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Été 1761, Édimbourg, Écosse. Les vagues frappaient contre la rive en un bruit constant et répétitif, comme une douce berceuse chantée par la mer du nord, une caresse légère sur votre front, un tendre baiser rassurant de la nature. Tout indiquait un matin normal sur les quais du port de Leith, si ce n’étaient les corps inertes qui flottaient comme des billots de bois mou abandonnés. Six corps. [...] Lire plus.

If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

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Cycle 4 If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Breac Jamieson le Ven 13 Juil - 10:14

Mademoiselle en avait eu soudain assez de porter le deuil. C'était une fort bonne chose en soi, attendu que c'était elle qui, depuis leur arrivée à Edimbourg, insistait pour cultiver cette attitude compassée, ces robes noires et ces services fréquents à l'église calviniste du coin. Tout allait mieux désormais, l'éclat de l'été avait illuminé sa petite âme candide et elle avait, elle aussi, des velléités dépensières. Son pas empressé conduisait son tuteur au long des rues les plus luxueuses, et il suivait, attentif surtout à ne pas être perdu dans la foule, hostile à presque tout ce qu'il voyait, et en particulier aux origines premières de cette nouvelle philosophie domestique : la petite Barbara qu'il avait sous sa garde s'était mise en tête qu'elle devait être jolie dans un espoir en particulier, qu'un certain garçon repasse à la maison.

Or, c'était une chose prévue et vaguement acceptée. Dès qu'il serait physiquement remis sur pied, le dénommé Colin aurait même la bénédiction du tuteur pour entrer dans la chambre des enfants par la fenêtre – tant qu'il ne leur suggérait pas de s'envoler dans la direction opposée, cela allait de soi – et dans tous les cas, s'il souhaitait les emmener au parc voisin, leur apprendre des jeux de société plus ou moins honnête, ou tout ce qui pouvait faire d'eux autre chose que deux petites grenouilles de bénitier, Breac Jamieson ne s'en plaindrait guère. Il était juste hostile à l'humeur primesautière que manifestait Barbara à cette perspective. En somme, il craignait une amourette.

Mais cette balade était l'occasion d'en parler à l'écart du petit Alan, auquel une énième gouvernante lisait des livres de contes en l'écoutant se plaindre, boudeur, qu'elle lisait "bien moins mieux" que sa pauvre maman. Il ne lui donnait pas deux jours, à celle-là. En tout cas elle n'avait pas intérêt à le frapper ; Breac avait soigneusement appris aux deux petits à dénoncer sans scrupules. Ils avaient intégré cet enseignement dans la case "justice" et c'était passé comme une lettre à la poste. Breac ne se faisait donc guère de souci pour le bébé, comme il l'appelait toujours avec obstination, resté figé à cet égard à l'époque qui avait précédé la guerre de Sept Ans, et se concentrait sur cette conversation à coeur ouvert avec la petite promeneuse en noir qui le tirait énergiquement par le bras, les yeux pétillants à chaque marchant de chapeaux qui croisait leur route.

"Vous devez bien reconnaître qu'il n'est pas si vilain, pour un garçon du peuple."

L'attrait exotique d'un cordonnier continental retint un instant le regard du tuteur, mais Barbara n'était pas là pour lui acheter des bottes. Ni même un sutell, quoiqu'il se plaignît assez souvent de ne plus avoir le souffle nécessaire pour briller à la cornemuse, et de manquer d'exercice. - De toute façon avant ça il lui aurait fallu une nouvelle main gauche et ce genre de boutique n'était pas très fréquente sur Canongate, un peu de sérieux monsieur Jamieson. - Elle l'entraîna plus loin, esquivant avec un sérieux absolu un montreur de chats qui lui réclamait une petite pièce, tandis que Breac répliquait distraitement, notant dans son esprit l'adresse du cordonnier :

"Babette... Je suis un garçon du peuple, bien que je porte le nom d'un Roi. Ton père avait davantage de considération."
La petite brune lui tapota affectueusement la main. "Mais mon père a été vendu comme esclave."
"Il te racontait beaucoup trop de choses, celui-là. Qu'est-ce que tu lui trouves à ce blondinet, je peux savoir ?"
"Il est joliment fait, surtout quand il sourit ! Il ressemble à Eildon de Criochan."

Oh, magnifique ! Un prince de conte qui n'existait pas. Breac leva les yeux au ciel en essayant très fort de ne pas se moquer. Il avait toujours trouvé que les manies littéraires des défunts parents étaient quelque peu puériles pour des gens d'épée, et qu'un aristocrate n'aurait pas dû inventer des aventures imaginaires et les coucher sur papier tant qu'il avait la capacité de faire autre chose de sa personne. Puis, ce nom lui évoquait surtout le cri de guerre de ces foutus Campbell, qui avaient trouvé malin de pactiser avec l'ennemi ; et l'écrivain en herbe était bien placé pour le connaître, ce cri, lui qui leur avait échappé de justesse en sa compagnie lors de leurs folles aventures... Mais qui était-il pour juger après tout, lui qui composait des chansonnettes à tout propos, de mauvais goût si possible, dès qu'il était de bonne humeur... n'était-ce pas la même chose ? Il se raisonnait ainsi ; il n'aimait pas penser du mal de ses vieux amis, surtout morts, et surtout en présence de leurs orphelins. Ah, le grand âge commençait à le rendre moins acerbe, tout ça était effrayant.

"Un personnage de roman ne 'ressemble' à personne."
"J'ai dit que Colin lui ressemblait, c'est l'inverse ! Et puis il nous aime bien. Alan l'aime bien aussi, il est juste un peu jaloux. Ne soyez pas jaloux aussi !"

