'avait pas ses... capacités.

"Bon, j'ai aussi le petit qui ne sera pas un homme raisonnable avant quatorze ans d'ici. Je dois donc rester en poste jusque-là, peu importe que mademoiselle souhaite ou non s'émanciper auparavant. Je ne vais quand même pas la lâcher dans la nature avec le blondinet dans les pattes !" Il éclata de rire, soulagé d'avoir clarifié pour lui-même la situation, sans trop se soucier de ne guère l'avoir fait pour son interlocutrice. Certes, il aurait pu réfléchir à tout cela en tête à tête avec lui-même et son chien. Mais c'était nettement plus difficile. Il y avait quelque chose dans le confort d'une pièce fermée qui lui assourdissait la pensée. Une balade à travers la lande, l'épée au côté et le conflit en tête, et il aurait retrouvé tout son tranchant, il en était bien certain...

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Message par Sheena Matheson le Mer 25 Juil - 17:39

"Miss Matheson, Dieu me damne, vous disposez d'une autorité naturelle devant laquelle je ne puis que m'incliner."

La remarque fit sourire Sheena. Décidément, il l'amusait, ce monsieur Jamieson ! Et la sortait un peu de son quotidien gris et cotonneux. Une partie d'elle-même réfléchit cependant, c'était la première fois qu'on lui faisait une telle réflexion. Qu'on dise d'elle qu'elle était réservée et secrète, elle avait l'habitude, à la rigueur qu'elle savait faire preuve de douceur et d'écoute. Mais l'autorité ? Non, ça c'était réservé à la Fionna, et à Keith. Quoique... à bien y réfléchir, c'était toujours elle qui avait imposé à Calum ses désirs, de manière douce certes, mais imposés quand même. Le mariage, le départ pour Edimbourg... les gens retiendraient l'inverse, que c'était le mari qui avait choisi de ramener avec lui sa petite sauvage rousse, sans se douter qu'il accédait par là-même à la volonté farouche de sa nouvelle femme. Alors oui, Mr Jamieson était amusant à vanter ainsi son autorité naturelle, et à y repenser à deux fois, il était fort possible qu'elle ait toujours été là. Peut-être qu'aujourd'hui, de part la lettre qu'elle avait écrite, elle était enfin libérée de Calum. Chassez le naturel et il revient au galop !

"Quinze ans, donc. Hm. Je vous crois sur parole. Mais elle ne saura pas se débrouiller dans la vie pour autant, pas vrai ? Je veux dire par là... Elle aura encore besoin de moi. Je ne sais pas comment font les filles, mais en ce qui me concerne, j'étais un godelureau sans cervelle à quinze ans."

Sheena eut un rire doux et sans méchanceté.

"Les croyances veulent que les filles soient plus dégourdies dans ce genre de domaine. Ceci-dit, certaines choses ne s'inventent pas, et peut-être que votre fille aura besoin d'éclaircissements un jour ou l'autre."

Elle se tut, et réfléchit un instant.

"Vous m'êtes sympathique, Mr Jamieson, et votre petite aussi. Si Edimbourg n'a pas eu raison de moi d'ici là, je pourrai peut-être vous aider lorsque les questions et l'âge de ces choses arriveront."

Elle rougit, se mordit la langue et se maudit intérieurement. Ce que Sheena cherchait à récupérer, sans se l'avouer, c'était un moyen d'assouvir son envie de maternité avortée. Elle aurait aimé transmettre à ses enfants ce genre de choses, être complice avec eux comme l'était sa mère avec ses soeurs et elle... sauf qu'avec Calum, aucune tête blonde n'avait fait son apparition...

"Bon, j'ai aussi le petit qui ne sera pas un homme raisonnable avant quatorze ans d'ici. Je dois donc rester en poste jusque-là, peu importe que mademoiselle souhaite ou non s'émanciper auparavant. Je ne vais quand même pas la lâcher dans la nature avec le blondinet dans les pattes !
- Le blondinet ?" répéta Sheena.

Blondinet identifié ou non, elle voyait parfaitement où il voulait en venir.

"Comme je vous l'ai dit, n'ayez crainte, et si vous le voulez, je peux peut-être vous aider autrement qu'en réfléchissant au futur corset de votre fille."

Elle outrepassait son rôle, elle en avait bien conscience. Mais comme chacun sait, on ne vit qu'une fois.

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Il va ouvrir la porte.
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Message par Breac Jamieson le Mer 25 Juil - 19:08

L'amabilité de la jeune boutiquière avait quelque chose de touchant, dans la mesure où elle aurait sans doute pu, elle aussi, être la fille de Breac Jamieson. Ce dernier se surprenait à calculer ce genre de chose depuis qu'il avait les deux autres batraciens arrimés dans son sillage. Il prit garde à détourner aimablement les yeux, le temps que le rougissement s'atténue, pour ne pas ajouter au trouble de la pauvrette, et fit mine de se passionner pour son thé, tout en réfléchissant à proprement parler aux quelques chutes de rubans, de tissus et de dentelles qu'il emporterait d'ici en quittant les lieux. Puis il confirma en reportant son regard sur Sheena, un regard sérieux, presque calculateur, qui pesait le pour et le contre :

"C'est très gentil. Vous relevez le niveau de cette ville de traîne-sabots. Je sais ! Ma prochaine gouvernante, je vous l'enverrai avant de l'engager. Vous l'approuverez ou non. Si j'avais une femme à mes côtés, je me débarrasserais de ces responsabilités en les lui confiant, bien sûr."

Il essayait de sourire d'un air innocent, mais la vérité, c'est qu'il repensait à la lettre qu'il avait reçue plus tôt et qui lui tournait toujours en tête. Il allait probablement se retrouver plus tôt que prévu en présence de sa prochaine gouvernante, et même s'il ne prévoyait pas de la conserver des années durant à son service, il pouvait toujours jouer un tour sans méchanceté – enfin... un tour, quoi – à ces deux charmantes personnes tout à la fois ; la demoiselle Matheson ne savait pas à quoi elle s'engageait, et la douce candidate épistolaire trouverait une épreuve à son arrivée, elle qui s'attendait probablement, si son caractère n'avait pas changé, à mettre les pieds sous la table et à faire exaucer tous ses caprices. Sous prétexte que la route avait été longue et qu'elle était une dame de qualité, ou qui sait encore quelles sornettes.

