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Visite nocturne [Feat Ciaràn]

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Cycle 2
Visite nocturne [Feat Ciaràn]

Message par Sheena Matheson le Ven 12 Jan - 22:50

Quand elle n'eut plus d'air dans ses poumons, Sheena se tut et s'effondra. Elle resta immobile sur le pas de sa porte, tremblante de froid, de peur, et de fièvre.

Finalement, elle réajusta sa robe comme elle put, réussit à retrouver sa clé dans sa bourse encore attachée à sa ceinture et ouvrit la porte avec des gestes cassés. Elle referma la porte derrière elle et s'adossa contre la cloison, haletante et toujours aussi peu solide sur ses jambes. Son esprit tournait en rond comme un cheval fou, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. Sur son épaule et sur ses hanches les mains de Lawrence Harlow avaient dessiné comme des brûlures invisibles, elle avait l'impression que les doigts s'étaient imprimés dans la chair et qu'elle serait condamnée à porter ces marques d'infamie.

Elle avait fauté. Elle avait trahi Calum.

Il le méritait, pensa une voix maligne au fond d'elle. Sheena sentit les larmes lui venir de nouveau et rassembla ses dernières forces pour les retenir.

Elle était perdue. Désemparée. Tout son monde s'était effondré avec le départ de Calum et elle s'en voulait d'être trop faible pour y faire face. Il fallait qu'elle se ressaisisse. Mais là, devant elle, Sheena n'arrivait pas imaginer une multitude de possibilités, elle n'en voyait tout simplement aucune.

Il est parti et ne reviendra pas, tu ne lui dois rien, continua la voix.

Sheena rejeta cette idée. Elle avait aimé Calum. Elle ne devait pas agir aussi mal. Et puis, elle réalisa l'étendu de la soirée, ce que les gens avaient vus, ce qu'ils auraient pensé et songea un instant à la réaction de son époux s'il l'apprenait. La perspective était terrible. En attendant, sa réputation l'était tout aussi et elle n'oserait plus sortir de chez elle avant longtemps.

Dans son cerveau serpenta l'impossible solution : il fallait qu'elle disparaisse. Sheena se mit à rire nerveusement. Elle savait que toutes ses tentatives seraient vaines. Elle se laissa tomber au sol et continua à rire, la tête entre les mains et ses longs cheveux ruisselant en désordre sur sa peau diaphane.

Elle était prise au piège.
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"Il doit ouvrir la porte.
Il va ouvrir la porte.
Il ouvre la porte.
Le vide.

De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



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Re: Visite nocturne [Feat Ciaràn]

Message par Ciàran Ogilvie le Sam 13 Jan - 13:42

Ouvrir une porte est un talent des plus utiles, surtout lorsqu'on passe une bonne partie de sa vie dans l'illégalité. De fait, Ciàran n'imagine même pas un instant que quiconque puisse lui en vouloir de se glisser à la nuit tombée dans la maison de Sheena après avoir forcé la serrure, de s'être trouvé un fauteuil confortable et de s'y lover en attendant le retour de l'habitante des lieux. La chose lui paraît normale. Faire irruption dans la vie de quelqu'un d'autre sans demander la permission et s'installer tranquillement dedans, c'est un peu la seule manière qu'iel connaît de créer des liens avec d'autres. Lea Selkie n'a jamais vraiment eu de maison, d'habitat lui appartenant et fermant à clé, n'a jamais vraiment eu l'occasion d'avoir un semblant d'intimité. Entre les bordels, le château de son enfance, les chambrées partagées avec ses camarades à l'école, le bateau, même la Maison Chèvre, rien ne lui a jamais offert la sécurité et le confort qui vient avec le fait d'avoir un chez soi. En conséquence, iel n'imagine pas un seul instant toutes les conséquences que peut avoir l'idée d'un intrus dans sa demeure.
Et quand bien même iel y aurait songé, en voyant la mine déconfite de Sheena et sa tenue dépenaillée, iel ne l'aurait pas regretté. Sans trop savoir pourquoi, iel a pressenti que la soirée était propice à rendre visite à cette jeune femme aux silences lourds de larmes croisée au hasard d'une nuit d'angoisse ; il lui semble enfin que peut-être une sensibilité impalpable a guidé ses pas jusqu'à chez elle pour pouvoir l'aider.
La voilà, en sous-vêtements, les cheveux épars sur ses épaules et prostrée au sol, des larmes secouant son corps si frêle. Le pas de Ciàran se fait doux et le silence est à peine troublé par le froufrou de ses jupons lorsqu'iel s'accroupit et pose une main gantée de dentelles sur le dos de la jeune femme. Elle est si pâle dans la pénombre, toute de chevelure claire, de peau diaphane et de chemise blanche ; iel y fait figure d'ange de la mort avec ses longs cheveux noirs et les teintes de poupre dont iel aime se parer. Ombre et lumière, oui, mais cette fois c'est l'obscurité qui réconforte sa sœur éclatante.
« Qui t'a fait ça ? » murmure-t-iel en tendant un mouchoir brodé de dentelles à la jeune femme. À ses yeux, la scène est évidente. Iel en a vu bien d'autres, des filles que l'on avait forcées, et si aucune ne ressemblait aux autres, il y avait toujours cette détresse au fond d'elles qu'iel reconnaît chez Sheena. Peut-être qu'iel se trompe. Peut-être pas. Pour l'instant, ça n'a pas d'importance. « Viens, viens t'asseoir – je vais préparer du thé. Raconte-moi. »
La voix reprend les intonations douces et tranquilles qu'elle pouvait prendre lorsqu'iel se faisait encore passer pour un pasteur, retrouve le calme presque surhumain qu'elle pouvait arborer jadis. Peut-être est-il enfin temps de laisser la colère s'en aller un peu, ou du moins se tourner vers des cibles plus réelles et tangibles.

