AccueilAccueil  
  • PublicationsPublications  
  • FAQFAQ  
  • MembresMembres  
  • S'enregistrerS'enregistrer  
  • ConnexionConnexion  

  • Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

    Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Ciàran Ogilvie le Sam 4 Nov - 21:35

    Juste apres la visite du tueur a l'auberge de George

    L'air est frais dans Edimbourg et l'ombre qui s'avance est trahie par la vapeur qui s'échappe de ses lèvres. Ses mains tremblent. Tremblent sous la cape, tremblent et se frottent entre elles pour essayer de nettoyer le sang, mais le sang reste et colle et s'incruste et bientôt il n'y aura plus que le sang et on ne pourra plus l'essuyer et -
    George est à son auberge, les gardes vont arriver. Il survivra. On le trouvera, il expliquera que le tueur l'a attaqué et avec un peu de chance, aucun témoin n'aura vu l'ombre derrière lui qui a damé le pion au meurtrier d'Edimbourg. « Gun doir am Fear Mór leis thu, Marbhaiche » gronde le Selkie entre ses dents. « Is leam-sa díoghaltach. Chaill thu air buannachadh. »
    Maudit sois-tu, assassin. La vengeance sera mienne. Tu as échoué.
    Parler gaélique dans les rues de la capitale au vu du climat actuel est sans doute une mauvaise idée. Si le langage lui-même n'est pas strictement interdit, il fait toujours partie du mode de vie des Highlands qui est voué à disparaître suite à l'échec de la rébellion Jacobite. Le domaine des Ogilvie s'étend juste au Nord de Perth et Dundee, niché en-dessous des Cairngorms, assez peu au Nord pour que Ciàran ait grandi autant avec l'anglais classique qu'avec son gaélique natal. De fait, ses précepteurs ont toujours voulu lui enseigner le premier bien plus que le second et avec le temps, toute trace d'accent des Highlands a disparu chez iel – mais quand il s'agit de jurer ou quand les émotions reprennent le dessus, c'est le gaélique qui revient.
    Le sang reste sur ses mains.
    Un brouillard épais s'est levé sur la ville et l'humidité ambiante étouffe presque le Selkie qui rêverait de pouvoir s'immerger dans une étendue d'eau, une véritable étendue d'eau, pas cette poix paresseuse qui s'étend dans les rues et transforme les bâtiments en fantômes inquiétants. Fuir. Fuir encore, parce que l'ombre s'approche, l'ombre le suit, iel le sait, iel le sent, c'est comme une voix dans son esprit qui lui crie de fuir et de prendre ses jambes à son cou et de se cacher parce qu'on lea traque encore et toujours et qu'iel ne sera jamais libre jamais en sécurité plus jamais plus jamais ;
    Ses pas l'ont mené face à la paroisse.
    Meadows Kirk. L'église de la prairie. Elle était jolie, la petite église, avec ses vitraux un peu fânés et ses grandes allées poussiéreuses. Ciàran a aimé allumer des dizaines de cierges et se cacher dans son bureau et dire des sermons en lesquels iel ne croyait pas. Iel a aimé presque chaque instant passé dans cette vieille bâtisse, jusqu'à la fin. Jusqu'à la dernière visite d'Aodhan, jusqu'à celle de cet inconnu qui avouait si facilement ses meurtres et enfin celle de l'Autre adoré et de la hache venue leur voler leur scène conjugale.
    L'église a brûlé. Il n'en reste plus qu'un grand squelette noir et branlant qui pourrait presque être angoissant dans la brume alentour ; plus la moindre trace de ceux que le pasteur Tristan Dubh a aidés, de leurs confessions, de leurs petits maux, de leurs problèmes d'argent. Plus rien de tout ça. Plus aucune trace non plus du bureau niché au coin de l'église où iel se réfugiait à la moindre opportunité, s'enroulant dans un fauteuil près du feu pour profiter du silence et de la solitude. Iel aurait pu être heureuxse. Peut-être. Iel ne sait pas trop s'iel en est capable. De toute façon, les jeux sont faits : Tristan Dubh est mort dans les flammes qui ont dévoré Meadows Kirk.

    Les doigts tremblants et ensanglantés de Ciàran effleurent la pierre noircie. Ses pas l'ont mené.e ici à la recherche d'un havre de paix et de sûreté qui n'existe plus. Rêve stupide, espoir vain. Iel ferme les yeux, serre les dents puis les poings, tâche de calmer les battements de son cœur. Il faut juste créer un autre havre, un autre lieu de paix, un autre silence. Ce n'est qu'une question de temps. Tout passe, même ça.
    Absorbé.e dans sa terreur qui refuse de lea quitter, iel n'entend que trop tard le chant et les pas qui l'accompagnent. L'exclamation de breall ort lui échappe et par réflexe, iel plaque une main sur sa bouche – jusqu'à sa fuite sur le bateau de son capitaine, des mots aussi crus lui ont toujours valu de sévères coups de canne pour lui apprendre à parler correctement. De fait, iel ne jure pratiquement jamais et a développé ce langage alambiqué et peu naturel qu'on lui connaît en réaction – mais ce soir, les natures les plus profondes ressortent et avec elles, des mots venus de l'enfance, d'avant les cages.
    « Je ne vous avais pas entendue, » murmure-t-iel avec une certaine appréhension à la silhouette qu'iel distingue à peine. Une femme, à la voix. Une femme ? Seule dehors si longtemps après le couvre-feu ? Peut-être est-elle une fille de la nuit à la recherche d'un client mais si tel est le cas, elle a choisi le mauvais quartier – West Point n'est pas connu pour sa folle vie nocturne. « Je vous prie de pardonner ma surprise. Je ne m'attendais pas à croiser une femme seule à une heure pareille. »
    Iel lève les deux mains, espérant qu'elle ne peut voir le sang qui les recouvre dans l'obscurité, en gage de bonne volonté et de paix. Si elle décidait de voir en iel une menace quelconque et criait à la garde, la situation pourrait rapidement tourner au vinaigre – et ça a déjà été bien trop le cas pour une seule soirée.