Breac se réjouissait d'avance de lui préparer cette petite surprise. Quant aux enfants, ils bénéficieraient sans doute de cette rencontre au sommet : au moins, ils ne seraient pas pris en main par quelqu'un de totalement ignare. Car, pour ce qu'il en savait, le digne monsieur Jamieson allait accepter à son domicile quelqu'un qui n'avait jamais choyé de bébés auparavant. Ni les siens, ni ceux d'autrui, ou alors on lui avait caché des choses. Toujours gracieux au possible, comme le sont les malins qui ont requis bien davantage qu'il ne leur était offert, ou comme s'il craignait qu'on lui tape sur les doigts – ce qui, dans son cas précis, aurait pu s'avérer très douloureux – l'homme insista en baissant la voix, comme en confidence :

"Si c'est la personne à laquelle je pense, elle louchera sur vos créations, c'est certain. Vous ne la laisserez pas s'enticher de n'importe quelle guipure, elle peut s'avérer dépensière et n'a plus les moyens d'assurer un tel train de vie. Je ne cherche pas à vous en donner une mauvaise image, notez bien ! Vous jugerez en votre pleine âme et conscience."

Son sérieux dura environ dix secondes. C'était généralement un maximum, lorsqu'il était dans un état d'esprit positif - lorsqu'il avait des forces, de façon général. Il lui était arrivé, à diverses reprises, d'énoncer des plaisanteries lugubres ou provocatrices en diable dans des moments où il aurait pu, et parfois voulu, se montrer mortifié ou même terrifié. En l'occurrence, seule l'oisiveté d'une promenade quelque peu contrainte le poussait à cette légère vengeance à l'égard du destin, dont deux personnes qui n'étaient absolument pas des agents du destin pourtant feraient les frais à sa place. Il laissa passer un silence, puis éclata d'un rire sonore, en frappant sur ses deux genoux pour se relevé, son thé terminé :

"Je sais bien que ce n'est pas à ce genre de service que vous pensiez. Eh bien, je vais aller régler les achats de mademoiselle ma pupille chez votre concurrente, et dans l'intervalle, je vous l'envoie. Parlez donc de sujets de filles, puisque ça vous fait plaisir. Elle a l'air stricte comme un Pape mais elle ne mord pas."

Ses mains raflèrent les divers petits articles qu'il avait aperçus ici et là, et dont il comptait convaincre ses protégés de s'improviser quelques loisirs créatifs, une occupation aussi désignée sous le nom de : laisser papa tranquille. Il les aligna prestement sur le comptoir ainsi que la monnaie correspondante, résultat de sa réflexion de tantôt, et remit ses gants bien en place en prévision de son départ, ou du moins, de sa petite sortie de l'autre côté de la place. Nul doute que s'il revenait les bras chargés des achats de Barbara, et trouvait les deux filles, comme il les surnommait déjà, plongées dans une conversation sibylline, il poserait ses sacs dans un coin et attendrait philosophiquement qu'elles en aient terminé.

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Inconvénients : Incapable de laisser passer une défaite ; farceur ; ses plaisanteries vont trop loin ; et il est fasciné par la couleur rouge.
I got my wastefulness from the same man I got my silver buttons from; and that was my poor father, Donnchad Stiubhart, grace be to him! He was the prettiest man of his kindred; and the best swordsman in the Hielands, and that is the same as to say, in all the world, I should ken, for it was him that taught me.

He was in the Black Watch, when first it was mustered; and, like other gentlemen privates, had a gillie at his back to carry his firelock for him on the march. Well, the King, it appears, was wishful to see Hieland swordsmanship; and my father and three more were chosen out and sent to London town, to let him see it at the best...


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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Jeu 26 Juil - 10:18

"C'est très gentil. Vous relevez le niveau de cette ville de traîne-sabots. Je sais ! Ma prochaine gouvernante, je vous l'enverrai avant de l'engager. Vous l'approuverez ou non. Si j'avais une femme à mes côtés, je me débarrasserais de ces responsabilités en les lui confiant, bien sûr.
-Ne dites jamais à une femme que vous vous débarrassez de quelque chose grâce à elle, elle pourrait mal le prendre, sourit Sheena avec malice. Cependant, si cela vous rassure, envoyez la moi, et je vous dirai ce que j'en pense. Et je vous remercie pour le compliment, même si en cherchant bien, et croyez-en mon expérience, on trouve ici-bas encore quelques belles âmes."

Il l'amusait, avec un côté bourru qui lui allait aussi bien qu'un chausse-pied à une chèvre. Enfin, peut-être était-il réellement bourru et homme de son époque, persuadé que les tâches des unes ne peuvent être endossées par les autres et réciproquement mais l'esprit charitable de Sheena préférait lui laisser le bénéfice du doute. Voir du bon n'importe où, telle était sa devise. Il n'y avait guère que le tueur qui ne trouvait grâce à ses yeux.

"Si c'est la personne à laquelle je pense, elle louchera sur vos créations, c'est certain. Vous ne la laisserez pas s'enticher de n'importe quelle guipure, elle peut s'avérer dépensière et n'a plus les moyens d'assurer un tel train de vie. Je ne cherche pas à vous en donner une mauvaise image, notez bien ! Vous jugerez en votre pleine âme et conscience.
- Ne vous en faites pas, Mr Jamieson, cela me perdra mais je sais veiller au confort du portefeuille de mes clientes."

Elle n'allait pas jusqu'à faire crédit, non, mais pouvait proposer des tissus moins onéreux que ce que les femmes qui poussaient la porte de son atelier avait en tête. Elle savait s'adapter à toutes les bourses, contrairement à la Fionna qui poussait généralement ses proies à la dépense avec un sourire fielleux.

Le rire de Mr Jamieson fit sursauter la caoineag. Elle n'avait pas entendu de rire aussi puissant et aussi clair depuis bien longtemps. A vrai dire, aucun homme de son entourage de riait de cette manière. Calum avait un petit rire doux, presque féminin et Keith... ses sourires étaient déjà des exploits en soi.

"Je sais bien que ce n'est pas à ce genre de service que vous pensiez. Eh bien, je vais aller régler les achats de mademoiselle ma pupille chez votre concurrente, et dans l'intervalle, je vous l'envoie. Parlez donc de sujets de filles, puisque ça vous fait plaisir. Elle a l'air stricte comme un Pape mais elle ne mord pas.

- Faites donc, et merci pour la conversation", sourit Sheena en commençant à débarrasser le thé.

Elle porta le plateau sous le comptoir, et ouvrit la caisse tandis que son hôte improvisé payait les rubans et autres fabiolles qu'il venait de dénicher. Elle suivit un instant des yeux les mains rouges qui alignaient les articles, dans un étrange et fascinant ballet.