Enjôleuse comme un petit chat à son tour, et digne de rejoindre le spectacle du montreur, la minette se pendit à son bras en virevoltant sur ses talons. Avant de réaliser ce qui lui arrivait, Breac se retrouva entraîné dans la boutique d'un tailleur, ou ce qui semblait l'être. Bien ! Il avait esquivé la bijouterie. Ce ne serait pas encore pour aujourd'hui que la gamine lui viderait ses comptes. Enfin, ses comptes, ce n'était pas comme s'il s'agissait de son argent à proprement parler...

"Miss Barbara de Shaws ! ce jeune monsieur a le double de ton âge au bas mot. Trouve-le fantastique autant qu'il plaira à ta cervelle écervelée, mais pas d'amourette. Une entente fraternelle, voilà le maximum que je t'autorise. Est-ce que nous sommes bien d'accord sur ce point ?"
"Cervelle écervelée, ça ne veut rien dire."

Pourquoi fallait-il qu'il soit tombé sur des bambins qui se piquaient de belles lettres ? Cette petite avait réponse à tout, et Alan suivait résolument le même chemin, quoique ses citations préférées soient tirées d'un livre en particulier. Il aimait un peu trop la Bible, ça n'était pas de son âge. Enfin. Quitte à être ici, autant profiter du voyage pour examiner ces belles étoffes – tiens, c'était français, ça ? - et réfléchir lui aussi à une nouvelle tenue. Et il en prendrait une pour le petit, un de ces jours, comme ça ce serait réglé. Il avait promis de les emmener lui-même au parc. N'importe quel tuteur est capable de faire ça, et il ne pouvait pas prétendre être un homme très occupé.

Un coup d’œil aux alentours cependant et il se remit à faire la tête - il faisait ça souvent, ces derniers temps, non ? - en écartant vivement ses doigts gantés d'une surface de froufrous comme s'il avait craint de s'y brûler. C'est que la boutique, comme la Sainte Bible, n'était pas du tout pour enfant, à son humble avis. Lui, ce qu'il voyait alentour, c'étaient des corsets. Et personne à la maison ne porterait ça de sitôt. La gouvernante en avait peut-être, mais alors sous son tablier et il n'avait pas fait attention, et il ne voulait pas le savoir ! Déjà qu'on le soupçonnait de mœurs légères sans qu'il ait fait quoi que ce soit ! Qu'il était donc difficile de vivre la vie d'un honnête homme, quand on n'était pas taillé pour ça.

"Veux-tu que je te dise ? En guerre, l'Ecosse me manquait et désormais c'est la guerre qui me manque. Ah, je ne sais décidément pas ce que je veux."

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Sheena Matheson le Ven 13 Juil - 21:25

C'était ce genre de journée où personne ne se pressait dans la boutique. Pas la tête aux achat, Edimbourg ? A cause du tueur, de l'épidémie qui s'était enfin arrêtée pourtant mais... Ce matin était un drôle de matin. Maussade. L'envie de disparaître au fond du sol, comme ça la prenait de plus en plus rarement pourtant. Alors quoi ? C'est qu'elle avait repensé à la lettre, laissée dans la commode, la lettre qui annonçait le décès de Calum. Fausse, la lettre, évidemment. Ridiculement fausse. Elle regrettait presque de l'avoir écrite. Ca faisait longtemps, tiens, que les regrets n'étaient pas venus la torturer un peu. Lui occuper l'esprit à leur aise, l'empêchant de penser à autre chose, et... c'était peut-être ça, qui faisait que personne ne venait, non ? Elle devait dégager quelque chose qui angoissait les gens, et qui les faisaient fuir. Elle secoua la tête. N'importe quoi.

Faire des retouches. Recoudre une couture qui avait lâché. Refaire un ourlet et... les ciseaux qui couraient, le fil qui dansait, et la tête loin de la valse de l'aiguille. En fait c'était le genre de jour où Sheena avait le sentiment que quelque chose de terrible allait se produire, sans pour autant d'être capable de deviner la nature de la catastrophe.

Et puis, à être ailleurs, forcément c'était arrivé. Elle avait découpé de travers, et voilà, un bout d'étoffe qu'il allait être difficile de rentabiliser. Faire une pause ? Hors de question, c'était livrer son esprit inoccupé à ses inquiétudes. Un autre coup de ciseau de traviole et une coupure légère au doigt. Bon, songea la caoineag en suçant son doigt blessé, il est peut-être temps de s'accorder une pause finalement.

Et la voilà qui abandonna son ouvrage sur le comptoir, et fit un tour dans l'arrière boutique. Elle s'appuya contre le mur, respira profondément et réfléchit. Déjà, soigner la coupure. Elle se fit un pansement sommaire, et se demanda un instant si ça ne justifierait pas de fermer l'atelier, au moins pour la journée. Travailler en risquant de laisser des traces de sang, ce n'était pas très professionnel.

Soudain, des voix retentirent dans la boutique, de l'autre côté du mur. Sheena soupira, accrocha un sourire à son visage de porcelaine, et alla accueillir les nouveaux clients.

Elle fut surprise de découvrir dans la pièce une petite fille toute en noir et un homme qui semblait regarder la marchandise en espérant faire semblant de ne pas la voir. Pas trop le genre de la maison, quoi.

"Je peux vous aider ?" demanda-t-elle en souriant de plus belle.