    _________________
    avatar
    If I burn, so will you.

    Messages : 461
    Points : 524
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Ben Whishaw
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : Archibald Ferguson, Fionnaghal MacFhiongain, Cyrus M. Holland
    Pseudo : Orphiel

    Taux d'abomination :
    90 / 10090 / 100
    Age : 36 ans
    Métier : Ex-pasteur (Tristan Dubh) / Travailleur.se du sexe (Aelig O'Hayre)
    Pouvoirs : Charisme, beauté naturelle, conteur écouté, danseur de talent, transformation à volonté
    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques, loup de mer, empathie pour les phoques


    "December people are temporary."
    Half my life went by wondering
    if my effervescent nature will bring pestilence,
    and sadness to the ones in my life.
    But today - I realized,
    December people are only temporary when you chain them
    When you give them the wrong material things,
    And expect them to grow Roots.

    Give us December people,
    And you'll find us - the Temporary People,
    Weeping over cities, that we have
    Hardly even lived in at all.
    Anindita Das, Fernweh


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Sheena Matheson le Dim 5 Nov - 13:25

    Calum était parti. Encore. Sheena allait finir par croire qu'il la fuyait, qu'il l'avait emmenée avec lui sur un coup de folie mais qu'à présent il le regrettait. Pourtant elle l'avait prévenu, elle lui avait dit de se méfier, qu'elle lui ferait du mal, qu'elle était difficile à vivre et que de l'épouser c'était épouser un peu de tristesse et de mort. Elle lui avait dit tout ça mais il ne l'avait pas écoutée, il avait vu le reste, ce que Sheena ne voulait pas qu'on regarde. Elle l'avait laissé faire, elle l'avait laissé poser ses grandes mains sur elle, sur son corps, dans son âme. Elle l'avait laissé caresser ses cauchemars. La rassurer la nuit. Essuyer ses larmes sèches.

    Sheena avait fait tout ça, et maintenant que Calum était parti, son corps était froid de vide.

    C'était ça qu'elle chantait ce soir là. Elle chantait son vide intérieur, sa maison trop grande, son corps froid et délaissé. Elle n'avait plus peur, elle avait mal. Mal d'être seule, mal de désirer des choses impossibles, mal de devoir rester là, condamnée à vivre alors que sans Calum, peut-être, elle aurait trouvé la force de mourir.

    Sheena voulait la Mort, elle la souhaitait du plus profond de son être mais elle n'y avait pas droit. La Mort était une vieille amie et les amis ne font pas de mal, n'est-ce pas ? Les vrais amis ne vous veulent pas pour eux seuls, et la Mort laissait Sheena tranquille. La repoussait quand certains soirs la jeune femme l'implorait.

    Ce soir là, Sheena chantait les départs de Calum et les refus de la Mort.

    La voix qui s'éleva la figea sur place comme une somnambule. Elle vit sans le regarder vraiment l'étrange être qui s'agitait devant elle. Peut-être qu'il ne s'agitait pas vraiment mais c'est ainsi qu'elle le ressentait. Iel avait peur.

    Cette sensation électrisa Sheena et la fit revenir à la réalité. Elle entendit les questions. Les compris. Et réalisa à quel point elle s'était mise en danger.

    Instinctivement, elle disparut dans l'ombre. L'autre l'avait vue. Il lui avait parlé. Elle ne pouvait pas s'enfuir si facilement. Lui avait-elle fait du mal ?

    Un souffle de vent balaya quelques nuages et un croissant de lune apparut. A la lueur blanche de la nuit, Sheena devina le visage de son interlocuteur. Le prêtre.

    Elle l'aimait bien, ce prêtre ci. Elle se souvenait de la première fois où elle l'avait vu. Il se tenait au milieu de son autel avec une douceur fascinante. Sheena, dans le fond de l'église, l'écoutait parler. Elle ne faisait pas attention à ce qu'il disait mais à la manière dont il le disait. Avec une voix douce, qui résonnait comme du cristal au milieu de l'édifice. Il le disait sans haine, sans violence, sans colère. Il ne jugeait pas.

    Dieu est Amour, c'est ce qu'on apprenait en premier. Sauf que Sheena, de par sa condition de monstre, et par tout ce qu'elle avait pu voir autour d'elle, avait fini par en douter. Elle s'était condamnée elle même, s'interdisant les lieux saints de peur de les entacher de sa malédiction.

    Mais ce prêtre ci, Sheena l'avait de suite apprécié. Lui était Amour, lui ne la repousserait peut-être pas, lui l'écouterait sans doute.

    Et puis le tueur était arrivé en ville et Calum lui avait interdit de sortir.

    Sheena eut un pincement au coeur en voyant ce qu'il restait de l'église. Elle n'y avait pas fait attention, mais c'était peut-être la présence du prêtre ce soir là, près de ces pierres de cendres, qui lui fit réaliser le Vide qui les unissait. Lui aussi, devait sans doute se sentir seul sans son lieu.

    Alors Sheena décida qu'il ne lui ferait pas de mal, et qu'elle pouvait lui dire une partie de la vérité. Elle s'avança doucement vers lui.

    "Je ne voulais pas vous faire peur. Je ne pensais pas croiser quelqu'un par ici. Le sommeil me fuit, j'avais besoin de marcher."

    Le tueur aurait sorti la même excuse, songea-t-elle, aussi accrocha t-elle à son visage un sourire doux et innocent.

    "Pardonnez moi".

    C'était sans doute le contexte mais sa demande résonna étrangement dans la nuit claire.
    avatar
    Faileas

    Messages : 37
    Points : 81

    Avatar : Sophie Turner
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : non
    Pseudo : Sasha von Eden

    Taux d'abomination :
    50 / 10050 / 100
    Age : 28
    Métier : Assistante corsetière
    Pouvoirs : Pleurs maudits, dépression d'autrui, mutilation forcée
    Inconvénients : Fausses couches à la chaîne, impossibilité de se suicider
    "Il doit ouvrir la porte.
    Il va ouvrir la porte.
    Il ouvre la porte.
    Le vide.