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Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques, loup de mer, empathie pour les phoques


"December people are temporary."
Half my life went by wondering
if my effervescent nature will bring pestilence,
and sadness to the ones in my life.
But today - I realized,
December people are only temporary when you chain them
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And you'll find us - the Temporary People,
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Re: Visite nocturne [Feat Ciaràn]

Message par Sheena Matheson le Sam 13 Jan - 17:12

Dans son état normal Sheena se serait demandé ce que Ciaràn et ses dentelles pouvaient fabriquer au milieu de son salon, en pleine nuit. Oh elle ne l'aurait pas mal pris, juste un peu inquiétée du fait que des gens puissent s'introduire chez elle mais là, c'était le cadet de ses soucis. Plus encore, la présence de Ciaràn était ce qui pouvait arriver de mieux.

Elle sursauta à peine lorsque la main gantée se posa sur elle, elle ne voulait plus qu'on la touche mais la dentelle, justement, créait une sorte de barrière qui empêchait la main de Ciaràn de se joindre aux traces incandescentes qu'elle portait déjà.

Sheena se releva comme elle put et se laissa guider dans son propre salon, se lova dans le fauteuil et remonta sur elle sa robe éventrée, non pas dans un excès de pudeur, mais pour se tenir chaud - elle n'avait pas cessé de trembler.

Raconte moi.

Mais raconter quoi ? Qu'elle avait suivi Lawrence par curiosité, qu'elle avait aimé le provoquer, que c'était par orgueil qu'elle avait bu tous ces verres, par vengeance qu'elle l'avait embrassé et par fierté que son corpps s'était offert à lui ? Sheena suivit Ciraràn du regard tandis qu'il préparait le thé comme s'il connaissait la maisonnée par cœur, et ne songea pas un seul instant au fait qu'un homme habillé en femme se promenait dans son propre salon en s'occupant d'elle comme si c'était naturel, comme s'ils avaient fait ça depuis longtemps.

Elle prit à deux mains la tasse qu'il lui tendit, se brûla un peu les doigts mais ne dit rien, elle avait besoin de chaleur, de douceur, et Ciaràn lui offrait tout ça avec une évidence surprenante. De nouveau cette étrange résonance.  Alors Shenna inspira profondément pour calmer les pulsations saccadées de son cœur, souffla sur la tasse et essaya d'expliquer.

Sa voix était cassée, presque morte d'avoir trop chanté, mais elle mit dans ses murmures tout ce qui s'était joué en elle ce soir là. Et avant. La solitude qui la rendait folle, l'abandon de Calum qu'elle vivait comme une trahison et cet espèce de monstre qui grandissait en elle, assoiffé de libertés et de découvertes, un animal brutal et instantané, qui ne pensait pas aux conséquences de ses actes, qui se passait de l'avis de sa conscience et qui agissait comme un cheval fou.