Assurément, cet homme là était une rencontre comme on n'en fait plus.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Jeu 26 Juil - 11:25

La délicatesse de la jeune femme et ses réactions à ses éclats amusaient en retour son non-client improvisé ; on pouvait dire que leur sympathie devenait réciproque. Breac n'eut aucun scrupule à lui envoyer comme prévu la petite fille qui faisait les cents pas en l'attendant. Ne sachant comment lui assurer que Sheena serait aimable à son égard, il lui déclara qu'elle lui ferait présent d'une collation ; c'était presque la même chose, du moins Barbara sembla comprendre. Elle s'éloigna en trottinant, dans la direction indiquée, il le vérifia jusqu'à ce qu'il la voie franchir la porte à nouveau. Puis il tourna son regard intraitable vers la couturière, et entreprit de défendre chèrement son porte-monnaie. Allons, s'il réalisait tous les caprices de sa pupille ainsi jour après jour, il devrait mettre sa précieuse montre en gage ! Non pas qu'il en ait eu réellement besoin, mais tout de même, ça l'aurait agacé ! Voilà, exactement, c'était son caprice à lui. Eh bien, où était le problème ? Les caprices d'un père, valeureux combattant démobilisé après ses faits d'armes, ne devaient-ils pas passer avant ceux de ses enfants qui n'avaient encore rien mérité ?

Tandis qu'il tentait de défendre cet argumentaire à grand renfort d'effets de manche, Barbara saluait "la gentille madame Matheson", comme on la lui avait désignée.
"Excusez-moi ? Je suis Barbara de Shaws. Mon père me dit que vous allez m'offrir du thé."

Il y avait dans le ton de la fillette quelque chose de légèrement méfiant. Que ce soit envers celui qu'elle avait appris à désigner comme son père par commodité, pour ne pas avoir à répéter chaque fois son histoire, ou envers le thé, c'était difficile à dire ; mais c'était l'attitude d'une petite demoiselle qui réfléchit beaucoup trop à ce qui l'entoure pour son âge. Couplée avec son vêtement de deuil et ses longs cheveux noirs, tout cela donnait à la petite silhouette quelque chose de glacé et de pluvieux, une aura de retour d'enterrement.

"Il en a pour quelques minutes," ajouta-t-elle en faisant deux pas sous les mannequins sans têtes et sans bras, enveloppés de merveilles étincelantes, qu'elle osait à peine parcourir de son regard innocent. "J'ai aussi refait la garde robe de mon frère, pour qu'il n'ait pas à revenir avec lui. Je l'ai mesuré avant de partir, espérons qu'il n'aura pas grandi d'ici notre retour."

Ce n'était clairement pas là une plaisanterie fantaisiste. Elle croyait encore à ce genre de possibilités magiques, et elle avait vu suffisamment du monde ces derniers temps pour imaginer n'importe quoi en toute bonne foi, et avec un parfait sérieux. Des hommes disparaîtres et réapparaître, perdre et retrouver la raison, des sorciers se jeter des sorts... Ses lèvres se scellèrent, elle n'en parlerait pas. D'ailleurs il y avait mieux à faire : rechercher une compagnie plus plaisante. Elle se faufila jusqu'à la vendeuse et leva dans sa direction ses grands yeux clairs, qui semblaient avoir apporté avec eux un peu de la clarté du dehors, d'une autre terre peut-être, où le ciel était bleu et les eaux vertes, et où le soleil brillait toujours. Sans doute pas cette terre de décadence vestimentaire dont avait parlé son tuteur avec une telle nostalgie. Elle ne souriait pas ; elle étudiait.

Cette nouvelle connaissance avait un regard apaisant et un beau sourire, une douceur certaine émanant de toute sa personne, certes une étrange façon de fixer son attention sur elle mais ça ne lui déplaisait pas, et surtout, elle était satisfaite de voir une "dame", quelqu'un d'indépendant, à sa hauteur en quelque sorte, et ce malgré leur différence de taille ; quelqu'un qui n'apprenait pas comment interagir avec elle de la bouche de Jamieson. Avec toutes ses bonnes intentions et ses efforts maladroits, il lui arrivait de tomber complètement à côté de la plaque. Il y avait un certain soulagement à sortir de son influence.

Le pauvre, dire qu'elle songeait tout cela tandis qu'il argumentait avec la dame d'en face pour obtenir ses caprices au meilleur prix ! Mais elle savait parfaitement que c'était par jeu, qu'il se distrayait et qu'il y trouvait son compte, quel que soit le résultat finalement. Cela dit, il y avait un point que la petite Barbara tenait à éclaircir dès les premiers instants, afin de ne plus y penser par la suite. Elle leva le menton et fixa un oeil presque sévère sur la femme aux cheveux roux. C'était évident, elle n'attendait aucune tentative pour se moquer de son jeune âge et lui raconter des sornettes :

"Vous êtes une amie de monsieur Jamieson ? Vous n'allez pas vous disputer, tous les deux, j'espère ? Il se bat, et ensuite il nous prétend que ces messieurs étaient des vieux amis et qu'il ne faut pas avoir peur. Et qui doit endormir Alan ensuite ? C'est moi, évidemment."

Une certaine rancune dans la voix, elle fixa du regard un point inconnu dans l'espace puis reporta son attention sur ce qui l'entourait, cherchant le fameux thé qu'on lui avait offert, à la façon d'une jeune fille de bonne famille qui ne doute à aucun instant de ses droits et de ce qu'une promesse matérielle puisse être exaucée dans l'instant. Elle ne réalisait pas qu'il lui avait suffi de quelques répliques pour oublier d'appeler l'homme "son père", et pour revenir à un "monsieur Jamieson" plus vague et, d'une certaine manière, plus inquiétant. Oh, elle-même ne manifestait aucune réelle inquiétude, au fond. Cet homme était inconséquent et difficile à cerner mais il ne les mettait pas en danger. Pas qu'elle en ait conscience.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Jeu 26 Juil - 12:08

"Excusez-moi ? Je suis Barbara de Shaws. Mon père me dit que vous allez m'offrir du thé."

Sheena écarquilla les yeux face à cette enfant étrange et fière qui, du moins était-ce sa première impression, semblait autant apparentée à Mr Jamieson qu'elle-même pouvait l'être à la Fionna.

"Votre père vous bien informée, petite lady. Asseyez-vous dans un fauteuil et laissez-moi quelques instants, que je vous apporte une tasse. Désirez vous du sucre ?"

Pendant qu'elle filait jusqu'au comptoir pour vérifier que le thé n'avait pas encore refroidi, et servit une troisième tasse qu'elle apporta à la nouvelle venue.

Un petit corbeau aux yeux clairs, endeuillé et pourtant au port déjà fier, décidément cette petite demoiselle intriguait la caoineag. Elle avait quelque chose de tragique et réfléchi à la fois, ce qui n'était pas sans lui rappeler ce qu'elle était elle-même à son âge. La fillette se serait soudainement mise à chanter d'une voix mélancolique que Sheena n'aurait été aucunement surprise.

"Vous êtes une amie de monsieur Jamieson ? Vous n'allez pas vous disputer, tous les deux, j'espère ? Il se bat, et ensuite il nous prétend que ces messieurs étaient des vieux amis et qu'il ne faut pas avoir peur. Et qui doit endormir Alan ensuite ? C'est moi, évidemment."