    De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

    Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Ciàran Ogilvie le Sam 11 Nov - 14:56

    Ces chants auraient rendu plus d'un homme fou. Iel en connaissait la tournure et l'intensité, comme s'iel avait déjà entendu de telles plaintes poussées dans la nuit, et les savait capables de créer le désespoir le plus profond dans le cœur de ceux assez insensés pour prêter l'oreille à ces mélodies. Ironique immunité, Ciàran est insensible à ces pouvoirs ravageurs. Comment peut-on rendre fou ciel qui l'est déjà ? Comment peut-on détruire quelque chose qui n'existe pas ?
    Alors iel s'avance doucement, sourit à la Mort aux cheveux roux qui lui fait face. Elle a dans la gorge non pas de l'or mais le goudron noirâtre de la camarde et de ses sbires, le vibrato démoniaque des banshees d'autrefois. Elle recule, cherche à se cacher dans le brouillard, mais de toute manière iel ne la voit pas. D'elle, iel ne discerne que la chevelure, la silhouette, peut-être certains mouvements et surtout, sa voix. Cette voix qui fait écho à celles qui murmurent inlassablement dans sa tête et l'appellent vers l'abîme et se font chaque jour un peu plus convaincantes. Elle est l'incarnation même des démons du faux pasteur.
    Pour cela, un instant durant, iel l'aime avec passion.
    « Vous ne m'avez pas fait peur, » la rassure-t-iel de son éternelle voix si douce, si légère, à peine plus audible qu'un murmure. Iel s'étonne parfois de ce qu'elle n'ait pas été changée par le coup de hache parce que quelque chose dans sa tête, quelque chose dans la zone de son crâne qui a été touchée par le tueur lui dit que tout ce qu'iel dit est différent, que rien n'est plus comme avant. Mais ça, c'est resté pareil. Étrange. « A dire vrai, je craignais de vous avoir effrayée plus que l'inverse. »
    Mais elle ne sait pas. Soit elle ne lea reconnaît pas, soit elle ne sait pas. Pour elle, iel n'est pas un fantôme balafré revenu d'entre les flammes de l'Enfer pour hanter les vivants ; elle ne voit en lui qu'un promeneur nocturne. La chose devrait être effrayante en soi. Une femme raisonnable prendrait ses jambes à son cou, appellerait la garde, lea ferait enfermer. Elle n'en fait rien. Est-ce qu'elle est folle, elle aussi ? Son chant le laisse croire, lui qui résonne si tristement dans les lambeaux de brouillard et qui rebondit sur les pierres de l'église calcinée.
    Elle a quelque chose de familier. Le Selkie ne reconnaîtra jamais ses traits ni sa voix, iel n'en a pas le pouvoir, mais iel connaît les tremblements et les frémissements de ceux qui sont contraints. Iel connaît aussi l'ombre, oh, iel la connaît bien, et iel ne la craint pas. Elle est toute d'ombre vêtue. D'autres en seraient répugnés. Iel pense à Keith et à la sœur de ce dernier, la belle Deborah aux lèvres à jamais scellées et aux mains capables d'imposer le désespoir aux cœurs les plus joyeux. Sont-ils tous de la même eau ? Nés des mêmes flots, emportés par le torrent de la douleur ? Dans tous les cas, Ciàran voit en cette femme soudain murée dans son silence une sœur de tourment et d'emblée, lui accorde un peu d'affection. Autant qu'iel soit encore capable d'en donner.

    « Suivez-moi, » offre Ciàran sans autre forme de préambule à la demoiselle nocturne. Elle peut bien sûr refuser, s'enfuir ; iel n'a certes pas la force de l'en empêcher ni même le désir. Iel enjambe les restes de l'église brûlée, se fraye un chemin parmi l'immense carcasse de pierre, effleure du bout des doigts les squelettes de bois qui jadis étaient des bancs, s'engouffre dans la gorge de cette ruine qu'iel a tant aimée. Le crucifix domine toujours l'autel affaissé mais il se tient courbé, la figure du Christ placée à sécher sur sa croix a à demi fondu et les traits divins se sont faits monstrueux et difformes. Quant au petit bureau où Tristan Dubh se réfugiait autrefois, il n'existe plus, bloqué par des dizaines de débris desquels émane une vague odeur de soufre.
    Le Selkie lève le nez vers le ciel. Enfin, on peut voir les étoiles depuis l'église. Iel s'est toujours demandé pourquoi ces bâtiments n'étaient pas à ciel ouvert ; sûrement cela permettrait de mieux communier avec Dieu, si toutefois celui-ci existe. Quel besoin d'interposer un toit entre les fidèles et celui qu'ils prient ? Mais enfin, les dogmes et les règles des religions l'ont toujours laissé perplexe, celle-ci pas plus qu'une autre.
    Ciàran s'assied sur ce qu'il reste des marches menant à l'autel et tire une cigarette de sous son manteau. L'odeur des herbes vient doucement masquer celle de l'incendie.
    « C'est presque mieux comme ça, » dit-iel sans s'inquiéter de si l'autre l'a suivi et de si elle l'entend. « Pas de fioritures, pas de charabias sacrés en latin de cuisine... J'ai toujours été abominable en latin. Mon... mon plus vieil ami s'arrachait les cheveux à cause de ça. J'imagine qu'il pleurerait sur mon incompétence s'il avait jamais entendu un seul de mes services. Heureusement que mes ouailles ne comprenaient pas vraiment ce que je racontais. » La cendre de la cigarette rejoint celle qui macule le sol. « Tu peux venir chanter ici quand bon te semble. On ne t'y trouvera pas et si on t'entend, on pensera à un fantôme, et tu sais sans doute à quel point les gens ont peur de ce qui n'existe pas. Personne n'imaginera jamais qu'un être de chair et de sang viendrait ici. Et puis, qui sait, peut-être que quelqu'un t'entendra. » Iel pointe le ciel du doigt avant d'esquisser un petit rire nerveux. Rien de tout ça n'a de sens. Les phrases n'ont aucun lien entre elles, les choses ne se déroulent selon aucune mélodie bien suivie. Les derniers événements ont enlevé à Ciàran toute capacité, toute volonté de calmer les frénésies de son esprit pour les rendre compréhensibles au reste du monde. Peu importe, au final. S'iel doit avoir de la compagnie ce soir-là, autant qu'elle sache à quoi s'attendre.

