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Été 1761, Édimbourg, Écosse. Les vagues frappaient contre la rive en un bruit constant et répétitif, comme une douce berceuse chantée par la mer du nord, une caresse légère sur votre front, un tendre baiser rassurant de la nature. Tout indiquait un matin normal sur les quais du port de Leith, si ce n’étaient les corps inertes qui flottaient comme des billots de bois mou abandonnés. Six corps. [...] Lire plus.

Smoke & mirrors, drink & waves [Blair]

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Cycle 4 Smoke & mirrors, drink & waves [Blair]

Message par Breac Jamieson le Lun 25 Juin - 23:09

Impossible de dormir. Il faisait un temps affreux. Les enfants s’étaient recroquevillés dans le même petit lit et avaient dit leur prière, jusqu’à sombrer dans le sommeil du juste ; mais leur tuteur ne pouvait espérer les mêmes facilités. Il y avait environ cinquante ans que la prière ne lui servait plus à rien. Le whisky, en revanche… Il sortit en verrouillant soigneusement la porte, glissa un mot aux boutiquiers du rez-de-chaussée au cas où il mette longtemps à réapparaître, et rit à l’idée qu’on pourrait s’introduire chez lui à son insu ; il faisait confiance au chien pour dissuader les visiteurs malvenus. Il n’était pas méchant, ce chien, mais… il était gros. Ses pas le portèrent tout naturellement en direction de l’Orient de la vieille ville, et il inspira profondément l’air pur, quoique chargé d’odeur de pluie et de foudre, qui soufflait du parc. Puis, sans trop savoir pourquoi, il remonta en direction des docks. Ce devait être un spectacle. Les eaux étaient affreusement déchaînées ce soir. Et il savait parfaitement qu’elles lui paraîtraient décevantes et ridicules à côté de ce qu’il en imaginait. C’était une manière brutale mais efficace de se rassurer.

Et arrivé sur les quais, une nouvelle impulsion absurde le saisit. Il avait marché jusqu’ici, il pouvait bien naviguer un peu plus loin, et braver le Firth en direction du Nord. Il but une longue lampée d’eau de feu, en souvenir du passage qu’il avait fait jadis dans le sens inverse, en espérant ne pas finir au bout d’une corde, et en traînant à sa suite le gamin emprunté et si aisément choqué qui serait un jour le père de Barbara et d’Alan. A l’époque, c’était un jeune ignorant, un égaré qu’il ramenait à son domicile ancestral et qui comptait bien n’en plus jamais bouger ; et c’est ce qu’il avait fait. Même ses ambitions d’aller étudier à Leyde – oui, quelle aventure, n’est-ce pas – s’étaient évanouies quand, peu après son mariage, sa bien-aimée s’était avérée enceinte. En tout cas, ils n’avaient jamais refait le trajet en direction du Nord. Et il fut cette fois étrangement facile de trouver un bateau qui acceptait de l’emmener. Tout était facile. Tout était ennuyeux. Ce moment de mélancolie fut efficacement combattu par la sérieuse terreur qui s’empara du promener en montant à bord, et il se cramponna à tout ce qui pouvait lui servir d’appui, avec un mélange de regret immédiat et de soulagement bien dissimulé. Un abîme pouvait bien être troqué contre un autre.

Un peu au Nord de Burntisland, Blue Rock et Kinghorn, le marinier qui lui indiquait les lieux signala qu’il y avait là, selon ses dires, « l’endroit le plus vieux du pays. » Après tout, ne disait-on pas « vieux comme les trois arbres de Dysart » ? Breac avait en effet l’impression d’avoir déjà entendu cette expression. Eh bien, selon le marinier, qui semblait lui-même raisonnablement âgé et apte à raconter ce genre de légendes avec assurance, ce n’étaient pas trois arbres à l’origine mais trois cavernes, à flanc de falaise, longeant la mer ; et les arbres y plongeaient leurs racines, mais ils avaient poussé plus tard bien sûr. C’étaient les grottes de Wemyss – que le vieux prononçait Weems – et il fallait absolument avoir vu ça une fois dans sa vie. Il faut dire que le whisky avait baissé dans la première bouteille que portait Breac dans son manteau en quittant la maison, et que le marinier y était pour quelque chose ; le nouveau riche était parfois sujet à des accès de générosité.

« Je ferai comme les arbres, je boirai dans les grottes de Wemyss, » déclara Breac en haussant la voix pour couvrir le fracas des éléments.

« Voilà Seafield… et nous y sommes. »

Il était impossible de descendre à terre, à proprement parler. Il fallait sauter de l’embarcation sur le front de roche, et s’accrocher solidement, de tous ses ongles. Il se trouve que Breac n’en avait plus que sept, et il se sentait fort diminué, mais sur une dernière gorgée du breuvage, il laissa un sourire légèrement dérangé se peindre sur son visage, et il murmura entre ses dents trois mots qui sonnaient comme une formule magique : « Hang or drown. » Encore un souvenir qui remontait à la surface. Il espérait presque se heurter la tête et tout oublier. Le fait que cela impliquerait sans doute une horrible noyade glaciale et ténébreuse arrivait presque à disparaître à l’horizon de sa folie. Presque. Il ne fallait rien exagérer. Toujours est-il que, comme à chaque fois que son courage lui manquait, il rassembla ses forces restantes et se jeta en avant. Et soudain, il se retrouva en équilibre sur le rocher, prêt à entrer dans la bouche d’ombre de la grotte centrale, qui plongeait vers les profondeurs de la terre. Derrière lui, le blanc de l’écume illuminée par la lune et les étoiles, alors que le ciel s’ouvrait soudain ; devant lui, un vide noir et creux où se répercutaient les échos.

Breac posa sa bouteille à terre, mit les mains en porte-voix et se mit à chanter à tue-tête.

« Voici le chant de l’épée d’Alan ! Le feu l’a forgée, le forgeron l’a faite et elle luit au poing d’... ! » A ce point de la chanson, son regard tomba sur sa main gauche et il fit la grimace, abandonnant toute velléité lyrique pour se réfugier dans un baiser de verre ; sa main pouvait au moins cueillir la bouteille à ses pieds, et l’autre pouvait la déboucher, c’était déjà quelque chose. Il y avait là de quoi prendre une bonne cuite, en narguant les vagues et leur colère, et les cauchemars qui s’y attachaient, et tout le reste finalement. Il commença à errer prudemment à l'entrée vaguement éclairée, ses mains frôlant la surface rocheuse où des mains antédiluviennes avaient gravé d'étranges symboles, dont il ne cherchait même pas à faire sens. Il aurait voulu être plus ivre que cela, mais n'ayant qu'une bouteille, il préférait l'économiser pour quand elle deviendrait absolument indispensable, comme un médicament précieux. Pour l'heure, il parviendrait sûrement à s'étourdir quelque peu de l'étrangeté des lieux, et des tourbillons de sa propre pensée.
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Cycle 4 Re: Smoke & mirrors, drink & waves [Blair]

Message par Blair Fraser le Dim 15 Juil - 15:55

Comment est-elle arrive là? Dans ses pensées enfumée d’un opium d’excellente facture, elle l’ignore. Son visage émacié, son corps fin, ses airs de garçon manqué, sa tenue d’homme, elle ne se rappelle plus tout à fait de son propre périple, trempée dans ses vêtures lourdes, elle s’est avachie dans un coin de la grotte, perdue dans ses pensées, alourdie par ses douleurs de jadis. Au fond, l’idée paraissait bonne quand elle l’a eu, et puis, portée par les fluides vaporeux d’une folie neuve, le fracas de la tempète, le besoin de l’infinie que représente la mer et l’océan, elle a vagabondé, laissé à son arrière toutes choses, fille, époux, souvenir…

La voilà donc ici, l’esprit si loin, encore essoufflée de sa cavalcade étrange, la poitrine serrée d’une douleur fantôme, comme frappée par une main invisible qui lui serrer le cœur. Elle aimerait s’échapper, mais sa peau la retient. Son cadet maudit lui barre toute fuite possible et elle sait, que comme un démon mauvais, il la retrouverait toujours. Depuis combien d’année n(a-t-elle plus pu retrouver sa forme d’océan ? Tellement d’année. Et cette douleur de ne pouvoir redevenir ce qu’elle est la dévore de l’intérieur.

La souffrance est une complainte à laquelle elle abdique parfois, défaisant ses humeurs posées pour s’offrir l’abandon à la peine. Incapable de s’en priver, la dame fortunée se laisse prendre par la mélancolie de son âme, martelée par l’idée qu’elle ne pourrait jamais se défaire de son frère…jamais. Dans ses semi ténèbres ourlée de l’écho de la tempête, la voix grave d’un homme lui parvient, la faisant se redresser de sa pose. Bientôt l’opium qu’elle a fumé ne ferait plus rien, son esprit serait clair, elle ne saurait pourquoi elle se trouve ici, mais pour l’instant, se défaisant de sa posture, elle se redresse, cachant sa lourde natte blonde dans le couvre chef improvisé et titube un peu. Lequel des deux trouveraient l’autre en premier, voilà une question excellente !





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Combien de fois il t'a dit que tu étais une terrible créature, au point que tu viennes à le croire? Combien de fois a-t-il jeté son regard sur toi, en maugréant paroles d'évangiles pour se protéger de tes diableries? Comment peut-il te croire si terrible, alors que tu n'as rien demandé au monde? Jamais rien de plus que ce que tu n'as, jamais rien de plus que ce que l'on te donne...

Vas-tu finir par le croire? Ou bien te révolter un jour, une bonne fois pour toutes...


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Cycle 4 Re: Smoke & mirrors, drink & waves [Blair]

Message par Breac Jamieson le Dim 15 Juil - 19:28

Les profondeurs de la grotte recelaient sans doute des trésors cachés, mais pour le moment, Breac était tombé en contemplation devant d'ésotériques dessins gravés au niveau de l'entrée. Ce n'étaient sans doute que des poissons – ou des sexes masculins très mal dessinés – mais il ne pouvait pas s'empêcher de chercher à y déchiffrer un message. Quelqu'un avait gravé ça autrefois parce que ça avait l'air important. Il aurait bien aimé répondre, après tout il y avait largement assez de cailloux qui traînaient pour ajouter sa contribution. Mais si il ne comprenait pas à quel jeu avait joué le premier occupant de la grotte, il ne pouvait pas jouer avec lui, pas vrai ?

Un poisson, donc. Disons que c'était un poisson. Quelqu'un, un jour, avait eu envie de graver un poisson dans la paroi de la roche. Pour être sûr d'en voir même par les jours de mauvaise pêche ? A quoi bon dessiner un poisson si on n'en mange pas ? Breac avait sa petite idée de riposte. Il commença à gribouiller avec un soin vacillant, une ligne d'abord, puis de petites encoches pour la rendre plus lisible. Une créature marine qui venait bouffer le poisson. Un truc avec des dents, des nageoires, une queue ondulante, de gros yeux ronds... Voilà ! C'était parfait. Très joli. Le petit Alan n'aurait pas fait mieux. Il recula d'un pas, contempla son oeuvre et -

Ah, il y avait vraiment quelqu'un ici. Pas seulement les fantômes du passé. Breac sursauta en voyant s'animer une silhouette malingre et mal habillée dans un coin sombre. Un vagabond venu s'abriter de la tempête ? Il aurait dû s'y attendre. Cette figure maigre et triste, juvénile et trop sérieuse à la fois, brusquement éclairée de lune, lui donna l'impression d'être pris dans un mauvais cauchemar appartenant à quelqu'un d'autre. Il prit une grande inspiration d'air marin et se rapprocha en levant sa bouteille. Ce qui lui manquait, c'était une arme. Mais il n'allait pas provoquer une duel un brave gamin qui ne lui avait rien fait... Il aurait dû avoir une arme, dans un cauchemar, voilà tout. Question de logique, et de monstres marins.

"Désolé. Je ne fais que passer. Sale temps, hein ?"

Son regard tomba sur sa propre bouteille et il hésita un instant. Mais s'il y avait bien une qualité qu'on ne pouvait pas retirer à Breac Jamieson, c'était sa générosité, du moins avec le peu qu'il possédait. Il était en veine de se payer du whisky respectable et de le distribuer autour de lui, eh bien, ainsi soit-il. Et quand sa chance aurait tourné, peut-être que la bouteille tournerait dans le sens inverse elle aussi. Il franchit les derniers mètres qui le séparaient de l'ombre dissimulée, et lui colla l'objet dans la main, d'autorité. Il fallait bien y résister, à ce mauvais temps. Ah, oui, se présenter, pourquoi pas. C'était agaçant d'être ici sous un faux nom, et de devoir se présenter comme il le faisait en France. Il était presque arrivé à s'en faire une seconde nature ; mais en ce moment, avec le fracas des vagues dehors et le whisky dansant la sarabande dans son crâne...

"Je m'appelle A – non – Breac – Jamieson. Breac Jamieson."

Il aurait pu ajouter un couplet sur le fait qu'il avait des soucis avec la justice, et qu'il se moquait bien des petits trafics qui pouvaient amener l'inconnu dans cet endroit reculé, par une soirée aussi horrible. Et si ce n'était pas une question de trafic, mais de chagrin d'amour par exemple... Bah... il ne se moquait pas trop des gens qui venaient admirer la mer aux pires moments possibles. C'était un peu ridicule mais il n'avait rien à dire là-dessus. Juste à boire. De son point de vue, l'alcool avait été inventé précisément pour ça. Qu'est-ce que c'était que la Sainte Cène au fond, sinon une dernière cuite avant la fin du monde ? Et on commémorait ça à Pâques tous les ans.

"Vas-y. Bois un coup. Ça ne te tuera pas, et moi non plus."

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