Disant cela, elle s'empressa de ranger son travail qu'elle avait laissé sur le comptoir, pliant les étoffes et les enfermant dans une boite qu'elle glissa près d'elle.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Breac Jamieson le Ven 13 Juil - 23:38

"Allons, veux-tu filer. Regarde en face, voilà la boutique que tu cherches. Une couturière et une corsetière, ce n'est pas la même chose. Tu apprendras quand tu seras plus grande."

Breac était occupé à sermonner aimablement sa pupille, qui fit la moue en constatant que pour une fois, le bougre avait raison. Juste en face, une autre boutique "pour dames" offrait bien davantage d'articles. Non pas qu'elle ait vraiment besoin d'un manchon en cette saison, mais... Après tout Barbara était encore une enfant, et la pensée de ces tissus doux et moelleux suffit à la séduire, comme l'aurait fait la vision d'un panier de petits lapereaux. - On éviterait de lui révéler que certains gants étaient composés des pelages des animaux en question. - Elle était beaucoup plus obéissante, placée face à la perspective d'un cadeau, ce qui donnait à penser à son tuteur que tout dans son éducation n'était peut-être pas perdu. Alors qu'il la regardait sortir avec satisfaction, une voix s'adressa à lui et il aperçut une vendeuse qui venait de les repérer. Damnation, à quelques secondes près... Si elle pouvait les aider ?

"Oui, euh non – euh – oui."

Breac avait pivoté sur ses talons en direction de la sortie, et finalement avait fait un tour complet. Tandis que sa protégée filait docilement vers la boutique d'en face, sans prendre garde à être suivie, obnubilée par le manchon de laine duveteuse qui lui faisait déjà de l'oeil, il avait changé d'avis. Il n'allait certainement pas sortir de cette boutique et traverser cette rue. Pas sous les yeux de ce badaud. Oui, celui-là, qui flânait juste au milieu de la place, sans avoir l'air de souhaiter se déplacer. Il était tout à fait charmant au demeurant, et il n'avait pas l'air hostile pour un sou. C'était un jeune homme de bonne famille... et sous cet angle, il lui rappelait quelqu'un. Alors, que ce soit Caiden ou non, Breac n'allait certainement prendre aucun risque ; il resterait dans le doute, tant pis. Mais ce semeur de rumeurs idiotes, qui le savait pertinemment célibataire, ne le verrait pas sortir de cet établissement.

"Vous pouvez me montrer quelques tissus par exemple. Quelques échantillons. J'adore la mode du continent, je pourrais en parler pendant des heures."

Et c'était vrai. Ce n'était absolument pas une ruse pour rester dissimulé dans les ombres du magasin, le temps que la menace s'éloigne. D'accord, un peu... Mais ce n'était pas un mensonge à proprement parler, et il avait remarqué là quelques articles d'un rouge particulier qui lui plaisait beaucoup, une couleur qui irait fort bien à la brunette de huit ans et qu'il serait en peine de décrire même s'il lui faisait finalement coudre sa robe dans une autre boutique, plus propre à ses desseins.

Il ne possédait pas forcément tout le vocabulaire nécessaire, et il aurait été plus pratique d'emporter un échantillon avec lui pour le montrer et dire : "juste ça". Ou éventuellement, de montrer la couleur de ses tatouages – mais il n'aimait pas exposer ses mains à de simples humains, ça lui semblait personnel, et ça les déstabilisait si souvent... Quand on est recherché par la police pour meurtre, désertion et divers autres crimes, on essaie de faire profil bas. En tout cas, on garde ses gants, et ses mains chez soi.

"Mais pardon, je manque à tous mes devoirs,"
se reprit l'ancien militaire en esquissant un petit salut qui aurait pu être charmeur trente ans plus tôt : "Breac Jamieson, esquire, de Canongate. C'est la première fois que je vois cette boutique, c'est nouveau ?"

Il était prêt à sortir n'importe quelle ânerie plutôt que de reconnaître qu'il n'avait pas vu Edimbourg depuis dix ans, et qu'il s'y baladait comme un étranger.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Sheena Matheson le Dim 15 Juil - 19:52

Il y avait quelque chose d'amusant chez cet homme, quelque chose qui intrigua Sheena. Elle en avait vu passer, des maris qui entraient dans sa boutique pour des cadeaux, patauds, gauches, parlant des étoffes comme ils auraient pu débattre du prix du poisson. Chez celui ci, il y avait quelque chose de sincère dans sa manière de poser son regard sur le tissu. Quand il disait qu'il pouvait en parler des heures, elle le croyait sur parole. Sa visite la détourna de la morosité dans laquelle elle était plongée depuis le début de la journée et la caoineag se surprit à être joueuse. Elle allait voir s'il s'y connaissait autant qu'il le prétendait.

"Ils sont rares, les hommes qui s'intéressent vraiment à ce que je fais, sourit-elle. La plupart se contentent de répéter ce que leur a dit leur épouse, ou se fient aux derniers achats que celles-ci ont effectuées."

Tout en parlant, elle se dirigea vers une pile posée sur le comptoir en vitrine et présenta une étoffe brodée, qu'elle mit doucement entre les mains de son interlocuteur.

"Vous sauriez en estimer la provenance ? Je n'arrive pas à me décider."

En réalité Sheena savait pertinemment que le brocart qu'elle venait de lui présenter provenait d'Italie mais... espiègle, la caoineag. Intriguée aussi.

"Et pour répondre à votre question, Mr Jamieson, lla boutique n'est pas si nouvelle que ça, et cela fait maintenant six mois environ que j'en ai repris la direction, suite au départ de l'ancienne propriétaire."

Silence.

"Sheena Matheson, pour vous servir", ajouta-t-elle d'une voix amusée.

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Il va ouvrir la porte.
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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Breac Jamieson le Dim 15 Juil - 20:36

"Il ferait beau voir que mon épouse me dise ce que je dois acheter," fanfaronna Breac, qui n'en avait pas – peut-être précisément pour cette raison. "Je n'ai que ma fille et elle n'a rien à faire ici, n'est-ce pas ? Elle était entrée par erreur. C'est bien une couturière classique, en face ?"

Il montra d'un geste distrait la fenêtre dont il préférait ne pas trop s'approcher. De l'autre côté, Barbara faisait son plus joli sourire à quelqu'un qui se demandait sans doute pourquoi des adultes inconsidérés forçaient une petite fille si primesautière à s'habiller en deuil. Elle ne risquait rien, elle était si adorable que toute la boutique viendrait bientôt lui faire la conversation. Tant qu'elle se contentait de faire ses emplettes... elle savait où était son intérêt si elle voulait que son tuteur paie la note quand il la rejoindrait. C'était au moins une bonne chose avec cette jeune fille : elle avait la tête sur les épaules, exactement comme sa mère. Breac se désintéressa aussitôt de cette scène charmante et revint à son exercice. Il se doutait bien que la demoiselle était loin d'être aussi ingénue qu'elle le prétendait, mais les fausses ingénues avaient toujours été un type de femme avec qui il s'entendait fort bien, jouant lui-même avec plaisir le faux Artaban pour leur donner la réplique.

"J'en avais vu à Paris un banyan qui me plaisait fort, mais hélas, je manquais de fonds." Il se pencha sur le tissu, qu'il ne se gêna pas pour froisser légèrement entre ses doigts ; il avait perdu quelques détails de sa vue d'aigle d'autrefois, mais le toucher y suppléait, dans une certaine mesure. "Pardon, je vais retirer mes gants si vous le permettez. Il fait un peu sombre ici pour qu'un vieux soldat comme moi s'y retrouve. Je vous préviens d'avance : mes mains ne sont pas très jolies à regarder, mais rien de contagieux, n'ayez crainte."

Le contact direct du tissu lui confirma ce qu'il pensait déjà, c'était bien cette étoffe sur laquelle il s'était extasié pendant que les autres officiers du régiment bâillaient et louchaient vers la taverne voisine, attendant qu'il en ait terminé. Florence ? Peut-être pas Florence précisément... Il avait envie de prendre le risque. Ce n'était pas grave de se tromper, n'est-ce pas ? L'important était de se distraire, et de faire passer le temps. Si la femme rousse lui paraissait assez spirituelle pour suivre son train de pensée, il lui confierait peut-être pourquoi il s'attardait en ces lieux alors qu'il n'avait, techniquement, pas l'intention d'acheter quoi que ce soit. Il lui faisait perdre son temps, mine de rien...

"Je dirais Florence. Pas ma tasse de thé en général, mais ce fil doré est du plus bel effet au soleil. Il faudrait porter cela sous des latitudes plus civilisées, où le soleil existe."

Il soupira en secouant la tête, et chercha autour de lui quelque chose qui soit tout à fait compatible avec ses goûts ; maintenant qu'elle avait vu ses mains, elle devait au moins se douter de sa couleur favorite... et de son vin favori tant qu'on y était. Enfin, son regard accrocha une gravure sur un mur. Voilà ! Il était toujours scandalisé de ne jamais trouver ce type d'élégance dans son pays d'origine, où l'austérité et les tenues pratiques étaient si souvent de mises... tissus grossiers, solidité, efficacité, durabilité... alors qu'outre-manche, on cédait si facilement à la tentation des brillants et des rubans, d'un luxe même apparent, même juste pour rire... le foisonnement de la nature, voilà ! Maudits jardins anglais et maudites vestes toutes simples.

"Le soleil et le bon goût. Faut-il vraiment venir dans une boutique de corsets pour trouver des dentelles... ça n'a rien d'excentrique de se créer un personnage, pas vrai ? Mais il est vrai que même le kilt est interdit, alors... je présume que d'ici quelques années, nous nous promènerons tous en uniformes noirs."

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Sheena Matheson le Jeu 19 Juil - 13:34

"Il ferait beau voir que mon épouse me dise ce que je dois acheter. Je n'ai que ma fille et elle n'a rien à faire ici, n'est-ce pas ? Elle était entrée par erreur. C'est bien une couturière classique, en face ?
- C’en est une, oui, assura Sheena avec un sourire. Quant à savoir qui a le droit d’entrer ici ou non… Tant que la clientèle est à l’aise, je ne suis pas regardante. C’est vrai qu’elle est un peu jeune pour un corset, son corps n’est pas encore suffisamment formé pour. »

Et elle, se souvenait-elle de la première fois où elle avait du en porter un ? Le sentiment d’étouffement terrible, où elle avait regardé sa mère, indignée, persuadée que cette dernière lui imposait cet instrument de torture pour lui comprimer la cage thoracique et l’empêcher de chanter. Et puis, elle s’y était faite, comme elle s’était habituée au regard des hommes sur elle à partir du moment où elle avait commencé à en porter régulièrement. Le corset transformait l’enfant en femme, enfin désirable, enfin...

"J'en avais vu à Paris un banyan qui me plaisait fort, mais hélas, je manquais de fonds."

Sheena resta silencieuse, l’observant froisser le papier entre ses doigts, étonnée et intriguée par la capacité de l’homme à voir l’étoffe entre ses mains.

« Pardon, je vais retirer mes gants si vous le permettez. Il fait un peu sombre ici pour qu'un vieux soldat comme moi s'y retrouve. Je vous préviens d'avance : mes mains ne sont pas très jolies à regarder, mais rien de contagieux, n'ayez crainte. »
- Je vous en prie. »

Qu’est-ce qui la poussait en cet instant précis à laisser ce client qui n’en était pas un à promener ses doigts rouges –c’était un tatouage ?- et incomplets sur ses précieux tissus ? Elle n’aurait su le dire. Il était fascinant à observer, ce genre de personne qu’on ne croisait qu’une fois, que les gens « bien comme il faut » ne savaient certainement pas comment aborder. Une sorte de paria civilisé ? C’était peut-être ça qui faisait qu’elle le laissait faire avec si peu de réticence, le fait qu’elle voyait en lui un monstre urbain comme elle l’avait été –sil elle ne l’était pas encore.

"Je dirais Florence. Pas ma tasse de thé en général, mais ce fil doré est du plus bel effet au soleil. Il faudrait porter cela sous des latitudes plus civilisées, où le soleil existe.
-Félicitation, répondit-elle, et pardon de vous avoir taquiné. Je ne pensais pas avoir à faire à un tel connaisseur.
-Le soleil et le bon goût. Faut-il vraiment venir dans une boutique de corsets pour trouver des dentelles... ça n'a rien d'excentrique de se créer un personnage, pas vrai ? Mais il est vrai que même le kilt est interdit, alors... je présume que d'ici quelques années, nous nous promènerons tous en uniformes noirs."

Sheena resta silencieuse, n’ayant elle-même pas réellement réfléchit à la question. Elle s’habillait généralement toujours de la même manière, tenues sombres et sobres, pour ne pas être vue. Elle adorait les fantaisies qu’elle cousait à ses corsets mais c’était le genre d’excentricité dont elle se privait –ou du moins se les interdisait-elle du temps de Calum. A bien y réfléchir, Keith l’avait rendue coquette, et cherchant continuellement à lui plaire, elle agrémentait de plus en plus sa toilette de dentelle ou de touches de couleur. Mais lorsqu’elle se rendait en ville ou à l’atelier, elle repassait ses robes d’avant, comme pour faire oublier aux autres son infidélité. D’ailleurs, elle avait perdu certaines clientes à cause de ça, à cause des rumeurs qui s’étaient mises à courir à son sujet. Pour répondre à la question qu’elle se posait avant l’arrivée de Mr Jamieson, peut-être était-ce aussi à cause de ces mauvaises langues que sa boutique était aussi désolée ces jours-ci.

« Les gens d’ici ne sont pas très fantasques, observa-t-elle enfin. Ils aiment ce qui est à la mode, mais ne la créent pas eux-mêmes. »

Elle se tut, et se mordit la lèvre, persuadée d’en avoir trop dit.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Breac Jamieson le Jeu 19 Juil - 15:40

"Je ne vous le fais pas dire ! Ils sont agaçants, on ne sait jamais ce qu'ils pensent, et au final ils n'en pensent rien, et vous vous rendez compte qu'ils râlaient juste parce que ça avait l'air d'une bonne idée ! Chagrins accumulés, ça. Si ils se battaient en duel chaque fois qu'ils éprouvaient un désagrément, ça s'envolerait tout de suite !"

Au départ, c'était un stratagème pour s'incruster dans la boutique le temps que la menace extérieure s'éloigne. Puis l'imagination de Breac avait dérivé et s'était échauffée, et soudain ils en étaient quasiment au débat politique. Qu'à cela ne tienne ! Les bornes étaient faites pour être franchies ! Et soudain il avait l'occasion de persifler sur les tendances casanières et inimaginatives de leurs voisins. On ne négligeait pas une pareille opportunité. Rien que d'y songer, il avait l'impression d'avoir les deux pieds coulés dans le ciment. Que faisait-il coincé ici déjà ? Il en était malade quand il y songeait. Backwater-on-Monsters, voilà. Il n'avait jamais eu que des ennuis dans cette ville, et évidemment, pas question de retourner à Appin.

Et il allait finir par leur ressembler, à ronger son frein ainsi ; c'est peut-être ça qui l'agaçait le plus, la crainte de la contagion. Ah ça non, plutôt ramasser la foudre. Grognon et dépité, il ramassa une poignée de rubans et commença à les classer machinalement par ordre de taille. Il allait en acheter un ou deux tout de même, pour que les enfants jouent avec. Ils trouveraient bien quoi en faire. Quand il était petit, il n'avait pas toute cette fanfreluche à sa disposition. Quelques cordelettes nouées ensemble, et hop, un pantin ! Et quand il n'avait pas de cordelettes, avec des herbes tressées, il s'en faisait. Et après il les vendait au fils du voisin, cet aimable imbécile, pour des choses de plus grande valeur, en prétextant que c'étaient des mandragores qu'il avait capturées dans le ruisseau. Bref. Barbara et Alan auraient été bien mieux de leurs personnes s'il avait pu les élever à Appin.

"Quelle idée d'avoir des enfants dans un endroit pareil, de toute façon... n'est-ce pas ? Vous les emmèneriez où, ces charmants bambins, si vous aviez le choix ? Non pas que je l'aie moi-même."