    _________________
    avatar
    If I burn, so will you.

    Messages : 461
    Points : 524
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Ben Whishaw
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : Archibald Ferguson, Fionnaghal MacFhiongain, Cyrus M. Holland
    Pseudo : Orphiel

    Taux d'abomination :
    90 / 10090 / 100
    Age : 36 ans
    Métier : Ex-pasteur (Tristan Dubh) / Travailleur.se du sexe (Aelig O'Hayre)
    Pouvoirs : Charisme, beauté naturelle, conteur écouté, danseur de talent, transformation à volonté
    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques, loup de mer, empathie pour les phoques


    "December people are temporary."
    Half my life went by wondering
    if my effervescent nature will bring pestilence,
    and sadness to the ones in my life.
    But today - I realized,
    December people are only temporary when you chain them
    When you give them the wrong material things,
    And expect them to grow Roots.

    Give us December people,
    And you'll find us - the Temporary People,
    Weeping over cities, that we have
    Hardly even lived in at all.
    Anindita Das, Fernweh


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Sheena Matheson le Sam 11 Nov - 16:32

    Sheena emboîta le pas au prêtre sans trop savoir pourquoi. Elle le regarda allumer une cigarette, et suivit un instant des yeux les volutes de fumée qui montaient vers les étoiles. Il y avait quelque chose de vrai dans cet instant précis, ces quelques secondes volées au temps. Oui, peut-être y avait-il quelqu'un là haut, qui les observait, qui veillaient sur eux, et qui leur offrait cet fragrance de délicatesse.

    Il l'avait autorisée à venir chanter. Sa voix n'avait-elle donc aucun pouvoir sur lui ? Un doute s'insinua dans l'esprit de Sheena. Qui était-il, ou plutôt quel était-il pour être insensible à cette malédiction ? Il avait l'air de savoir, il avait l'air de connaître son secret, ou du moins la possibilité qu'elle ne soit plus tout à fait humaine. L'était-il encore ?

    Sheena haussa les épaules et s'assit près de lui. Pas trop près, pas trop loin, juste assez pour écouter sa petite voix douce s'élever. Cet homme avait une voix qui lui faisait du bien, elle sonnait comme la douceur d'une pluie matinale sur la lande.  

    Quelque chose était en train de se jouer à l'intérieur de Sheena, mais elle n'en avait pas encore conscience.

    "Mon époux me manque."

    A peine ces mots franchirent ses lèvres que Sheena se rendit compte de ce que son chant avait vraiment porté ce soir. Ce n'était pas tant l'absence de Calum qui la faisait souffrir, même si elle aurait adoré être dans ses bras, mais c'était d'être seule. Socialement seule. Calum était son attache sur le monde extérieur, c'était sa raison sociale, après tout c'était lui qui l'avait amenée ici. Alors oui, ce soir, c'était cette fenêtre sur le monde qui lui manquait. Elle avait senti chez le prêtre assis à côté d'elle un étrange étonnement. Elle ne réagissait pas comme elle l'aurait dû. Pas comme une femme de son rang aurait fait. Mais plus le temps passait, plus Sheena oubliait les codes pour redevenir un animal sauvage. Elle ne savait plus faire semblant d'être humaine. Que s'était-il passé ?

    Elle resta songeuse.

    Elle ne croyait plus en son avenir, elle ne voulait plus faire semblant, voilà ce qui s'était passé. Son emploi récent à la corseterie ne lui faisait ni chaud ni froid, pas plus que le tueur qui sévissait au sein de la ville. Sheena voulait partir, elle voulait arrêter de jouer. Les autres ne l'intéressaient pas, elle ne s'intéressait pas et toute cette comédie n'avait aucun sens.

    Elle sursauta en entendant le son de sa propre voix. Elle avait recommencé à chanter. Pire encore, une larme coulait le long de sa joue.

    Sheena la chassa d'un geste vif et se leva brusquement. Ce soir était décidément un soir bien sombre, et elle n'arrivait plus à garder le contrôle. Le prêtre ne semblait pas s'inquiéter de cette mélancolie sombre mais Sheena, dans un reste de compassion, n'avait pas envie de lui faire de mal.
    avatar
    Faileas

    Messages : 37
    Points : 81

    Avatar : Sophie Turner
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : non
    Pseudo : Sasha von Eden

    Taux d'abomination :
    50 / 10050 / 100
    Age : 28
    Métier : Assistante corsetière
    Pouvoirs : Pleurs maudits, dépression d'autrui, mutilation forcée
    Inconvénients : Fausses couches à la chaîne, impossibilité de se suicider
    "Il doit ouvrir la porte.
    Il va ouvrir la porte.
    Il ouvre la porte.
    Le vide.