L'esprit de la jeune femme tria les informations. Déjà, le fait qu'elle puisse être considérée comme une amie de cet homme qu'elle venait tout juste de rencontrer la faisait sourire, ensuite le fait qu'il se batte en présence des enfants la décevait, et enfin ce Mr Jamieson venait de retrouver le rôle de tuteur qui devait lui être légalement dévolu. Car assurément, personne n'appelait son père "monsieur" et encore moins en l'affublant de son nom de famille.

"Rassurez-vous, Lady de Shaws -Sheena n'avait jamais été très à l'aise avec les particules- j'ai un tempérament trop sage pour me battre avec qui que ce soit. En revanche, je suis d'accord avec vous, ce n'est pas un comportement correct. Pardonnez mon inquiétude, mais Mr Jamieson a-t-il souvent ce genre d'attitude inappropriée en votre présence ?"

Sans être à cheval sur l'étiquette, la caoineag avait toujours eu à cœur de protéger les enfants de la violence du monde des adultes. Non pas qu'elle voulait les rendre ignorants du sort qui les attendrait une fois passé un certain âge, mais elle partait du principe que certaines choses n'avaient pas à être vécues par les plus jeunes. Voir leurs parents se battre en faisait partie. Elle songea avec douleur aux coups que son propre père portait sur sa mère, quand la voix de celle-ci avait laissé échappé un chant de mélancolie. Et c'était elle, Sheena, du haut de ses dix ans, qui l'avait puni en lui infligeant cette voix qu'il cherchait tant à éteindre. Un caoineag ne peut pas tuer, lui avait expliqué sa mère. En revanche, il peut pousser au suicide ses victimes...

Elle continuait d'afficher un air doux sur son visage en guettant la réponse de sa petite invitée.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Jeu 26 Juil - 13:08

"A mon âge et dans ma position, vous pouvez m'appeler Miss Barbara," concéda noblement la demoiselle avec une légère révérence, pas plus qu'il n'était absolument nécessaire, mais exécutée avec le plaisir d'une enfant qui ne danse pas assez. "Et vous ? Est-ce bien Madame Matheson ? Mon tuteur est parfois cavalier avec ce genre de questions."

Elle tenait au respect des convenances, et puis, elle ne doutait pas que c'était plus facile pour une personne qui ne connaissait pas la complexité de leur lignée. Elle se haussa sur le même siège où son tuteur avait pris place un peu plus tôt, se redressa de toute sa faible hauteur pour se donner des airs, et tendit ses petites mains pour prendre la tasse, avec un gracieux signe de tête et un sourire de porcelaine.

"Monsieur Jamieson gère le domaine jusqu'à ma majorité. Alors seulement je serai pleinement Lady de Shaws."

Elle se donna ensuite le temps de boire, pour réfléchir à cette question qu'on venait de lui poser. Assurément, des questions de loyauté et de morale se disputaient la décision dans son esprit attentif. Elle ne souhaitait aucunement trahir le brave homme qui l'avait prise sous son aile avec son petit frère. D'un autre côté, elle ne pouvait qu'acquiescer au terme employé : "inapproprié" aurait caractérisé une bonne partie des comportements de ce même homme, si brave soit-il. L'un n'empêchait pas l'autre, et elle ne pensait pas au final lui faire insulte en évoquant des attitudes qu'il adoptait ouvertement devant tout un chacun, et dont il paraissait même éprouver une forme de fierté.

"Il n'y a aucune inquiétude à avoir. Il a juré de veiller sur nous, et lorsqu'un tel homme jure, il tient," affirma-t-elle tout d'abord d'un ton sans réplique. Il n'y avait pas d'admiration particulière dans son expression, elle semblait bien plus fascinée par la tasse dans laquelle elle venait de boire, et dont elle observait le dessin comme celui d'un jouet qu'elle aurait pu emporter pour sa dînette.

"Et nous ne vivons pas avec lui depuis longtemps. Je sais qu'il a passé toute sa vie sur les routes, à se battre, aussi je ne suppose pas que ce soit là un éclat mal intentionné. Quant aux gouvernantes, je ne comprends pas en quoi elles l'agacent autant ; elles ne font que le conseiller sur la bonne tenue d'une maison. Il ne connaît que des chansons scabreuses, et leurs comptines l'horripilent. Enfin, nous avons tout de même de la chance de l'avoir. Mais... Vous comprenez, Alan n'a plus que moi, je dois protester s'il lui fait peur. Ce n'est qu'un enfant, il a six ans."

Elle-même était une demoiselle, bien sûr ; aucune comparaison possible, comme l'indiquait la complicité avec laquelle elle confiait toutes ces confidences perplexes à la dame aux cheveux roux. Puis une pensée plus légère traversa son esprit et emporta les soucis. Elle eut un petit sourire absent, et plongea de nouveau ses lèvres dans le breuvage pour éteindre un léger rougissement, qui ramenait de la couleur sur ses joues pâles. Elle n'avait pas oublié pour quelle raison précise elle avait commandité cette expédition dépensière.

"Un jour, j'aurai un amoureux qui lui dira ses quatre vérités, et Alan n'aura plus à s'inquiéter de rien. Ce n'est pas méchant de souhaiter cela, n'est-ce pas ?"

En tout cas, elle parlait à voix basse, comme on confie un secret. Elle s'était efforcée de faire comprendre à son tuteur à quel point cette nouvelle affection était importante à ses yeux, et il s'était montré parfaitement aveugle. Pouvait-elle insister ? Elle n'en avait de toute façon pas envie, cela ne lui aurait pas semblé digne : un soufflet, fût-il verbal, était une fin de non-recevoir. Mais cette dame à l'air patient et attentionné serait certainement plus encline à lui prêter l'oreille. Elle se tenait cependant prête, au moindre signe désapprobateur, à botter en touche – une expression qu'elle n'aurait jamais dû connaître à son âge, mais c'était la faute de ce spadassin, qui avait vidé la salle de jeux pour en faire une salle d'armes.

Breac saura-t-il se débrouiller sans Barbara ?:

Succès/succès : Oui, voyons, pour qui le prenez-vous ? Il obtiendra même un bon prix. {EDIT : ET LA BIEN SUR JE FAIS DEUX SUCCES, C'EST BIEN LE MOMENT !!}
Succès/échec : Qui sait ? Il semble avoir disparu dans les profondeurs de la boutique...
Echec/succès : Il finit par accepter le prix réclamé, et revient en grommelant sur le coût de la vie à Edimbourg.
Echec/échec : On entend justement les échos d'une vive engueulade de l'autre côté de la place...

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He was in the Black Watch, when first it was mustered; and, like other gentlemen privates, had a gillie at his back to carry his firelock for him on the march. Well, the King, it appears, was wishful to see Hieland swordsmanship; and my father and three more were chosen out and sent to London town, to let him see it at the best...