Elle n'en voulait pas à Lawrence Harlow, pas autant qu'elle le devrait ? Mais à elle. A elle qui avait détruit tout ce qu'elle avait construit autour d'elle, autour de son image, qui avait brisé ce visage de porcelaine à coup de poings furieux juste pour le plaisir de l'exploser de rage. Ou alors était-ce parce qu'elle ne pouvait pas mourir de ses propres mains et qu'inconsciemment elle avait opté pour un suicide social et mental.

Sheena se tut, but quelques gorgées de thé et regarda les mains gantées de Ciaràn.

"Pardon", murmura-t-elle, sans savoir si c'était à l'ami qu'il était ou au prêtre qu'il avait été qu'elle s'adressait. Sans doute aux deux à la fois.
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Re: Visite nocturne [Feat Ciaràn]

Message par Ciàran Ogilvie le Mar 30 Jan - 21:03

Un châle se glisse autour des épaules de Sheena, un châle de putain qui sent le musc d'homme et l'alcool et le parfum de vanille vénéneuse que Ciàran affectionne, mais toujours plus chaud que les lambeaux qu'elle porte. Entre ça et le thé, au moins le corps de la jeune femme pourra se réchauffer un peu, à défaut de son cœur.
L'histoire qu'elle conte, Ciàran ne la connaît que trop. Une histoire de défiance et de fierté, de folies commises par simple désir de ne pas perdre, parce qu'on est mené par la peur et la férocité et qu'on ne sait plus trop ce qu'on fait. Combien de fois a-t-iel commis des erreurs monstrueuses parce qu'iel avait trop besoin de gagner ? On s'offre au premier venu, on mord la vie à pleine dents et on laisse son sang juteux couler sur ses bajoues, parce que c'est ainsi qu'on gagne. On y croit, jusqu'à la dernière bouchée, et alors on est laissé avec cette douloureuse nausée qui met des heures et des heures à s'en aller.
Et puis la recherche de la chaleur d'un autre pour combler la solitude, la solitude qui rend fou. Un sourire triste s'étend sur les lèvres de Ciàran et une main gantée s'élève doucement pour remettre une mèche des cheveux de Sheena en place. Iel est toujours celui qui part et abandonne l'autre, oui, bien entendu – mais iel sait aussi bien que celui qu'iel laisse derrière à quel point c'est horrible et douloureux. Iel connaît le vide au creux du ventre et la sensation terrifiante qu'on n'aura plus jamais chaud de sa vie.
« Il t'a donné rendez-vous, n'est-ce pas ? Si j'ai bien compris. » La voix de la jeune femme est brisée, rauque, difficile à comprendre. Iel essaye, pourtant, et espère ne pas se tromper. « Comptes-tu y aller ? »
Ciàran n'a pas de conseil à donner ni de sagesse à offrir. S'iel savait comment gérer la solitude, l'impulsivité et le désespoir, sans doute ne se serait-iel pas ainsi immiscé dans le salon d'une presque inconnue à une heure profane pour chercher sa compagnie. Sans doute ne travaillerait-iel pas à la Taule des Sonnettes et ne chercherait-iel pas à se détruire chaque jour un peu plus, de quelque façon que ce soit. Au moins, iel le sait, en a conscience. Iel n'a rien à offrir à Sheena. Mais elle a besoin de quelqu'un, de quelque chose, et à défaut de pouvoir l'aider réellement, iel peut toujours lui octroyer un peu de sa présence.
« Il n'y a rien à pardonner. Tu n'as rien fait de mal. » En tant que pasteur, iel n'aurait jamais osé dire cela dans un cas pareil. Il y a des limites aux libertés qu'un homme d'église peut prendre avec ses ouailles, qui attendent tout de même un certain degré de pureté de ceux à qui ils confessent leurs péchés. Mais aux yeux de Ciàran – pas Ciàran le pasteur, pas Ciàran la pute, juste Ciàran – il n'y a rien, dans ce que décrit Sheena, qui mérite le moindre blâme. Alors quoi, elle a laissé un homme la tripoter ? Hé bien, d'autres le font chaque jour, elle n'a blessé qu'elle-même. C'est ça qui compte. Tant qu'on ne fait de mal à personne d'autre qu'à soi-même, ça n'a pas d'importance, ça n'est pas mal. « Et moi, je ne peux pas te pardonner, de toute façon. C'est à toi de le faire. À toi de faire la paix avec toi-même. »
Ironique, de la part de quelqu'un qui est bien incapable d'en faire autant.

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