    De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

    Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Ciàran Ogilvie le Sam 11 Nov - 17:51

    La présence de Sheena à son côté n'est pas désagréable. L'aura de ténèbres et de douleur qui entoure la jeune femme fait écho à celle qui l'habite et la tentation de se laisser porter par les flots est forte, trop forte peut-être, assez forte pour qu'iel veuille lui résister. Son esprit de contradiction est peut-être ce qui sauvera le Selkie : lorsque tout lui intime d'abandonner, de baisser les bras, d'accepter sa souffrance et de s'y complaire, iel ne peut que refuser.
    Iel offre une cigarette à sa compagne. Autrefois, iel lui aurait proposé un thé et quelques biscuits, se serait enroulé.e dans le grand fauteuil près de la cheminée, aurait poussé une pile de livres pour permettre à la jeune femme de s'asseoir. Leur conversation aurait eu lieu dans le petit bureau éclairé seulement par l'âtre et leurs murmures n'auraient été interrompus que par les craquements des bûches dans la cheminée.
    Ciàran lève à nouveau le regard vers le ciel. Les étoiles sont troubles, masquées par des nuages, baignées d'une lumière qu'iel devine être celle de la lune. Ça fait longtemps qu'il ne s'est pas arrêté pour simplement regarder la beauté de la nature. Il le faisait souvent, avant. L'habitude d'enlacer les arbres, de grimper jusqu'à leur sommet, de se rouler dans les feuilles mortes ne l'a pas quitté avec l'enfance ; iel a conservé son amour des grands espaces jusque tard dans sa vie. Mais depuis peu, rien n'a plus d'intérêt, rien n'a plus d'importance. Pas même un grand lac entouré de saules pleureurs dans lequel on pourrait aller se baigner à la lumière dorée du crépuscule.

    Son mari lui manquait.
    Il y avait d'autres choses derrière cette simple phrase. Ciàran n'était pas bon juge de caractère et ne s'aventurait plus à analyser les paroles d'autrui, plus maintenant qu'il avait quitté l'église, mais ça, iel le comprenait. C'était plus que le manque de l'autre. C'était tout ce qu'il y avait derrière, tout ce que cela englobait. Des choses différentes peut-être, des choses qu'iel ne pouvait comprendre ; iel pouvait cependant comprendre l'ensemble de ce tourment. L'Autre éternel absent et les miriades de douleurs qu'il apporte – rien de cela ne lui était étranger.
    Alors iel fut à peine surpris lorsqu'elle se leva, une larme au coin de l'oeil et le chant au bord des lèvres. Ciàran les sent, les poignards qui traversent son cœur, les millions de petites douleurs qui viennent déchirer son estomac et jouer avec ses entrailles et serrer sa gorge. Des éclats de verre fichés dans l'eau de ses yeux, dans les parois internes de son corps, créant d'infinitésimales déchirures par lesquelles s'écoulent les larmes qu'iel ne sait plus verser – iel sent tout cela et le ressent profondément. Mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas différent de ce qui lui étreint l'âme lors des soirs les plus longs passés à craindre sa propre ombre.
    « Je comprends, » murmure doucement le Selkie. « Mais les gens comme nous – on n'a pas vraiment le choix de la solitude, pas vrai ? » Iel juge mal les gens mais sait tout de même reconnaître une âme similaire quand il en voit une. Sait reconnaître les gestes théâtraux qui trahissent l'habitude forcenée de dissimuler sa vraie nature, de prétendre être ce qu'on n'est pas. La courbure du dos qui indique la contrainte, la liberté volée, la liberté offerte. Tout cela lui est familier. Iel espère seulement ne pas se tromper.
    « Et pourtant, on n'est pas vraiment seuls. Tu as un mari. Il n'est pas là, mais il est à toi. Et pour quelques heures, tu m'as moi. » Iel se lève, s'avance vers elle d'un pas encore un peu chancelant. Les événements de la soirée ont été refoulés à l'arrière de son esprit et le traumatisme ne prendra toute son ampleur que bien plus tard mais tout est toujours là, en attente, suffisamment fort pour faire trembler ses jambes. Et puis, bien sûr, il y a la balafre sur son visage ; celle qui amène avec elle les migraines et les frémissements et les pertes de mémoire et les chutes. Pas important. Pas pour l'instant. « Je m'appelle Ciàran. J'étais pasteur, avant. Je suis pas grand-chose, maintenant. Mais si tu as besoin d'une oreille pour t'écouter, ça, je l'ai toujours. »
    Ecouter les malheurs d'autrui pour noyer les siens – cette technique avait toujours fait son effet. Il était si facile d'oublier qu'on souffrait lorsqu'il fallait venir en aide à autrui, porter une autre personne à bout de bras jusqu'à s'en briser l'échine. C'était encore une fuite, une énième fuite en avant vers une destruction assurée, mais au moins la fuite paraissait productive.

    _________________
    avatar
    If I burn, so will you.

    Messages : 461
    Points : 524
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Ben Whishaw
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : Archibald Ferguson, Fionnaghal MacFhiongain, Cyrus M. Holland
    Pseudo : Orphiel

    Taux d'abomination :
    90 / 10090 / 100
    Age : 36 ans
    Métier : Ex-pasteur (Tristan Dubh) / Travailleur.se du sexe (Aelig O'Hayre)
    Pouvoirs : Charisme, beauté naturelle, conteur écouté, danseur de talent, transformation à volonté
    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques, loup de mer, empathie pour les phoques


    "December people are temporary."
    Half my life went by wondering
    if my effervescent nature will bring pestilence,
    and sadness to the ones in my life.
    But today - I realized,
    December people are only temporary when you chain them
    When you give them the wrong material things,
    And expect them to grow Roots.

    Give us December people,
    And you'll find us - the Temporary People,
    Weeping over cities, that we have
    Hardly even lived in at all.
    Anindita Das, Fernweh


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Sheena Matheson le Sam 11 Nov - 18:16

    Sheena revint s'assoir près de lui dans un bruissement de tissus. Elle défit sa longue natte et laissa ses cheveux serpenter en cascades folles le long de ses épaules. En ce soir étrange, elle voulait être elle, elle voulait être libre. Elle n'avait de toute façon plus la force de faire semblant.

    "Je suis Sheena. Merci pour tout ce que tu fais là, maintenant."

    Elle se tut. Merci pour le sentiment d'existence, merci pour la conversation, merci pour ne pas l'avoir repoussée, merci pour ce qui allait suivre et ce qui ne suivrait pas.

    "Mon mari me rend vivante et humaine. J'ai besoin de lui plus que je ne devrais. Il faut que je trouve autre chose, je ne peux pas continuer à m'éteindre dès qu'il part, il est si souvent absent..."