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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Ceann-Uidhe le Jeu 26 Juil - 13:08

Le membre 'Breac Jamieson' a effectué l'action suivante : Le Destin


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Message par Sheena Matheson le Jeu 26 Juil - 13:58

"A mon âge et dans ma position, vous pouvez m'appeler Miss Barbara, Et vous ? Est-ce bien Madame Matheson ? Mon tuteur est parfois cavalier avec ce genre de questions.
- Avec plaisir Miss, répondit Sheena, soulagée que l'enfant lui explique si clairement comment elle désirait être nommée. Votre tuteur n'a fait aucune faute, ne vous en faites pas. Mrs Matheson m'ira très bien."

En réalité, que la petite se soit contentée de son prénom lui aurait suffit, mais de part son origine modeste, elle n'osait imposer une telle familiarité.

"Il n'y a aucune inquiétude à avoir. Il a juré de veiller sur nous, et lorsqu'un tel homme jure, il tient, et nous ne vivons pas avec lui depuis longtemps. Je sais qu'il a passé toute sa vie sur les routes, à se battre, aussi je ne suppose pas que ce soit là un éclat mal intentionné. Quant aux gouvernantes, je ne comprends pas en quoi elles l'agacent autant ; elles ne font que le conseiller sur la bonne tenue d'une maison. Il ne connaît que des chansons scabreuses, et leurs comptines l'horripilent. Enfin, nous avons tout de même de la chance de l'avoir. Mais... Vous comprenez, Alan n'a plus que moi, je dois protester s'il lui fait peur. Ce n'est qu'un enfant, il a six ans."

Sheena l'observa en silence, pensive. Elle n'arrivait pas à déterminer ce que Miss Barbara ressentait pour Mr Jamieson, ni à quel point ce dernier était ou non un bon tuteur. Elle était encore encombrée dans ses réflexions par ses propres souvenirs et aussi le fait qu'elle avait grandi longtemps sans homme. La brutalité masculine, elle ne l'avait guère approchée, parfois les clients du port qui lui faisaient des avances déplacées ou bien... Harlow oui. Harlow avait été l'un des premiers représentant de cette bestialité.

Pourtant, Sheena n'avait pas peur, pour elle-même en tous cas, de Mr Jamieson. Sa brusquerie l'avait amusée, et si la fillette lui certifiait qu'il était correct bien que particulier, elle la croyait sur parole.

"Veillez sur votre petit frère, Miss Barbara, cela fait de vous une bonne personne. Je suis bien placée pour savoir la tâche que représente le fait d'être l'aînée, et Heather, ma sœur cadette est certainement la personne qui m'est le plus cher."

Un voile passa dans son regard, car l'autre sœur, la benjamine, n'était plus depuis longtemps et ce à cause de Sheena. A cause de ses contes cruels d'enfant, de ses chansons qu'elle venait lui murmurer le soir pour jouer à lui faire peur sans se douter, qu'un matin, on retrouverait la petite Isly allongée sur son lit, sans vie, et la gorge encombrée de papier. Et que c'était précisément ça qui avait rendu Heather si chère à son cœur.

"Un jour, j'aurai un amoureux qui lui dira ses quatre vérités, et Alan n'aura plus à s'inquiéter de rien. Ce n'est pas méchant de souhaiter cela, n'est-ce pas ?"

Le changement de sujet fit sourire la jeune femme. Même si, à bien écouter, c'était quelque chose de grave qui se jouait chez sa petite invitée.

"Non, Miss Barbara, il n'y a rien de mal à ça. Mais si je peux me permettre, souhaitez également pouvoir défendre Alan vous-même sans avoir à attendre un potentiel amoureux. Que cela ne vous empêche pas d'en avoir un, naturellement, mais nous sommes généralement les mieux placés pour protéger les gens que nous aimons. Et ce peu importe qui nous sommes."

Aurait-elle tenu le même discours des années auparavant ? L'aurait-elle tenu si le tueur ne s'était pas emparé d'elle il y avait quelques mois de cela ? Sheena n'en savait rien, mais ce qu'elle préconisait à la petite Barbara était une promesse qu'elle se faisait à elle-même.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Jeu 26 Juil - 14:43

Barbara avait terminé son thé avec plaisir, trouvant au fond le sucre qui en faisait tout le charme ; elle avait maintenant fixé ses yeux d'eau claire sur la dame qui lui faisait face, et appréciait en silence l'attention dont celle-ci la gratifiait. Peu lui importait actuellement le métier de celle-ci et les fréquentations que cela pouvait lui valoir. Elle affirmait son propre statut par jeu, mais calculait difficilement celui de ses nouvelles fréquentations, et cet exercice ne l'amusait guère. Et si elle poursuivait sur la pente qu'elle avait empruntée, tôt ou tard ce détail lui deviendrait proprement indifférent.

"Vous êtes une merveilleuse grande soeur, je n'en doute pas," assura-t-elle d'un ton presque réconfortant, comme elle l'aurait fait envers une parente ou autre égale.

Mais quelque chose chez elle, une sorte de fidélité aux ancêtres disparus, l'incitait à se raccrocher à cette hiérarchisation austère de la société environnante. Ce n'était pas parce que le monde allait à vau-l'eau qu'il fallait le suivre. Là était la fierté transmise par ses parents, et notamment par son père, qui avait certes été vendu comme esclave, et aurait pu finir dans les plantations de la lointaine Caroline, mais qui n'avait jamais renoncé à sa morale, à ses principes chevaleresques ni à sa raison. Elle le savait pertinemment, puisque ce qu'elle cachait dans la boîte héritée du défunt lui en portait témoignage. C'était peut-être la différence qu'elle aurait faite entre lui et ce brave monsieur Jamieson si elle avait été forcée de trancher. Ses principes chevaleresques à lui, quoique tout aussi intransigeants, étaient imaginaires ; et il n'avait jamais fait allégeance à la morale ou à la raison.

"Certains jours, je voudrais bien échanger de place avec Alan. Qu'il soit le grand frère et moi la petite soeur. Enfin ! Vous avez raison. Les lions souhaiteraient parfois être des agneaux, et les agneaux des lions, et au final, toute la création du Bon Dieu en serait bouleversée et Ses plans ne s'accompliraient point. Je ferai mon devoir, et je vous remercie de me l'avoir rappelé."

Mais le moment des confidences était déjà passé et révolu. Barbara adressa un dernier sourire à Mrs Matheson, acheva de cueillir le sucre en renversant la tasse cul sec, d'une manière assez peu digne d'une demoiselle distinguée, et s'apprêta vaillament à renouer avec sa vie quotidienne. Au pas martial qui arpentait l'entrée de la boutique, elle sauta instantanément sur ses pieds, et tendit la tasse à son interlocutrice avec un remerciement murmuré. Déjà, Breac envahissait l'espace sonore en se vantant de la belle affaire qu'il avait faite dans la boutique d'en face. Il souleva d'un bras la petite Barbara qui se pendit craintivement à son cou, craignant de faire une chute, et il déploya devant toutes les deux un grand vêtement d'intérieur, digne d'un philosophe du continent, qui se balançait à sa main libre comme un étendard de victoire.