Breac haussa les épaules et alla observer un article des plus alambiqués, orné de tant de détails qu'il ne pouvait servir qu'à un seul usage : émerveiller un mari chanceux – ou un client chanceux bien sûr – ou un amant – ou... bref. C'était l'équivalent vestimentaire d'un feu de Bengale, et il en avait vus, il savait de quoi il parlait. Une tenue de spectacle et d'intimité, qui ne se porterait pas en extérieur. Il se demanda en riant sous cape quel visage arborait une dame en faisant ce type d'acquisition. Digne et sérieuse ? Primesautière et rieuse ? Embarrassée et rougissante ? Discrète et complice ?

"Seigneur, d'ici quelques années, Barbara va vraiment porter ce genre de choses. Je crois que ça m'ennuie. Il faudra que je l'instruise en religion, tiens ! ça m'épargnera ce genre de tracas, pour un temps."

Ce n'était peut-être pas la meilleure chose à dire devant une demoiselle qui gagnait sa vie en vendant ce genre d'articles. Mais peut-être qu'il plaisantait, allez savoir ? Il espérait juste ne pas appuyer sur un point sensible, par exemple lui rappeler le discours de quelque austère prêcheur qui serait venu la sermonner, elle ou sa patronne, sur leur choix de carrière. Il lui semblait qu'ils se faisaient plus rares, depuis sa jeunesse, où ils infestaient la région et notamment les campagnes. Mais c'était un spectre qui errait de ci de là et qui devait bien finir par se poser ; que les forces souterraines les en gardent, l'un comme l'autre. Il ne lui voulait pas de mal, à cette petite dame. Pardieu, quand Barbara serait grandie, elle lui ressemblerait peut-être. Et peut-être qu'elle ferait le même métier – il n'avait pas réfléchi à ça, tiens. Il ne savait pas si ça dérangerait les défunts parents, qu'elle s'engage dans une voie ou une autre. Et il n'avait pas vraiment de moyen de le leur demander.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Sheena Matheson le Sam 21 Juil - 13:56

"Je ne vous le fais pas dire ! Ils sont agaçants, on ne sait jamais ce qu'ils pensent, et au final ils n'en pensent rien, et vous vous rendez compte qu'ils râlaient juste parce que ça avait l'air d'une bonne idée ! Chagrins accumulés, ça. Si ils se battaient en duel chaque fois qu'ils éprouvaient un désagrément, ça s'envolerait tout de suite !"

Un rire doux échappa à Sheena.  Elle se couvrit la bouche avec les mains et s’excusa, avant de se diriger vers son comptoir. Elle ne se moquait pas de lui, et elle espérait qu’il ne l’ait pas pris ainsi. Elle commençait au contraire à apprécier ses grandes envolées pour des choses auxquelles elle s’était habituée avec les années, presque intégrées en elle.

« Puis-je vous proposer du thé ?  demanda-t-elle en posant sur un plateau une théière et une paire de tasses. Je pense que je n’aurais personne aujourd’hui, alors quitte à discuter, autant être bien installés, vous ne croyez pas ? »

Elle resta derrière le comptoir en attendant sa réponse.

"Quelle idée d'avoir des enfants dans un endroit pareil, de toute façon... n'est-ce pas ? Vous les emmèneriez où, ces charmants bambins, si vous aviez le choix ? Non pas que je l'aie moi-même."

Sheena réfléchit quelques instants. Avoir des enfants était un concept auquel elle avait fini par renoncer. Les porter neuf mois, se réjouir tout du long, et finir par accoucher de mort-nés qu’elle se résignait à chaque fois à enterrer au fond du jardin avait été une période de sa vie extrêmement douloureuse. En ce temps là, Calum et elle croyaient au fait qu’ils allaient fonder une famille mais le temps passait et le ventre de Sheena refusait de donner la vie à qui que ce soit. Depuis, les petites tombes avaient fleuri au milieu du jardin et des mauvaises herbes et, Keith passant par là, elle avait fini par abandonner toute vie commune avec Calum. D’un autre côté, elle était incapable de construire avec une personne absente.

« Je ne sais pas, finit-elle par répondre. J’aurais aimé emmener mes propres enfants sur mon lieu de travail, de là à l’imposer à ceux des autres… »

Elle imagina un instant des petites têtes rousses qui se faufileraient entre ses jupes, inspectant les tissus, essayant les patrons, se parant des étoles comme d’autant de capes et de robes improvisées. En tous cas, elle enfant, aurait adoré venir ici, elle aurait adoré y jouer avec ses sœurs.

"Seigneur, d'ici quelques années, Barbara va vraiment porter ce genre de choses. Je crois que ça m'ennuie. Il faudra que je l'instruise en religion, tiens ! ça m'épargnera ce genre de tracas, pour un temps.
- Il faut en porter soi-même pour se rendre compte du poids social qu’il représente, philosopha Sheena. D’un autre côté, ce ne sont que des corsets, elle peut en posséder qui soient sobres et n’attirent pas la vue. Bien sûr, ici vous allez trouver quelques fantaisies pour pimenter le quotidien mais… vous savez, j’étais très fière le jour où ma mère m’a offert mon premier corset, cela signifiait que je n’étais plus une enfant et que j’étais enfin devenue quelqu’un de responsable. »

Elle avait aussi compris ce jour là que son âge ne serait plus une excuse à ses pertes de contrôle et que ses pouvoirs allaient devoir soit être parfaitement maîtrisés, soit enfoui au plus profond d’elle-même, car sa mère ne laisserait plus passer aucune crise de larmes, aucun chant funeste.

« Si ça vous rassure, quand elle se sentira prête, amenez-la ici et je me ferai une joie de lui confectionner son premier corset. »

Elle se tut, se mordit la lèvre, attendant sa réponse.