    Calum lui avait réappris à être avec les autres, à bien se comporter, à sourire, à oser parler aux autres même si c'est pour parler de rien. Quand il partait, Sheena restait seule, comme une poupée sans fil, sans volonté propre. Comment avoir une quelconque volonté quand le premier souhait était de mourir ?

    "J'aurais pu être mère. Peut-être que ça m'aurait sauvé. Ou peut-être est-ce mieux ainsi, qui sait, je les aurais sans doute tuer à force de chanter le soir. Comme les autres..."

    Sheena vit dans l'obscurité se dessiner les ombres des morts qu'elle avait semées, mais elle n'était pas triste. Elle réfléchissait.

    "S'Il existe, Lui ou un Autre, alors ni toi ni moi ne sommes là par hasard. Notre nature même a une raison d'être. Dans ce cas pourquoi créer une créature capable de faire mourir les gens de désespoir ? A quoi je sers ?"

    Sheena osa pour la première fois regarder Ciràran droit dans les yeux, à la lueur de sa cigarette. Elle voulait comprendre. Toutes les questions qu'elle n'avait pas pu lui poser à l'Eglise ressurgissaient maintenant. Pourquoi.

    "Je ne serai jamais comme les autres femmes. Je ne saurai pas recevoir, discuter des derniers ragots, toutes les petites histoires des gens que je ne connais pas ne m'intéressent pas. Si Calum ne m'avait pas prévenue pour le tueur qui rôde je ne l'aurais sans doute jamais su à moins de l'avoir eu sur le pas de ma porte. Et même là, je n'aurais pas compris."


    Elle se tut de nouveau.

    "Mais je ne peux m'empêcher de me demander si les gens de la ville savent que j'existe, probablement pas. J'espère que non. Je n'ai pas envie qu'ils se souviennent de moi".

    Était-ce vrai ? Sheena ne savait le dire. Peut-être qu'elle désirait au contraire être reconnue mais cela aurait signifier faire semblant devant plus de personnes, plus souvent. Beaucoup trop de fatigue.

    "Je ne vais pas te prendre ton temps, Ciàran. Mais toi, j'apprécierais te revoir. Cela fait longtemps que je n'ai pas eu envie de me lier à quelqu'un. J'espère que tu comprends."
    avatar
    Faileas

    Messages : 37
    Points : 81

    Avatar : Sophie Turner
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : non
    Pseudo : Sasha von Eden

    Taux d'abomination :
    50 / 10050 / 100
    Age : 28
    Métier : Assistante corsetière
    Pouvoirs : Pleurs maudits, dépression d'autrui, mutilation forcée
    Inconvénients : Fausses couches à la chaîne, impossibilité de se suicider
    "Il doit ouvrir la porte.
    Il va ouvrir la porte.
    Il ouvre la porte.
    Le vide.

    De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

    Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Ciàran Ogilvie le Sam 11 Nov - 18:50

    Sheena.
    Pourquoi Ciàran lui a-t-iel donné son véritable nom ? Ils sont bien peu nombreux à le connaître. Même des amis proches, des frères de cœur, des amants et maîtresses ignorent ce prénom avec lequel iel est né. Pas qu'iel le déteste, plus maintenant, mais c'est un secret trop grand à révéler – parce qu'un nom s'associe toujours au patronyme et que le sien implique beaucoup trop de questions. Mais elle n'en pose pas. Elle offre son nom en retour et parle, parle enfin plus que quelques mots, et déverse sa sincérité qu'iel devine fort rare en échange d'une vérité dont elle ne connaît même pas le poids.
    « Je connais l'Absence et je sais ce que c'est de s'éteindre quand l'autre n'est pas là, » murmure-t-iel en réponse. « Prends de mon temps tout ce que tu désires, tout ce dont tu as besoin. Il est libre et je n'ai d'autres plans pour ce soir que me morfondre. C'est une activité qui peut se pratiquer à plusieurs. »
    Son sourire se fait ironique, empli d'une auto-dérision qui frôle la haine de soi, et iel écrase la cigarette finie. Elle veut partir et iel ne la retiendra pas si c'est ce qu'elle désire – mais iel devine qu'elle cherche seulement à fuir sa propre honnêteté. Iel fait ça souvent, iel aussi. « Nous sommes déjà liés, Sheena. Tu m'as dit ta vérité, je t'ai dit un peu de la mienne. Crois-moi, c'est déjà plus que ce que j'offre à beaucoup de gens. » Iel se roule en boule, comme toujours, et pose son menton sur ses genoux ramenés contre iel. Ses yeux pâles cherchent ceux de Sheena qu'iel n'a croisés qu'une fois, sans les trouver – ce n'est pas grave. Les regards n'ont d'importance que celle qu'on leur donne. Ciàran n'aime pas regarder les gens dans les yeux, la plupart du temps, et préfère à cette forme de politesse incompréhensible celle d'un regard qui dévie vers d'autres choses plus importantes.
    Le ciel, peut-être, ou la terre et les Enfers qu'elle est censée abriter.
    « Je ne crois pas en Dieu. » Un aveu dangereux, surtout pour un ancien pasteur. Iel ne craint cependant pas la réaction de Sheena. Trop de vérités ont déjà été dites pour se soucier d'une autre lâchée comme si elle ne comptait pas. « Mais s'il nous a faits, alors oui, il y a une raison. Il a fait les banshees pour annoncer la mort parce qu'il est plus facile de craindre quelque chose de tangible plutôt que le seul concept du décès. Ton existence et celle des gens comme toi aident le monde à diriger ses craintes vers quelque chose de compréhensible. À donner une cause à ses tourments. Le rôle n'est pas facile mais c'est le tien, il faut bien le jouer. »
    Et toi, Selkie, quelle est ta place dans la machination surnaturelle organisée par une divinité quelconque, si elle existe ? Quelle est ta place, à toi qui es bien plus monstre qu'humain, dont seul l'aspect extérieur te rapproche des autres qui vivent à Edimbourg ? Ciàran a croisé plus d'un monstre dans sa vie, certains qui l'étaient par le sang, comme Sheena et George et Siomon et Uisdean et Keith, d'autres par leurs actions. Ces derniers étaient bien les seuls à mériter une quelconque opprobre à son avis, mais là n'était pas le sujet. Aucun d'entre eux n'était aussi inhumain qu'un Selkie pouvait l'être. Parce qu'un Selkie avait pour véritable apparence celle d'un pinnipède, parce qu'ils étaient plus phoques qu'humains. Peut-être que les autres ne le vivaient pas ainsi, peut-être que cette impression n'était pas partagée. Ciàran ne connaissait pas beaucoup d'autres de son héritage, à l'exception de sa famille – et celle-ci était assez tourmentée de bien des manières pour ne pouvoir servir de référence – et d'Aodhan. Aodhan qui avait disparu et qui devait lea croire mort.e. Aodhan qui certainement ne se voyait pas comme un être humain mais bien comme un monstre.
    Ciàran laisse échapper un soupir et laisse son regard naviguer sur les ruines de cette petite église sur laquelle iel a régné. Un temps, pas plus. Juste le temps de se souvenir pourquoi iel n'aimait pas avoir du pouvoir. Pas parce qu'il corrompt. Iel n'a pas besoin d'être corrompu.e, c'est bon pour les gens qui ont une âme et l'église s'accorde à dire que les animaux n'en ont pas. Non, c'est juste – trop de responsabilité, trop d'espoirs à sustenter, d'affection à offrir. Ciàran se rend compte qu'iel n'a plus grand-chose à offrir à qui que ce soit. Pas comme ça en tous cas.
    « Ne pas être comme les autres n'est pas un crime. N'est pas un mal. Je ne serai jamais un homme. Même pas un homme comme les autres, juste jamais un homme. Jamais une femme non plus. Je ne serai jamais un mari, un père, un grand-père, je peine à être un frère. Mais toi comme moi, nous sommes des personnes à part entière. Tu n'as pas besoin de ton mari pour exister. La preuve, tu es là. Tu es là, devant moi, et tu existes. Et j'existe aussi. Et ceux qu'on aime s'en vont et reviennent comme les vagues de la mer et nous, on reste. Pourquoi tu restes, Sheena ? Tu pourrais partir. Tu pourrais le suivre. Tu pourrais te construire une vie ailleurs. Tu as le choix. » Le choix que je n'ai pas, pense-t-iel avec amertume, le bout de ses doigts effleurant sa poitrine à l'endroit où est caché le fétiche. Le choix dont iel ne veut pas. Ne veut plus. C'est parfois si facile d'offrir son obéissance à quelqu'un et de respecter ses ordres, de n'être plus qu'un pantin dirigé par un marionnettiste auquel on ne pourra jamais échapper ; ça ne demande aucun effort, aucune douleur. On peut sans mal se cacher derrière l'excuse de l'ordre, de l'absence de choix, de la liberté brimée. Mais ce n'est qu'une excuse. Ce n'est jamais qu'une excuse.