"Juste à ma taille ! Si ça n'est pas de la chance ! C'est vous qui m'avez porté bonheur, ma chère. Je vous parle d'un banyan et j'en trouve un dans la minute. Allons, j'espère que vous n'avez pas trop médit des hommes, toutes les deux ?"

Il n'y croyait pas une seconde, sa bonne humeur éclatante en témoignait. Barbara fronçait le nez quant à elle, ne l'imaginant pas du tout dans cette étrange vêture aux reflets moirés, qui seraient encore plus incongrus sous les lueurs mouvantes du feu de cheminée. Elle soupçonnait que le petit Alan le trouverait très beau, comme un magicien de fête foraine, et qu'il faudrait lui expliquer à voix basse qu'un monsieur adulte ne se déguise pas ainsi, que c'est fait pour les pantins, et que c'est pour cela qu'il ne promène pas de tels effets en pleine rue. Enfin... c'était quasiment ce qu'il faisait en ce moment. Mais la demoiselle de Shaws connaissait trop bien les caractères des uns et des autres pour faire la moindre remarque à voix haute. Elle se contenta d'un coup d'oeil légèrement désespéré à sa nouvelle amie.

"Au contraire, Mrs Matheson m'a dit d'être une bonne grande soeur, tout comme elle. Si les autres hommes sont gentils avec Alan, je n'ai aucune raison de médire d'eux."

Breac fronça un sourcil, soupçonneux. Qu'est-ce que c'était que cette manière de parler ? Il avait failli se battre en duel avec le laird de Shaws pour ce genre de formulations de sale petit whig, hypocrites et détournées, quoique ce n'ait pas été son caractère, il le savait ; mais enfin le discours est la bannière que l'homme projette devant ses armées, n'est-ce pas ? Il ne fallait pas y inscrire n'importe quoi, sous peine de se retrouver à croiser le fer avec n'importe qui. La sournoiserie était une vilenie chez tout le monde, seigneurs ou petites filles, et principalement au sein de la famille. Enfin, il se faisait peut-être des idées. Peut-être qu'elle avait évoqué la dangerosité de ce monte-en-l'air instable de Colin. Auquel cas, un peu de médisance était tout à fait légitime, et recevrait sa paternelle bénédiction.

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I got my wastefulness from the same man I got my silver buttons from; and that was my poor father, Donnchad Stiubhart, grace be to him! He was the prettiest man of his kindred; and the best swordsman in the Hielands, and that is the same as to say, in all the world, I should ken, for it was him that taught me.

He was in the Black Watch, when first it was mustered; and, like other gentlemen privates, had a gillie at his back to carry his firelock for him on the march. Well, the King, it appears, was wishful to see Hieland swordsmanship; and my father and three more were chosen out and sent to London town, to let him see it at the best...


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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Jeu 26 Juil - 15:09

"Vous êtes une merveilleuse grande sœur, je n'en doute pas.
- Merci", sourit Sheena.

Elle prit le compliment avec douceur, sans chercher à se justifier ou autre. C'était peut-être l'une des premières fois où elle agissait ainsi.

"Certains jours, je voudrais bien échanger de place avec Alan. Qu'il soit le grand frère et moi la petite soeur. Enfin ! Vous avez raison. Les lions souhaiteraient parfois êtres des agneaux, et les agneaux des lions, et au final, toute la création du Bon Dieu en serait bouleversée et Ses plans ne s'accompliraient point. Je ferai mon devoir, et je vous remercie de me l'avoir rappelé.
- Vous avez un esprit fin pour votre âge, Miss Barbara. Et comme vous venez de le souligner, si Le Seigneur a donné une place précise à chacun d'entre nous, c'est pour une bonne raison, faisons-nous confiance puisque lui-même croit en nous."

Elle se rappelait la discussion qu'elle avait eu au cours de l'automne, avant sa possession, avec Ciàran. Avec ce pasteur étrange qui n'en était finalement plus un, pas plus qu'il n'était un homme ou une femme d'ailleurs. Cette étrange créature qui s'était révélé un ami fidèle mais fugace avait alors expliqué à la caoineag que son chant, aussi maudit soit-il, avait une raison d'être tout comme le reste de sa personne. Ce que Sheena ne dit pas à Barbara à cet instant précis, c'était que le Seigneur était malicieux et aimait qu'on devine notre propre place, quitte à croire qu'on venait de l'inventer.

"Juste à ma taille ! Si ça n'est pas de la chance ! C'est vous qui m'avez porté bonheur, ma chère. Je vous parle d'un banyan et j'en trouve un dans la minute. Allons, j'espère que vous n'avez pas trop médit des hommes, toutes les deux ?"

Sheena sourit en voyant Mr Jamieson surgir dans sa boutique ainsi vêtu.  Le vêtement semblait trop coloré, non pas pour lui mais pour le reste de la ville. Et en ce sens, cela lui allait très bien.

La petite miss, pendue à son cou comme un écureuil à une branche trop haute était un spectacle touchant. Elle devrait veiller de loin à cette petite lady là, histoire qu'elle pousse correctement et devienne une âme forte et belle comme Sheena commençait à deviner qu'elle pourrait être.

"Au contraire, Mrs Matheson m'a dit d'être une bonne grande soeur, tout comme elle. Si les autres hommes sont gentils avec Alan, je n'ai aucune raison de médire d'eux.
-Vous élevez un trésor en devenir, Mr Jamieson. Miss Barbara a la finesse des plus grands et l'inquiétude des plus justes."

Rien de grandiloquent ou de mielleux de sa part, c'était seulement que la fillette l'avait profondément touchée, lui rappelant ce qu'elle aurait pu être si elle était née ailleurs et se promit, d'une manière ou d'une autre, de lui épargner les tourments qu'elle avait vécu.

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Il va ouvrir la porte.
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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Jeu 26 Juil - 15:45

Barbara retournait visiblement dans son jeune esprit un propos entendu récemment, au sujet de cette douce nécessité de cultiver sa confiance en soi. Dubitative, elle se demandait si c'était réellement une chose à faire pour chacun d'entre eux. Certains étaient apparemment venus au monde avec une dose déjà fort élevée de ce précieux élixir en leurs veines. Et si croyante soit-elle, il lui était difficile d'envisager que la volonté du Seigneur y soit réellement pour quelque chose, un peu comme il avait été difficile de lui attribuer le décès des deux personnes qu'elle aimait le plus au monde. Mais de cela, elle avait parlé avec le pasteur, et son esprit s'était apaisé.

