1762 - L'été de l'année dernière, Édimbourg, Écosse. Les vagues frappaient contre la rive en un bruit constant et répétitif, comme une douce berceuse chantée par la mer du nord, une caresse légère sur votre front, un tendre baiser rassurant de la nature. Tout indiquait un matin normal sur les quais du port de Leith, si ce n’étaient les corps inertes qui flottaient comme des billots de bois mou abandonnés. Six corps. [...] Lire plus.
Lundi, 15 octobre 2018

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Les morts gouvernent les vivants

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Cycle 4 Les morts gouvernent les vivants

Message par Deirdre Fairbairn le Sam 16 Juin - 16:54




Les morts gouvernent les vivants

Les pieds dans l'eau, le regard dans la vague, Deirdre semble déconnectée de la réalité. Indifférente aux va-et-vient des vagues le long de ses jambes, la Ceasg est perdue dans ses pensées. Ni le froid qui lui engourdit les sens ni le vent qui souffle à ses oreilles ne réussit à l'arracher à sa douce tourmente. Rivé sur un point quelque part au loin, son regard est vide de toute émotion. Disparue l'étincelle de joie qu'elle avait connue les dernières semaines. Et avec elle, l'envie de courir les rues pour répandre sa bonne humeur, de gambader... De vivre pleinement. Son teint est cireux, des cernes creusent ses yeux, ses lèvres sont pincées... Plus que fatiguée, elle semble complètement abattue. Et elle l'est, après tout.
Combien de temps a passé depuis qu'on le lui avait annoncé ? Un jour, deux ? Une semaine ? Qu'importe. Ça n'a aucune importance. Les faits sont là. Kath est morte.

Sa Kath. Sa meilleure amie. La rouquine avec son accent français et son attitude joviale, sa combativité et son optimisme. Morte. Cela résonne comme une mauvaise blague. Une pitrerie de mauvais goût. La gamine s'attend encore à ce qu'on lui dise que ce n'est qu'une farce. Qu'on voulait juste se moquer d'elle. Mais rien ne venait.
À tendre bien l'oreille, elle l'entendait encore lui dire : «C’est comme si le seigneur nous envoyait un signe, tu comprends ? Ce n’est pas un hasard. Ça signifie que nous devons compter l'une sur l'autre dans ces épreuves. Et on en ressortira plus fortes et plus heureuses, j'en suis persuadée ! »
Foutaise. Si le Seigneur avait voulu leur envoyer un signe, pourquoi arracher ainsi la jeune femme à la vie...
Elles étaient censées en ressortir plus fotes ! Plus heureuses ! Ensemble !
Et v'là que Deirdre se retrouve la seule surivante du tandem.

Cette foutue fièvre l'a emporté. Si vite qu'elle ne s'en était même pas rendue compte. En apprenant la cause de son décès, un doute s'est créé chez la bâtarde. Et il persiste, lui tord les entrailles, la bouffe de l'intérieur... Et si elle est responsable de l'infection de Katherine ? Deirdre avait bien contracté la maladie avant, il était bien possible qu'elle l'ait refilé à la jeune femme. Inconsciente qu'elle était ! Elle avait continué de sortir, de côtoyer les autres, elle avait simulé, fait comme si de rien n'était, comme si elle allait bien et résultats des courses... Elle est peut-être la cause de la mort d'une personne si importante à ses yeux...

Ces pensées l'ont tourmenté depuis la minute où on lui avait dit et cette fois, elle a eu besoin de s'enfuir. Naïvement, elle a cru se sentir mieux en mer. Les fléaux l'ont toujours apaisée, elle s'est toujours calmée au contact de l'eau avec sa peau, même face aux pires épreuves. Pourtant, cette fois, on ne pouvait vraiment rien pour elle. Assise depuis des heures, elle ne ressent aucun changement dans son humeur, dans son état. Pire, la solitude lui pèse et empire la situation. Quelle idée qu'elle a eu de s'éloigner. Elle pensait que ça serait mieux que de barboter au port, mais le silence qui régnait ne faisait que la mettre à mal et réveiller son angoisse.

Finalement, elle se lève pour rentrer, le besoin du contact humain se faisant ressentir. Aussi préoccupée qu'elle l'était, elle n'a même pas remarqué l'arrivée d'une autre personne qui, non loin, semble s'adonner à la même activité qu'elle ; fixer indéfiniment l'océan pour Dieu seul sait quelle raison. Son regard s'arrête longuement sur l'inconnu et elle met quelques secondes à reconnaître son employeur. Enfin son oncle. Enfin...
Elle n'a revu Àdhamh depuis les funérailles. Elle était restée en retrait, elle avait vu les gens défiler pour présenter leurs condoléances au fiancé de la défunte. Elle ne lui avait même pas parlé, ce jour-là. Elle avait tourné les talons et s'était terrée chez elle. Elle n'était pas non plus retournée à la boutique, elle n'avait aucune idée si le patron l'avait ouverte ou pas, au final. Elle ne sait rien des protocoles en cas de mort, de toute manière. Quelle est le temps convenable avant de revivre, de continuer sa vie, d'arrêter de porter du noir et tout le toumim pour les gens de la haute... Et pour ainsi dire, Deirdre n'en a que faire.

Elle hésite à l'aborder, fait volte face, s'arrête, revient. Et puis zut. À pas lents, sûrement pour donner inconsciemment à son oncle de se rendre compte de sa présence, elle s'approche de lui, cherche quoi dire, hésite à nouveau. Un soupir s'échappe de ses lèvres avant qu'elle ne s'installe finalement à ses côtés, silencieuse. Parce qu'il n'y a pas de mots adéquats dans son vocabulaire pour ce genre de situations. Si tu ne sais pas quoi, ne dis rien, comme le dirait si bien sa mère...
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Cycle 4 Re: Les morts gouvernent les vivants

Message par Àdhamh MacKenzie le Ven 3 Aoû - 19:29




Deirdre & Àdhamh
Les morts gouvernent les vivants




Dévasté. Le Ceasg était dévasté. Paré des couleurs du deuil, Àdhamh n’avait plus décroché un mot depuis les obsèques. Terré dans un mur du plus morbide des silences, il ne vit plus. Son teint blafard et ses cernes témoignent douloureusement de ses insomnies et autres terreurs nocturnes. Il ne s’alimente que si on le force et cela fait des jours qu’il n’a plus quitté le cocon funèbre de sa demeure.

Une fois de plus, la mort lui avait ravi un être cher à son cœur. D’abord, son père, puis son frère, sa tante, sa mère et enfin sa meilleure amie et fiancée. L’orfèvre commence à penser qu’une malédiction plane au-dessus de lui et qu’il n’apporte que malheur et désolation à tous ceux qui ont la malchance de l’approcher.

Ils avaient pourtant tout pour être heureux : une attendrissante complicité et l’approbation de leurs deux familles. Certes, leur chemin était semé d’embûches et il leur aurait fallu franchir de nombreux obstacles, mais ils étaient ensemble et Àdhamh les pensait invincibles. Jusqu’à ce que Katherine ne se mette à tousser et succombe aux assauts de la fièvre du Selkie. Il fulmina de colère, enragé, hurlant à qui le voulait l’entendre que ces monstres lui avaient arrachés sa dulcinée. Cette haine ne prit pas racine, enfin, pas tout à fait. Comment en vouloir à des fantômes ? Des chimères ? Dans son esprit, tous les Selkies sont coupables, mais il n’a ni l’envie, ni la force de partir en croisade. Aucun n’a directement tué sa Katherine et cette absence de personne à blâmer est ce qui nourrit réellement la rancœur du Ceasg.

Il est enfermé chez lui, le cœur en miettes et vidé de son énergie. Son habituelle bonne humeur l’a quittée, ne laissant derrière elle qu’une carcasse malingre et triste. Sa peau a rougi et par endroits, elle s’assèche et se craquelle. Cependant, le bijoutier s’appliquer à ignorer ses plus primaires besoins physiques. Ce n’est que sous les impulsions inquiètes et répétées d’un proche qu’il finit par accepter de se rendre près de la mer.

La vie du port l’exaspère. Toute cette agitation, dont il est d’ordinaire friand, lui laisse un goût amer dans la bouche. Katherine n’est plus de ce monde et pourtant, il continue de tourner comme si de rien n’était. Comme si un rouage de moins dans cette grande machinerie n’avait absolument aucun effet. Aucune conséquence. Un grain de sable en moins au fond de l’océan. Et ça l’énerve, le Ceasg.

La main empoignant fermement sa canne au point que ses phalanges en blanchissent, il se trouve un endroit plus calme pour s’asseoir et pourquoi pas faire une petite baignade quand les démangeaisons deviendront trop insupportables. Le regard dans le vague, il laisse la houle lui caresser les pieds. Une larme solitaire roule le long de sa joue, quittant son menton juvénile et imberbe pour rejoindre les langueurs océanes. Il ne s’écoule que quelques minutes avant qu’une âme en peine ne l’aborde et prenne place à ses côtés. Il chasse d’un rapide revers de la main les dernières traces d’humidité qui embrume ses pupilles. Il soupire bruyamment, signifiant à l’autre que sa présence est malvenue et l’irrite. Est-ce trop demandé d’avoir un peu de tranquillité dans cette fichue ville ?

Àdhamh ne la reconnaît qu’ensuite. Sa soudaine ardeur se calme. Deirdre, nièce, amie et employée, est peut-être la seule personne qu’il est enclin à accepter de voir aujourd’hui. Le Ceasg sait qu’ils nourrissaient tous deux la même affection pour la Française. Toutefois, l’orfèvre reste silencieux un long moment, laissant son regard se perdre de nouveau dans le bleu de l’océan avant de craquer. « Six jours. C’est le temps passé depuis les obsèques. Ce n’est pas beaucoup, six jours, et pourtant, tout le monde semble déjà l’avoir oublié. » Il marque une courte pause avant de reprendre. « On allait avoir un enfant. Katherine voulait une fille, mais moi, je voulais un garçon. Je lui aurais appris à monter à cheval et… » Sa voix se brise. Àdhamh retient difficilement un sanglot, puis il continue. Cela fait des jours qu’il rumine et il a besoin de formuler ses craintes, ses doutes et sa culpabilité. « Parfois, je me dis que je suis maudit, que je porte malheur à tous ceux qui sont proches de moi. Peut-être que toutes ces commères ont raison… Peut-être qu’il y a vraiment quelque chose qui cloche chez moi ? » L’orfèvre baisse la tête et joue nerveusement avec ses mains. Finalement, il lâche dans un souffle. « Elle méritait mieux que ça… »
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Cycle 4 Re: Les morts gouvernent les vivants

Message par Deirdre Fairbairn le Sam 4 Aoû - 0:37




Les morts gouvernent les vivants

Deirdre éclate d'un rire sans joie à la confession de son oncle. Elle ne se sent pas de filtrer dans son attitude à cet instant et elle laisse l'amertume qui lui reste au travers de la gorge s'exprimait alors qu'elle lui répondait.

«Mais tout le monde l'a oublié ! Son propre père l'a renié de son vivant ! Alors à quoi vous vous attendiez exactement ? À voir des hommages à chaque coin de rue ? Une bâtarde. Kath n'a jamais été qu'une bâtarde. Et personne ne se souciera jamais de son sort... Je suis sûre que la moitié des personnes présentes à ses obsèques ne l'avaient même jamais vu.» Malgré elle, sa voix se brise sur les derniers mots. Oh Katherine...
«Je n'arrête pas de penser à tout ce qu'elle ne fera jamais. Tout ce qu'elle n'aura jamais la chance de voir... Sa vie devait être plus belle ici, plus épanouie... J'arrive pas à croire que.. Que...»

Même en se faisant violence, Deirdre n'arrive toujours pas à le formuler à voix haute. Elle a beau se le répéter mentalement, la jeune fille ne peut pas se résoudre à l'admettre haut et fort.

«Elle devait emmenager avec moi en attendant votre mariage. Elle en avait marre de l'auberge, du bruit... Et puis, sa situation n'avait plus rien de temporaire, quoi qu'il arrive sa place est à Edimbourg maintenant...» et la brune a du mal à se reprendre «était, du moins... Son père aurait appris à la connaître et il l'aurait aimé, j'en suis persuadée. Aussi sûre que je m'appelle Deirdre. Personne ne peut lui résister.» La jeune fille baisse les yeux sur mes mains et sa voix ne fait que s'attrister au fil de son monologue. «Je n'arrive pas à passer outre l'idée que je suis peut-être celle qui l'a contaminé... Mais je ne pense pas que vous soyez maudit... Non... Ah ça non...»

«Pourquoi elle ? Pourquoi elle et pas quelqu'un d'autre ? Plus vieux, plus méritant... Elle avait la vie devant elle...»


Et cela achève le peu de contrôle que Deirdre a sur elle. Ses larmes coulent silencieusement le long de ses joues. Elle est à bout de force, à bout de nerfs. Elle a tant tiré sur la corde à essayer d'éviter ce moment. Parce qu'elle sait la bourge, que maintenant que les vannes sont ouverts, elle n'est pas sûre d'être capable de s'arrêter. Elle avait réussi à envoyer poliement bouler toutes les personnes qui l'avaient questionné sur Kath mais avec Àdhamh, ce n'est pas pareil. Il sait ce que cela fait.

«Elle aurait dû avoir l'occasion d'être heureuse... Elle en a bavé et quand elle a trouvé un équilibre, quand elle a enfin trouvé ce qu'elle cherchait.. C'est injuste...»

En cet instant, à chouiner ainsi, elle a l'impression de retourner des années en arrière. Elle fixe l'océan, encore. Et elle se tait. Elle attend. Elle attend que ça lui retombe dessus. Elle sait qu'elle est peut-être allée trop loin. Et elle sait qu'elle ne devrait pas se montrer si familière. Mais à ce moment, ce qui était acceptable ou pas lui passe à milles lieues au dessus de la tête. Enfin, elle murmure après son silence ce qui lui crève le coeur depuis six jours. «Elle me manque.»
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