    _________________
    avatar
    If I burn, so will you.

    Messages : 461
    Points : 524
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Ben Whishaw
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : Archibald Ferguson, Fionnaghal MacFhiongain, Cyrus M. Holland
    Pseudo : Orphiel

    Taux d'abomination :
    90 / 10090 / 100
    Age : 36 ans
    Métier : Ex-pasteur (Tristan Dubh) / Travailleur.se du sexe (Aelig O'Hayre)
    Pouvoirs : Charisme, beauté naturelle, conteur écouté, danseur de talent, transformation à volonté
    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques, loup de mer, empathie pour les phoques


    "December people are temporary."
    Half my life went by wondering
    if my effervescent nature will bring pestilence,
    and sadness to the ones in my life.
    But today - I realized,
    December people are only temporary when you chain them
    When you give them the wrong material things,
    And expect them to grow Roots.

    Give us December people,
    And you'll find us - the Temporary People,
    Weeping over cities, that we have
    Hardly even lived in at all.
    Anindita Das, Fernweh


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Sheena Matheson le Mer 15 Nov - 15:26

    "Tu as le choix".

    Ciàran avait sourit cette réponse comme une évidence. Sheena se demanda un instant si elle devait lui dire la vérité à propos de Calum. La vérité qu'elle connaissait, bien qu'elle en devinait une autre, sous les silences de son époux. Le pacte qu'ils avaient passés tous les deux. Comme à chaque fois qu'elle ne savait pas si elle devait dire la vérité ou se taire, Sheena avoua un entre deux, choisissant ses mots.

    "Je n'ai pas autant le choix qu tu le penses. Je suis liée à Calum, je lui ai promis de ne pas l'abandonner. Cette ville est importante pour lui, elle doit le devenir pour moi."

    Elle n'avait pas menti. Elle était sincère. Elle ignorait ce qui liait véritablement son mari à Edimbourg, tout ce qu'elle savait c'était cette promesse qu'elle avait dû lui faire. Ne pas les abandonner, ni lui, ni la maison.

    "De toute façon je n'ai pas d'autre endroit où aller. Je ne peux pas retourner d'où je viens, j'y ai fait trop de mal. Et je ne sais pas si j'aurais envie de revoir des lieux où des souvenirs terribles sont suspendus. Quant à partir, ça ne servirait à rien. Les problèmes que je rencontre ici, je les retrouverai ailleurs. Au contraire, être dans une ville me permet d'être invisible. Et c'est peut-être égoïste mais au moins, tant que le tueur rôde, ce n'est pas moi qu'on montre du doigt."

    Elle se tut et observa Ciàran. Elle se demandait ce qu'il était réellement. Mais elle garda la question pour elle, elle ne voulait pas l'embêter avec ça. Et puis, ce n'était pas la nature de son compagnon de nuit qui était importante ou qui remettrait en cause leur lien. Non, ce qui les unissait ce depuis ce soir était quelque chose de plus pur, plus simple.