C'était encore très confus dans son esprit innocent, mais quelque chose chez monsieur Jamieson dépassait quelque peu les plans du Tout-Puissant ; il n'avait pas réellement l'air de remonter le courant, mais plutôt de faire voie parallèle, suivant quelque canal d'origine obscure à côté de la rivière générale. Elle ne se trouvait pas fine pour sa part. Elle se trouvait stupide, ou alors la vie était incompréhensible. Mais elle accordait tout de même son affection, ou sa confiance, comme des éléments de cet immense et vague "devoir" auquel elle s'était vouée. Et les compliments dont elle était soudain couverte ne faisaient que la soutenir dans cet effort.

"Ce n'est qu'une petite fille," coupa Breac avec un rire désinvolte. "N'en faisons pas davantage, ça ne la servira pas."

"Méchant !" marmonna Barbara en sautant à terre d'un mouvement leste. Il était facile de lui échapper, tant qu'il n'était pas accoutumé à ne disposer que d'une partie de sa main ; et elle en profitait avec la grâce d'un chevreuil, bien consciente que ça ne durerait pas éternellement. Ce malin trouverait à s'accomoder de son nouvel état, et alors elle n'aurait plus qu'à apprendre la bagarre. Et il n'était pas question de ça ! "Puisque vous le prenez ainsi, vous me ramènerez ici avec Alan. Nous avons bien besoin qu'on nous dise des gentillesses. Vos gouvernantes sont toujours des pimbêches, je sais bien pourquoi vous les engagez."

Son regard se fixa sur les froufrous blancs qui s'échappaient du décolleté vertigineux d'un corset voisin. Elle pouvait très bien rester correcte et se montrer accusatrice, si quelqu'un ici en doutait. Breac changea de couleur et replia soigneusement son acquisition, avant de montrer les autres vêtements qu'il avait négociés avec un brio de marchand de tapis. Barbara savait fort bien desquels il s'agissait, les ayant choisis elle-même, mais il espérait recueillir l'assentiment de dame Matheson au cas où les choix d'une gamine énamourée n'aient pas été des plus éclairés pour la saison. Au moins Alan avait tout le nécessaire pour des sorties à la plage. Sauf qu'ils n'y iraient pas. C'est ballot, hein ?

Il éprouva tout de même le besoin de s'expliquer auprès de Sheena ; son honneur était en jeu, d'une certaine façon.

"J'ai songé que pour ce rôle, des femmes présentant un certain air maternel seraient un bon choix... De certaines dispositions naturelles pour la chose, vous voyez ? Alan dort parfois sur leurs genoux, il convient que ce soit confortable. Bref. J'ai retenu la leçon, un physique opulent ne fait pas une bonne nourrice sèche. La prochaine fera mieux, vous mettrez les choses au point. Vous savez ce qui est bon pour les enfants, après tout."

Il y avait dans sa voix une certaine forme de venin mal déguisé, une pointe de jalousie peut-être, qui expliquait probablement les rapides disputes ayant éclaté avec les chanteuses de comptines à voix de crécelle, comme il les désignait volontiers. Mais il demeurait courtois, après tout il évoluait sur un territoire qui n'était pas du tout le sien, face à une jeune dame qui ne lui avait témoigné que bienveillance et sympathie. Inutile d'envenimer tout ça outre mesure. Barbara les considérait tous deux tour à tour, avec une certaine prudence. Il n'aimait pas qu'elle le surveille ainsi, on aurait presque dit qu'il était une méchante personne et qu'il fallait le tenir à l'oeil !

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Sheena Matheson le Jeu 26 Juil - 16:09

"Ce n'est qu'une petite fille, n'en faisons pas davantage, ça ne la servira pas.
- Sachez, Mr Jamieson, que je ne flatte jamais, dit Sheena d'une voix douce mais ferme. Votre petite a des bons préceptes pour son âge que je m'en voudrais de gâcher. A l'inverse, et c'est ma manière d'être, je ne peux m'empêcher de complimenter les gens quand ils le méritent."

Elle ne s'était pas défaite de son sourire, et son ton n'était ni sournois, ni emprunt d'une quelconque colère. C'était ce genre de moments où elle exposait ses idées sans filtre, ses mots ne dépassant ni sa pensée, ni leur sens premier.

"Méchant ! Puisque vous le prenez ainsi, vous me ramènerez ici avec Alan. Nous avons bien besoin qu'on nous dise des gentillesses. Vos gouvernantes sont toujours des pimbêches, je sais bien pourquoi vous les engagez."

Sheena resta silencieuse, n'osant se mêler de leur dispute soudaine, et désolée d'en être la cause.

"J'ai songé que pour ce rôle, des femmes présentant un certain air maternel seraient un bon choix... De certaines dispositions naturelles pour la chose, vous voyez ? Alan dort parfois sur leurs genoux, il convient que ce soit confortable. Bref. J'ai retenu la leçon, un physique opulent ne fait pas une bonne nourrice sèche. La prochaine fera mieux, vous mettrez les choses au point. Vous savez ce qui est bon pour les enfants, après tout.
- C'est souvent sage de répartir les tâches et de confier à ceux qui s'y connaissent le mieux ce que nous même peinons parfois à faire, dit Sheena pour appuyer Mr Jamieson. Et on ne peut condamner quelqu'un pour son ignorance, Miss Barbara. Monsieur ne pensait certainement pas à mal avec le choix des nourrices. Et comme il vient de l'expliquer, c'est moi qui la "validerai" la prochaine, en quelques sortes. Ayez confiance en mon jugement, je ne vous enverrai pas dans les pattes d'une mauvaise personne."

La tournure de la discussion la mettait mal à l'aise, Sheena n'ayant jamais su correctement gérer des conflits.

"Je suis désolée", murmura-t-elle.

Elle s'excusait un peu pour tout, et peut-être aussi pour des choses qui n'était pas de son ressort.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena / Timothea]

Message par Breac Jamieson le Jeu 26 Juil - 20:03

"C'est très gentil à vous, madame Matheson. Il faudra qu'un jour je sois bonne juge de caractères, moi aussi, pour engager la domesticité de notre maisonnée. Pourrai-je assister à votre entretien ?"

Barbara avait à nouveau cette manière de roucouler ses demandes qui exaspérait Breac au plus haut point. Il secoua la tête pour dire non, à l'intention de Sheena : il voulait bien lui faire une innocente plaisanterie mais pas se la faire reprocher par Barbara jusqu'à la fin de ses jours. Si la vendeuse voulait se faire pardonner – peu importait quoi, d'ailleurs, c'était bien pratique ainsi et il n'avait aucun scrupule à en profiter – qu'elle le soutienne sur ce point : Barbara ne participerait pas à l'entretien d'engagement de la nouvelle gouvernante. Ce n'était pas une petite madame, c'était une petite fille, et elle n'allait certainement pas se prendre de sitôt pour une grande juge de caractères. Il ne manquerait plus que ça. En fait, Breac avait envie de se plaindre, lui aussi. Pourquoi ce droit aurait-il été réservé à la gamine après tout ?

"Soyons bien clairs. Je suis tout à fait disposé à répartir les tâches selon les talents. Mais alors pourquoi suis-je le tuteur de ces deux charmants bambins ?"

Sa voix s'adoucit quand il vit Barbara faire la moue et croiser les bras. Il n'avait pas l'intention de la vexer : elle était réellement charmante, même lui pouvait s'en rendre compte. Mais ça n'enlevait pas sa valeur à la protestation qu'il venait de formuler, et qui, peut-être, n'aurait jamais vu le jour, pas de manière aussi directe, si toute cette conversation n'avait jamais eu lieu. Il faisait de son mieux, comme Sheena avait la bonté de le reconnaître, mais ça ne ferait que compliquer davantage les choses à chaque année qui passerait, jusqu'à ce que le vieux diable qu'il était et les deux petits anges ne se supportent plus. Tous sentiments mis à part, les faits se chargeraient de cela, des faits bien solides, impossibles à ignorer.

Ou il ruinerait leur fortune familiale et devrait vendre la terre de leurs ancêtres, ou il les brimerait dans leurs caprices et les limiterait dans leurs ambitions, ou il serait démasqué et pendu, ou il se ferait stupidement tuer lors d'un duel qu'il se serait juré d'aplanir diplomatiquement jusqu'à la dernière seconde... mais ça ne pouvait pas bien se terminer. Et ce n'était pas une découverte qu'il faisait maintenant. Longtemps avant que le père des orphelins n'ait eu l'idée même de les concevoirs, longtemps avant qu'il rencontre même celle qui deviendrait sa femme, il savait parfaitement qui était Breac Jamieson, quoiqu'il portât alors un autre nom, et il savait que ce serait une très mauvaise idée.

"C'est vrai, à la fin, quiconque me connaît un peu sait que je suis un aventurier, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Je déteste la mer et j'y ai passé des mois de ma vie tous les ans depuis des lustres, pour chercher l'aventure. Autant me confier la quête d'une île au trésor, non ?"

Il jeta à Barbara les robes qu'il lui avait achetées, pour qu'elle les replie elle-même. De si petits objets, cela devenait difficile avec sa main. Tiens, tant qu'ils étaient de sortie, il aurait aimé se trouver quelque chose qui l'aide avec cette difficulté-là, quoique son imaginait peinait à concevoir ce qui pourrait faire un tel office. Il n'allait tout de même pas se faire construire une main de pantin à taille adulte. Pour que les enfants la considèrent comme un jouet et lui réclament qu'il la leur prête... Pensif, il articula ses phalanges intactes et amputées à la suite, dans le gant qui les dissimulait, grimaçant au peu de naturel de ce geste.

"Et autant me faire porter un crochet. Sauf votre respect à toutes les deux, me voici le cul entre deux chaises et ce n'est guère confortable."

Il n'était pas quelqu'un de compliqué, c'était surtout ça le problème. Subtil oui, quand il voulait, mais à la façon d'un renard qui réfléchit à la meilleure manière de s'emparer des poules, c'était toujours dans un contexte pragmatique. Pour le reste, il se choisissait une conviction sans chercher à l'élaborer ; si elle le séduisait, c'est que c'était la bonne ; mais dans une situation où son instinct le laissait tomber et s'en allait en sifflotant, l'inconfort était véritable. Ce n'était même pas comme ces situations sur le fil du rasoir où il pouvait, du moins, se demander : qu'est-ce qui aura l'air le plus flamboyant dans le refrain d'une chanson ? et guider ses décisions à partir de cette douteuse boussole.

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Message par Sheena Matheson le Mar 31 Juil - 10:21

"C'est très gentil à vous, madame Matheson. Il faudra qu'un jour je sois bonne juge de caractères, moi aussi, pour engager la domesticité de notre maisonnée. Pourrai-je assister à votre entretien ?"

Le regard que lui coula Mr Jamieson était sans équivoque. Et malgré tout le respect qu'elle avait pour la petite demoiselle, Sheena préférait également être tranquille.

"Non, Miss, pas cette fois, répondit-elle avec sa douce fermeté. S'il vous tient tant à cœur d'apprendre à être une dame sachant tenir sa maison, votre première leçon sera d'apprendre à déléguer."

Elle chercha Mr Jamieson du coin de l'oeil, guettant sa réaction. Apparemment, d'autres questions lui trottait en tête.

"Soyons bien clairs. Je suis tout à fait disposé à répartir les tâches selon les talents. Mais alors pourquoi suis-je le tuteur de ces deux charmants bambins ?"

Sheena eut à peine le temps de réfléchir à une réponse qu'il poursuivit.

"C'est vrai, à la fin, quiconque me connaît un peu sait que je suis un aventurier, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Je déteste la mer et j'y ai passé des mois de ma vie tous les ans depuis des lustres, pour chercher l'aventure. Autant me confier la quête d'une île au trésor, non ?
- A l'inverse, il est difficile d'expliquer pourquoi le Ciel prive cruellement d'enfant un foyer qui en désire ardemment, murmura-t-elle enfin. Acceptez ce qui vous arrive, l'avenir est plein de surprises."

Elle se garda de dire qu'à son avis, vu le tueur qui rodait depuis quelques temps à Edimbourg, il était précisément le genre de tuteur dont les enfants avaient besoin. Il se jouait quelque chose entre ces deux là, songea la caoineag en regardant la petite fille replier les tissus que son tuteur venait de lui lancer. Un lien indicible, qu'il ne semblait pas encore percevoir mais qui à coup sûr, se renforcerait au cours du temps. Et Sheena, toute à son observation, pensa avec regret qu'elle aurait aimé avoir la même complicité avec un de ses enfants -s'il avait survécu. Car si son hôte improvisé s'étonnait d'être un tuteur alors qu'il ne s'en sentait pas l'âme, que devait-elle songer, elle qui avait tant désiré être une mère et dont le ventre ne portait que la Mort ? Car elle n'était pas stupide, elle avait compris très vite que le problème venait d'elle et de sa nature monstrueuse -même si, pour la rassurer, Calum lui avait parfois prétendu le contraire. Peut-être était-ce aussi pour ça qu'il l'avait quitté, d'ailleurs. Pour fonder une véritable famille.


"Et autant me faire porter un crochet. Sauf votre respect à toutes les deux, me voici le cul entre deux chaises et ce n'est guère confortable."

La réflexion la fit sursauter, la tirant de ses pensées. Instinctivement, elle demanda :

"Que puis-je faire d'autre pour vous être agréable ?"

Était-elle si serviable pour excuser son horrible nature ou était-ce son véritable caractère ? Avec le temps, elle était incapable de savoir.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
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