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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Breac Jamieson le Sam 21 Juil - 20:07

Le très éminent Monsieur Jamieson appréciait les boutiques comme celle-là, où il finissait par avoir l'impression de rendre visite à des amis pour discuter de tout et de rien, oubliant complètement pourquoi il avait franchi le seuil en premier lieu. En face, Barbara devait être en train de dévaliser les rayons de la pauvre couturière, enfin... quelque chose lui disait qu'elle allait plutôt les adorer pour ça. Eh bien, tant mieux, il se serait fait deux amies aujourd'hui. Il remercierait Caiden à l'occasion. Le pauvre n'y comprendrait rien. Tant pis pour lui !

"Je ne vais pas trop m'attarder, je ne voudrais pas faire fuir une éventuelle clientèle qui entrerait à l'improviste."

Tout en lançant cette phrase de bon aloi, dont il ne pensait pas une virgule, Breac céda à la modeste tentation qui lui était proposée, affichant un large sourire de renard. Il se laissa tomber dans un siège, et tendit la main cavalièrement pour recevoir la tasse promise de cette austère boisson nationale ; mais il avait tout de même eu la courtoisie élémentaire de remettre ses gants en place. Il s'appliquait à apprécier le thé quand il faillit le recracher de surprise : quelle idée de suggérer qu'il reviendrait de son propre chef pour présenter Barbara à ses, euh, comment dire ? Obligations de jeune fille ? C'est qu'il connaissait toutes sortes de dames très bien qui n'auraient pas touché à ces articles avec une fourche de deux mètres, et il aurait grandement préféré qu'elle s'inscrive dans cette simple tradition.

"Vous n'y verrez pas de méchanceté de ma part, si je vous dis : j'ai envie de dire oui et j'ai envie de dire non ?"

Les formules spirituelles arrivaient généralement à le tirer, de près ou de loin, des situations scabreuses où sa mauvaise tête pouvait le placer. Mais il avait bien noté que cette vendeuse-ci avait une nette indulgence pour sa franchise d'expression. Autant y aller à fond alors, et il se permit même de poser les talons de ses bottes sur un coffre voisin qui avait précisément la bonne hauteur, afin de se caler correctement. Voilà ! Maintenant on pouvait parler.

"Vous diriez qu'une jeune fille est majeure à partir de quel âge ? C'est que je me retrouve à devoir élever cette petite, sans avoir vraiment eu, comment dire, l'expérience nécessaire pour cela."


C'était un sentiment étrange. Il avait tablé sur une dizaine d'années, au bas mot, pour l'accomplissement de ses devoirs pseudo-parentaux envers les deux gamins. A se dire maintenant que certaines demoiselles se mariaient bien plus tôt, ou entraient dans quelque commerce en guise d'associée de leurs parents, ce qui revenait au même : l'entrée dans la vie adulte... il réfléchissait que ces dix ans ne seraient peut-être pas dix. Et c'était invraisemblable d'en être affecté alors qu'il râlait depuis le début qu'il ne tiendrait jamais dix ans, que ça l'userait avant l'âge, et qu'il mourrait sous cette fausse identité si gênante aux entournures.

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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Sheena Matheson Hier à 12:48

"Je ne vais pas trop m'attarder, je ne voudrais pas faire fuir une éventuelle clientèle qui entrerait à l'improviste.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, je vous laisserai savourer votre thé pendant que je m'occuperai des clientes éventuelles le cas échéant."

Mais elle n'y croyait pas. Elle avait appris à repérer, à force, les jours avec et les jours sans. Et en cet été 1762, les rues d'Edimbourg étaient bien désertes.

Elle le vit poser ses pieds sur le coffre et sourcilla.

"Je n'ai rien contre le fait que vous vous mettiez à votre aise, Mr Jamieson, mais je vous serai grée de vouloir poser vos pieds ailleurs que sur le coffre qui contient les échantillons. Si quelqu'un rentre, comme vous dites, je serai dans l'obligation de vous trouver un autre cale-pied, autant procéder à l'échange directement, vous ne croyez pas ?"

Ce disant, elle poussa face à lui un autre coffre qui contenait les chutes de tissus trop petites pour être réutilisées.

"Vous diriez qu'une jeune fille est majeure à partir de quel âge ? C'est que je me retrouve à devoir élever cette petite, sans avoir vraiment eu, comment dire, l'expérience nécessaire pour cela."

Sheena réfléchit quelques instants, évaluant à quel point il était réellement ignorant en la matière. Ce qu'elle allait devoir lui expliquer la fit rougir jusqu'aux oreilles.

"Une fille est majeure disons quand... elle a ses premiers sangs. A ce moment là elle devient une petite femme. Votre petite a encore un peu de temps devant elle, rassurez-vous. Si je me fie à ma sœur et moi, elle devrait les avoir vers ses quinze ans, pas avant."

Elle piqua un fard dans sa propre tasse de thé, puis réalisa que l'enfant dont ils parlaient n'avait peut-être personne dans son entourage pour la prévenir d'une telle métamorphose. Elle se souvenait de l'arrivée des siens, en pleine nuit, où elle s'était mise à hurler qu'elle était en train de mourir, persuadée d'avoir eu le ventre déchiré en deux. Sa mère avait alors surgi dans la chambre, l'avait faite sortir du lit, déshabillée, et lavée de pieds en cap tout en lui expliquant ce qui était en train de lui arriver. Quelques jours plus tard, elle lui offrait son premier corset.

"Si je peux me permettre, Mr Jamieson, il n'y a pas une femme de votre connaissance qui puisse expliquer à votre fille ce qui va lui arriver ?"

Une manière comme une autre de demander où était sa mère, même si, l'époque faisant, Sheena imaginait sans mal une femme morte en couche. Elle ressentit alors une bouffée de compassion envers ce père démuni et cette fillette sans modèle auquel se rattacher.

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"Il doit ouvrir la porte.
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Cycle 4 Re: If men liked shopping, they'd call it research [Sheena]

Message par Breac Jamieson Hier à 19:42

"Miss Matheson, Dieu me damne, vous disposez d'une autorité naturelle devant laquelle je ne puis que m'incliner." Se faire remonter les bretelles, même aimablement, avait souvent eu pour effet de faire monter Breac Jamieson sur ses grands chevaux. Il était rebelle à l'autorité, rapide à crier à l'injustice, et en somme, indépendant comme un chat de gouttière, voire asocial à en croire certains mauvais camarades. Mais en l'occurrence, c'était une demoiselle charmante qui lui faisait une remarque tout ce qu'il y a de plus recevable, et il obéit sans se faire prier. On en aurait bien ri, le connaissant, si on l'avait vu faire ; mais baste, nul ne le voyait, n'est-ce pas ?

"Alors, il y a bien la gouvernante, mais ces temps-ci j'ai du mal à en garder une à mon service pendant plus de quelques jours. La dernière en date a fait son baluchon sans même me prévenir. Il paraît que je suis capricieux, doté d'un humour absurde, et difficile à vivre, croyez-vous ça ? Enfin j'ai encore quelques années devant moi, d'après ce que vous me dites. J'en engagerai une fiable, un jour."

En attendant il y avait bien cette lettre qu'il avait reçue tantôt, mais il n'était pas certain que ça ferait l'affaire : jamais celle-là ne serait encore en poste au jour où il aurait besoin de ce service en particulier. Autant compter sur un papillon pour revenir le jour de votre anniversaire. Les lois naturelles ne fonctionnaient simplement pas ainsi. Pensif, Breac revint à sa barbe, qu'il triturait par moments à la façon d'un fumeur de pipe qui ne peut pas s'adonner à son vice. Il avait pris ce tic de son cousin jadis, grand fumeur devant l'Eternel pour sa part, alors qu'il le copiait encore en toutes choses, dans l'espoir d'avoir un jour sur les braves gens d'Appin le même charisme respectable. Il y avait vite renoncé, en se trouvant d'autres spécialités bien plus adaptées à ses petits talents naturels. Et à ce propos...

"Quinze ans, donc. Hm. Je vous crois sur parole. Mais elle ne saura pas se débrouiller dans la vie pour autant, pas vrai ? Je veux dire par là... Elle aura encore besoin de moi. Je ne sais pas comment font les filles, mais en ce qui me concerne, j'étais un godelureau sans cervelle à quinze ans."

Voyons voir, c'était en 1726, il ne s'était pas passé grand-chose à son souvenir... Pas tant plus que l'année précédente ou que l'année suivante, en tout cas. Il était absolument certain d'être un homme, et ça lui avait valu quelques échauffourées domestiques, notamment avec son pauvre cousin qui, depuis qu'ils faisaient physiquement la même taille et le même poids, peinait fortement à lui imposer son autorité. En fait, ça faisait des années qu'il était affreusement insupportable et qu'il y mettait une sorte de point d'honneur, il s'ennuyait et s'il avait cessé de faire tourner en bourrique les braves gens du coin, le monde se serait arrêté, ou quelque chose comme ça. Qui aurait fait ça à sa place, hein ? C'était ça son métier, en ce temps-là. Et puis il était certain de savoir se battre comme un dieu, d'ailleurs il s'était mis en tête de ramener des oreilles de brigands pour les déposer à la porte du corps de garde. Mais encore fallait-il les attraper, ces oreilles. Il inventait des pièges élaborés qu'il n'avait pas les moyens de construire. Il écrivait d'interminables lettres qu'il brûlait ensuite, faute de correspondants. Ses chansons en langues autres que gaélique ne rimaient même pas. Oh, non, avec le recul il pouvait en être certain : il n'était pas majeur.

Du coup, si il pouvait élaborer un mode de comparaison concernant le petit Alan... oh, il ne le lâcherait pas des yeux avant au moins ses vingt ans, celui-là. Il avait fait toutes ses pires bêtises autour de dix-neuf ans, maintenant qu'il prenait le temps de réfléchir à cette question. L'engagement au service de l'armée anglaise était certainement la plus grave, et celle qui avait le plus pesé sur ses années suivantes. A vingt ans, il lui semblait vaguement qu'il s'était un peu calmé. Un peu seulement, il ne fallait rien exagérer, mais Alan se calmerait beaucoup, il était un simple petit humain, lui. Il n'avait pas ses... capacités.

"Bon, j'ai aussi le petit qui ne sera pas un homme raisonnable avant quatorze ans d'ici. Je dois donc rester en poste jusque-là, peu importe que mademoiselle souhaite ou non s'émanciper auparavant. Je ne vais quand même pas la lâcher dans la nature avec le blondinet dans les pattes !" Il éclata de rire, soulagé d'avoir clarifié pour lui-même la situation, sans trop se soucier de ne guère l'avoir fait pour son interlocutrice. Certes, il aurait réfléchir à tout cela en tête à tête avec lui-même et son chien. Mais c'était nettement plus difficile. Il y avait quelque chose dans le confort d'une pièce fermée qui lui assourdissait la pensée. Une balade à travers la lande, l'épée au côté et le conflit en tête, et il aurait retrouvé tout son tranchant, il en était bien certain...

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