    Ils étaient en résonance.
    avatar
    Faileas

    Messages : 37
    Points : 81

    Avatar : Sophie Turner
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : non
    Pseudo : Sasha von Eden

    Taux d'abomination :
    50 / 10050 / 100
    Age : 28
    Métier : Assistante corsetière
    Pouvoirs : Pleurs maudits, dépression d'autrui, mutilation forcée
    Inconvénients : Fausses couches à la chaîne, impossibilité de se suicider
    "Il doit ouvrir la porte.
    Il va ouvrir la porte.
    Il ouvre la porte.
    Le vide.

    De l'autre côté de la porte, là où est parti Dieu, ce n'est que du ciel à perte de vue. Un ciel sans terre. Un monde déchiré. Le souvenir s'arrête ici.

    Nota bene : "Scelle tes charmes" Qui a prononcé ces paroles et que signifient-elles ?"



    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Re: Guth binn a' ruith tro an cluaisean | Sheena

    Message par Ciàran Ogilvie Hier à 20:32

    Une promesse. Iel lui parle de choix et de liberté, elle répond avec quelque chose d'aussi vide et vain qu'une simple promesse. Les promesses ne sont que des mots et si, dans un univers parfait, on les suivrait toujours à la lettre et on les tiendrait jusque devant l'Eternel, la réalité des choses veut qu'une parole flottante ou un silence lourd de sens n'aient aucun poids. Ciàran sent bien la sincérité de la jeune femme et le feu qu'elle met dans ses mots, la ferveur qu'elle a à asséner la valeur de ce serment, mais iel ne peut le respecter. Ne peut le comprendre. Pas quand pour iel, la liberté ne tient – littéralement – qu'à un fil, un fil de cuir enroulé autour d'un poignet qui peut un jour se faire destructeur.
    « Tu ne connais rien de l'absence de choix, » souffle-t-iel sans méchanceté. « C'est un silence qui te tient prisonnière, rien de plus. Pour d'autres, pour moi, ce sont des pouvoirs ancestraux, c'est notre vie et notre intégrité qui est en jeu. Tu es libre, plus libre que tu ne le crois. Serment ou pas. »
    Une partie de Ciàran voudrait hurler, voudrait la secouer, lui dire qu'elle ne comprend pas, qu'elle ne peut pas comprendre, qu'elle ne comprendra jamais. Lui crier de s'en aller, de prendre le large et de ne jamais revenir, de partir chasser des rêves dont elle n'a elle-même pas encore conscience. Qu'elle aille donc se mettre en quête de son bonheur puisqu'il n'est pas dans l'abandon, qu'elle le traque avec une hache à la main s'il le faut. Elle, elle le peut. Elle ne risque pas sa véritable forme et son âme en quittant Edimbourg.
    Bien sûr, iel ne dira rien. Conservera cet aspect calme et posé, ce sourire doux, ces yeux qui fixent le vague comme s'ils pouvaient y distinguer les volutes d'un rêve depuis longtemps évanoui. L'orage gronde à l'intérieur. Il n'a pas encore le droit de sortir.
    « Mais tu as raison. Ici, on est invisibles. Invisibles au monde entier. » Iel s'arrête un instant, l'air absorbé dans une réflexion des plus profondes. Pendant longtemps, iel a cru vouloir être le centre de l'attention, s'est attaché.e aux scènes de théâtre et aux chambres enfumées de bordel où mille hommes venaient lea courtiser, s'est drapé.e des étoffes les plus précieuses et des maquillages les plus extravagants pour qu'on lea regarde. Pour quel résultat ? Pour venir pleurer par une nuit sans lune au creux des décombres d'une église avec pour seule compagne une dame mortuaire ? Hé bien, beau résultat, Ciàran. « La mort cache bien des péchés. Toi, tu peux chanter dans le brouillard, tu ne risques que ta vie. Moi... moi, je peux porter mes cheveux longs et rougir mes lèvres. Qui se préoccupe des monstres quand une créature bien réelle vient hanter les rues ? Il faut bien que ça ait des avantages. »
    Iel parle presque pour lui-même seulement, incapable de rester tout à fait concentré.e sur Sheena. Le sang bat à ses tempes et lui rappelle dans la douleur que la rencontre entre la hache et son crâne est encore fraîche, qu'iel a sans doute quitté l'hôpital trop tôt, qu'iel ne retrouvera jamais vraiment la vue, l'odorat, l'usage de ses mains, la paix... Mais ce soir, ça n'a pas d'importance. Ce soir, il n'y a plus qu'eux, la banshee des temps anciens et son ombre Selkie aux yeux voilés de souffrance.
    « Tu ne devrais pas rentrer seule chez toi. Je t'offrirais bien d'appeler un garde pour toi mais... » Iel lève les mains, lui montre le sang qui les recouvre. « Je crains fort que ce soit une mauvaise idée. »

    _________________
    avatar
    If I burn, so will you.

    Messages : 461
    Points : 524
    Ta tête Par défaut
    Avatar : Ben Whishaw
    Crédit : Orphiel
    Multicompte : Archibald Ferguson, Fionnaghal MacFhiongain, Cyrus M. Holland
    Pseudo : Orphiel

    Taux d'abomination :
    90 / 10090 / 100
    Age : 36 ans
    Métier : Ex-pasteur (Tristan Dubh) / Travailleur.se du sexe (Aelig O'Hayre)
    Pouvoirs : Charisme, beauté naturelle, conteur écouté, danseur de talent, transformation à volonté
    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques, loup de mer, empathie pour les phoques


    "December people are temporary."
    Half my life went by wondering
    if my effervescent nature will bring pestilence,
    and sadness to the ones in my life.
    But today - I realized,
    December people are only temporary when you chain them
    When you give them the wrong material things,
    And expect them to grow Roots.

    Give us December people,
    And you'll find us - the Temporary People,
    Weeping over cities, that we have
    Hardly even lived in at all.
    Anindita Das, Fernweh


    Voir le profil de l'utilisateur

    Revenir en haut Aller en bas

    Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

    - Sujets similaires

     
    Permission de ce forum:
    Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum