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  • I put a spell on you | Bastian | 18+

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    I put a spell on you | Bastian | 18+

    Message par Ciàran Ogilvie le Dim 29 Oct - 21:13

    16 octobre 1761

    Ombres et lumières. Fard noir autour des yeux, pour en rehausser la couleur, rouge sang sur les lèvres, faux diamants dans le cou qui attirent le regard sur la courbe de l'épaule. La sensation du corset qui se referme arrache un sourire au papillon de nuit. Cette étreinte-là est plus agréable que celles qu'iel offrira ce soir, plus simple, plus intime ; iel ne l'échangerait pour rien au monde. La montre se glisse entre son sein et les baleines rigides, ses tics et ses tacs assourdis par l'étoffe. Les cheveux, encore trop courts pour être coiffés en hauteur, sont laissés libres autour du visage.
    Pour ce visage et cette chute de rein, un homme est mort il y a près de vingt ans. Un ecclésiastique, un homme de bien à la soixantaine bien sonnée, qui a voulu offrir à une chimère un rêve qu'il était seul à partager. Ciàran s'appelait alors Kassandra Stravinsky et celle-ci est morte assassinée par l'amant enragé qui s'est ensuite suicidé sous le coup de la détresse.
    Il n'y aura pas de ça aux Sonnettes. Cette fois, iel fera attention. Les clients réguliers ont leurs avantages, ils payent bien, sont généralement propres, sont faciles à satisfaire. On les connaît vite et on reconnaît leurs désirs avant même qu'ils ne les formulent. La prostitution est un art, un métier véritable, qui demande une bonne connaissance des humains. Aucune de ces fillettes forcées par une taulière insatiable à ouvrir leurs jambes pour des inconnus ne saura jamais effectuer ce travail comme il se doit. Elles méritent sans doute mieux que ça.
    Là, en-bas, on s'enjaille, on boit, on se tâte. Des hommes chargés de la sécurité veillent sur le bordel et le bien-être des filles, étudient l'outillage des nouveaux arrivants pour vérifier l'absence de toute trace de maladie. Ça n'est pas propre, ça n'est pas bien rangé, ça n'est pas moral, et c'est absolument parfait.
    Le champagne et le vin coulent à flots. Certaines des filles se soûlent pour oublier où elles sont, ce qu'elles font, qu'elles auront bientôt un vit au creux de la gorge dont elles ne veulent pas. D'autres manipulent leurs clients avec un art que Ciàran admire, les invitant à payer pour plus d'alcool, plus, toujours plus. Celles-là, pas de doute que la Delë les aime bien. Elles font bien leur boulot.
    Ciàran aussi.

    Un quart d'heure à peine et le Selkie est assis.e sur les genoux d'un inconnu, la main baladeuse, lui offrant des baisers entre deux verres de vin. Le gentleman parle déjà en mots bafouillés et hasardeux, il est ivre, si ivre qu'il n'arrivera sans doute pas à la lever. Parfait. Les clients ravagés par l'alcool sont les meilleurs. Ils tombent dans un sommeil éthylique bienheureux avant d'avoir pu se défroquer et on peut empocher tout leur argent sans avoir à rien faire d'autre que les dépouiller de leurs culottes et s'installer nu à côté d'eux avec un bon livre. Un peu de persuasion et, à leur réveil, ils sont certains d'avoir passé la meilleure nuit de leur vie.
    « Goûte ce pinot noir, chéri, » susurre Ciàran à l'oreille de sa proie du soir. « On me dit parfois qu'il a le même goût que mes lèvres. » L'autre rit, ensorcelé et à demi mort déjà ; s'exécute. Ses yeux sont couverts d'un voile d'ivresse et brillent de désir. Comme ça lui a manqué, ce regard des hommes, cette faiblesse de la chair avide de caresses. Il est plus facile de se sentir en vie lorsqu'on est désiré.
    La main droite commence à trembler. Le Selkie la retire de sa niche brûlante sous prétexte de tourmenter son client, dépose des baisers dans son cou pour compenser. Ses doigts tremblent, tremblent, tremblent, et iel doit fermer les yeux pour combattre la douleur qui s'étend de son œil droit jusque loin dans son crâne. Les lumières l'assaillent et lea tourmentent. Au moins, l'autre est trop détruit par le vin pour avoir remarqué la cicatrice et le regard asymétrique.
    Le tremblement se propage jusqu'à l'épaule, devient impossible à cacher.
    « Je nous rapporte une bouteille pleine, chéri, » murmure-t-iel au creux de l'oreille du gentleman. « Attends-moi sagement... »
    Ne pas vaciller. Ne pas montrer de faiblesse. Une bouffée de paranoïa étreint sa gorge et lea pousse à observer les alentours, à chercher le couteau qui ne manquera pas de se planter dans son dos. Les filles n'aiment pas la concurrence, les nouvelles, et elles ne t'aimeront forcément pas puisque tu portes le nom de la taulière, Aelig O'Hayre, puisque tu te fais passer pour son frère, puisque tu es plus beau et plus expérimentée qu'elles, elles te haïssent forcément, elles vont empoisonner ton eau et couper tes orteils.
    Les dents serrées, Ciàran s'appuie sur le comptoir, murmure sa commande d'une autre bouteille de pinot. Peut-être que Delë ne le verra pas.
    Comme une odeur de cendres et de métal dans l'air, une odeur qui lui est familière. La hache lui a pourtant enlevé la possibilité de sentir les odeurs, la seule chose qui lui permettait encore de reconnaître les gens puisqu'iel ne voit pas leurs visages. Ses dents se serrent un peu plus et accentuent la douleur qui déchire son crâne. L'odeur se fait celle de l'opium et Ciàran se prend à rêver de laudanum, de noyer la douleur dans l'esprit de pavot, ne serait-ce que pour un temps.
    Odeur familière.
    C'est presque comique, dans un genre ironique et douloureux. Il y a l'homme auquel iel a offert sa véritable peau et qui a trop tardé à venir lea retrouver et celui à qui iel a donné un mensonge qui se présente beaucoup trop tôt. Dix ans plus tard, presque, et trop tôt malgré tout.
    Ciàran ne peut pas distinguer les visages mais iel connaît bien cette silhouette, cette démarche, qu'iel voit à peine à travers les voiles fuligineux qui dansent devant ses yeux. Dix ans.

    Le Selkie n'est pas de ceux qui se cachent, qui reculent, qui demandent pardon. La meilleure des défenses est l'attaque. Bouteille en main, iel s'approche de Bastian Lacroix, d'un de ses plus grands mensonges, et lui décoche un sourire qui n'atteint pas son regard. Peut-être qu'iel se trompe, peut-être que c'est juste quelqu'un à la silhouette similaire, que cette bouffée d'odeur n'avait rien à voir avec sa venue. Peut-être que tout ça n'est qu'une hallucination. Difficile de savoir ce qui est réel lorsque son crâne tout entier pulse d'une douleur lancinante. Peu importe. Attaquer, mordre comme un chien enragé avant d'être frappé.e.
    « Toi ici, » susurre le Selkie avant de lui tendre la bouteille ouverte. « Quelle... surprise. Bonne ou mauvaise, je sais pas encore, mais je m'attendais pas à ça. Si tu es venu noyer tes péchés, tu as choisi la mauvaise ville. »
    Menace voilée ou avertissement amical, la phrase se finit sur un sourire presque doux. Et qu'on boive aux anciens amis qui se retrouvent, qu'on boive avant que l'orage n'éclate.

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    Re: I put a spell on you | Bastian | 18+

    Message par Bastian Lacroix le Lun 30 Oct - 23:17

    Hate Or Glory ✝️ Souffle.

    Le soupire qui fleure encore la cendre et la fumée, la bouffée d'air pourtant éloignée depuis quelques jours déjà de la moindre obsession médicamenteuse. Avec ou sans opium, Bastian traine une odeur de mort avec lui, amante maudite qui le poursuit jalousement, l'agrippe jusqu'à le voir étouffer dans cette même odeur métallique de feu éteint, de brasier essoufflé.
    Paris est loin, la belle. Maternelle cité qui l'a vomit, a trainé sa langue sur une réputation déjà salie par des frasques parentales. L'héritier Lacroix a de qui tenir et tous le savaient empoisonné par les mêmes vices que sa mère. Un rejeton diablement beau, toxique jusqu'à ses tréfonds.
    C'est dans ses penchants les plus cachés qu'il laissait la seule sincérité qu'il connaissait s'exprimer. Facile, il est facile de s'avouer la vérité dans une chambre close, dans une maison close, entre des jambes ouvertes, offertes. S'avouer n'a rien d'aisé, dire à tout va ce qui fait courber l'échine d'un puissant, ce n'est jamais simple. Une faiblesse, une faille, une seule brèche. La seule permise. Le plaisir mutin pour les coups, les bleus, la trace méritée.

    La douleur.

    Les premiers émois de cet ordre dataient de dix ans ou presque. Mais la douceur tragique de la chair ravagée sous le cuir restait en mémoire. Chaque étreinte de la matière semblait gravée à jamais. Les marques trainaient sur sa peau quelques jours seulement. La scène demeurait impérissable, une fragile fleur du mal conservée sous verre, souvenir d'un instant à souffrir par plaisir. A dire encore chaque fois qu'une limite se brisait.
    Jeune parisien déjà, Bastian avait connu les affres amoureux et leur frustration. Leur salope de frustration. Il soupire à nouveau, songeant à ses excès mal perçus, à cette laisse imaginaire qu'il se devait de porter pour contenir ses envies, ses pulsions. Les rues d'Edimbourg ne connaissent rien de ses préférences, ignorent presque tout des habitudes atroces du jeune Lacroix. La nuit pourtant juge déjà. C'est un regard qu'il lève avec dégout vers ce ciel qui semble le condamner avant même ses fautes, déité étrange qui devine ce qu'il veut, ce qu'il attend tellement.
    Ses pupilles deviennent presque absentes, les yeux dans le vide. Il déambule, mécanique, jusqu'aux tréfonds de la ville. Sous ses mèches, il serre les dents, questionne ce dieu absent en s'arrachant quelques questions. Si le divin existe, pourquoi avoir créé pareille perversion? S'il existe, pourquoi lui avoir injecté ce vice addictif? Si Dieu existe, pourquoi n'est-Il pas ici?

    Et s'il n'existe pas?

    Dernière question qui justifie le moindre agissement, de la gifle provoquant un sourire jusqu'au meurtre avide. Tout est justifié si personne ne peut punir. Tout est justifié si la punition devient si douce.
    Il crachote ses poumons, ravale un souffle difficile avant une inspiration fissurée. La grisaille rester au fond de ses poumons le maintient dans sa constante crise, dans cette respiration erratique qui le saisit parfois. Il a repris un visage neutre avant d'entrer dans l'endroit.
    Charnelle. L'appel irresistible de la chair. Du sang pour les plus offrants. Les tissus sont froissés, les hanches aussi. A droite, une blonde glousse pour amuser son invité. A gauche, une rousse gronde un client malavisé. Le tableau serait parfait avec lui au centre, royal, altier, à mordre un cou dévêtu, effleuré une robe trop longue. Il y trouverait presque une place attitrée tant les bordels lui sont devenus familiers. Son paradis artificiel personnel.

    Mais Dieu existe.

    Et le punit autrement puisque les frappes ne lui déplaisent plus. Sadique latent, il craque les âmes égarées entre ses phalanges d'une manière insoupçonnée. Loin de tout Paris et pourtant une voix familière lui fend le tympan.  Un semblant de femme, garçon au féminin, ou l'inverse, peu importe. La présence est bien au dessus de ça, bien en avance sur l'époque à la manière de Bastian et ses idées révolutionnaires sur la politique libérale.

    "Je n'ai rien à noyer, sinon mon ennui."

    Le verre se blottit sous ses doigts, brûle entre ses phalanges rageuses. Une pulsion dévorante l'envahit jusqu'au fond de la trachée, y faisant grimper une vindicative envie de mordre au sang sa compagnie dévêtue. La bouteille manquerait presque de se fissurer sous la prise, se vide dans la trachée cendrée du parisien.

    "Ici, je suis blanc comme neige."

    Anonyme dans la foule, sans visage, sans nom. Il reste ce presque marquis sadique, cette figure au sommet des inégalités sociales. Mais il n'a pour seul vice qu'un égocentrisme transpirant autour de lui. Ni fiancée que la mort a étreint, ni bassesses qu'on lui prête sans preuves. Edimbourg le connaît comme un simple continental excentrique. Rien qui pourrait scandaliser la cité jusqu'à ses tréfonds crades.
    Innocent, pourtant, il n'en a que le masque. Même son parfum semble faire planer la faucheuse auprès de lui et lui laisse une salive amère qu'il ne manquera pas de partager à une blonde ou deux. Son attention est dévouée à Kassandra qu'il dévisage impassiblement. Un frisson se terre dans sa moelle alors qu'il avale le courage d'un alcool pas assez français à son goût.
    Les manières des bordels ne tardent plus à s'immiscer à nouveau dans chacun de ses muscles. Lent, nocif, il se baisse auprès de la belle, crache à voix basse sa réplique, soupirant sous ses mèches noires après ce premier coup bas.

    "Tu peux en dire autant, Kassandra?"

    Un sourire mutin saisit sa commissure, ficelle imaginaire menant le pantin à forcer un rictus narquois.

    C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent.


    HJ:
    Pardon, je pensais poster ça plus tôt et que ce soit un poil plus long. Je tâcherais de me rattraper au prochain post, ma caille.

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    Re: I put a spell on you | Bastian | 18+

    Message par Ciàran Ogilvie le Mar 31 Oct - 12:31

    La silhouette de Bastian palpite comme une flamme de bougie soufflée par des vents contraires. Pas une grimace, pas un signe de douleur sur le visage du pasteur fait hétaïre et pourtant déjà ses maux floutent sa vision, donnent une aura étrange au monde et en brouillent les contours. Ça n'a pas d'importance. Peut-être est-ce même un avantage, au final, que de pouvoir faire abstraction d'un décor devenu vague pour se concentrer sur l'interlocuteur du soir.
    Les souvenirs de Paris reviennent au milieu de la tourmente migraineuse. Souvenirs de cuir et de métal, de chambres décorées pour ressembler à l'Enfer, d'hommes à genoux et au dos strié de rouge, de fines aiguilles disposées avec art. Souvenirs de suppliques et de cris sauvages, de soie ravagée, de baisers au goût d'acide. J'étais heureuxse alors, pense le Selkie naïf et aveugle à ses propres souffrances.
    Certains disent de Paris qu'elle est la ville la plus romantique du monde, propre aux élans amoureux et aux idylles printanières. Dans un autre monde et un autre temps, Ciàran aurait peut-être compris, peut-être vu autre chose des boyaux infâmes de la capitale française que leur immondice, leur saleté, leur puanteur. Paris est belle, belle comme une salope goulue qui dévore les plus faibles et les vomit changés, transformés pour toujours. Bastian est une sorte d'exception. Il est arrivé à l'Abbaye à peine plus qu'un enfant, déjà pervers pourtant. S'il manquait alors d'expérience, il avait déjà dans le regard cette petite lueur qu'on reconnaissait facilement chez ceux que les démons avaient clamés comme leurs. Le Selkie supposait qu'il l'arborait depuis la naissance.
    « Aujourd'hui, je m'appelle Aelig, » murmure-t-iel à l'oreille de l'autre.

    Petit ange et démon des bas-fonds.
    L'un presque marquis et l'autre enfant de comte. Ciàran se remémore mille moments partagés avec cet autre disciple du vice, mille secrets appris dans les alcôves de l'Abbaye et au-dehors, et déforme ses traits d'un sourire guère plus naturel que celui de Bastian.
    Une main gantée d'une mitaine en dentelle fine se dresse, effleure la commissure des lèvres du petit français, en dessine le rictus. À défaut de voir avec les yeux, on peut voir avec les doigts. Ceux du Selkie s'égarent un instant, tracent le contour de la mâchoire qui a pris des reliefs plus adultes, la ligne du nez, la texture des joues et puis soudain s'enfoncent, saisissent le menton avec fermeté, plantent les griffes dans la chair de ce visage d'enfant éternel.
    « Blanc comme neige, toi ? Tu n'es pas si bon acteur que ça, » souffle-t-iel, sa bouche effleurant la ligne du cou de Bastian, juste au-dessus de la carotide où le sang pulse si fort, où la chair est si chaude. « Crois-moi – ici, le passé vient bien vite te rattraper. Après tout, j'étais pasteur jusqu'au mois dernier. »
    Secret de polichinelle qu'il finira bien par apprendre. Ciàran lui offre quelques miettes d'emprise, de faux-semblant, une minute pour penser qu'il tient quelque chose sur iel. Il en sait assez sur son passé pour faire vaciller le piédestal au pied d'argile que le Selkie s'est créé mais bien sûr... bien sûr, il n'est pas question de le laisser voir qu'il a du pouvoir. C'est là tout le jeu, tout l'art de cette profession mille fois exercée. Laisser croire qu'on domine, qu'on tient les rênes, quand on est en vérité esclave du bon vouloir d'un autre. Un mot suffit pour tout faire cesser.
    Reste à espérer – pour son bien – que Bastian le connaît.

    Ciàran s'éloigne d'un pas, relâche sa prise d'oiseau de proie sur le visage de l'ancien ami. Sa douleur refuse de se stabiliser, de s'apaiser ; noyée dans les pans de sa jupe de satin, la main gauche tremble toujours frénétiquement. Oui, l'autre pourrait bien révéler sur iel des secrets qui auraient tout intérêt à le rester. On croirait facilement un Lacroix venu raconter que ce joli papillon de nuit au genre ambigu ne se contente pas des pires perversités et a jadis tué un homme, l'a éventré pour avoir osé vouloir l'épouser. Une sombre histoire de château en Charente... trois personnes au monde sont seules à savoir ce qui s'est réellement passé. La tenancière de l'Abbaye, dont la parole est inébranlable et qui a juré de garder le secret ; un Autre haï et désiré qui possède mille autres moyens de lea faire choir et enfin, Bastian.
    Quelle naïveté que de lui avoir parlé.
    Mais il pourra bien raconter ce qu'il veut, l'oiseau de mauvais augure tout de noir paré, parce que le tueur a offert le meilleur alibi possible à Tristan Dubh et Aelig O'Hayre : un alibi en forme de cicatrice qui coupe en deux son visage, voile un de ses yeux, déchire son crâne d'une douleur sans fin. Le sang que Ciàran a sur les mains n'a pas été versé à Edimbourg. Pas encore. Il faudra que ça suffise.
    Pas question de montrer sa peur, en tous cas. Pas question de laisser l'autre sentir les battements de cœur qui accélèrent, les frissons qui lui parcourent la chair. Il ne connaît qu'un nom et une histoire, il n'a aucun moyen de le prouver. Aucun. N'est-ce pas ?
    « Je gage que tu n'es pas venu converser avec une vieille connaissance autour d'un verre de vin, » susurre-t-iel en français, un français parfait quoique teinté d'un accent indéfinissable attrapé au milieu d'années d'errances. « Je m'en voudrais de... d'endommager ta soirée. Ta bourse est encore bien pleine ; va donc la vider et si d'aventure il te reste des griefs, tu sauras où me trouver. »
    Les jeux de bordel ont des règles bien précises et jouant sur son propre territoire, le Selkie a bien l'intention d'en profiter. Quitte à devoir faire face à un fantôme du passé en possession de savoirs qui pourraient bien détruire son nouvel empire, Ciàran est bien décidé.e à le faire payer. Sa terreur présente vaut bien quelques espèces sonnantes et trébuchantes.

    HJ:
    La même petit chat, j'aurais voulu faire plus long et moins inégal ; j'espère que ça t'ira !

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    Re: I put a spell on you | Bastian | 18+

    Message par Bastian Lacroix le Lun 20 Nov - 1:51

    Hate Or Glory ✝️ Aelig.

    A nouveau jour, nouveau mensonge. Iel avait ce don de transfigurer son identité au gré de voyages, de fuites. Iel devenait tout autre dès que l'envie lui prenait, un oiseau faiblard changeant de nid pour échapper à une cage. Ou changeant de cage pour échapper à un nid familial. Un reflet de rage adolescente peut-être, un reflet similaire dans lequel Bast s'entrevoyait, apercevait ce fractal de liberté soutenu par des cordes. S'emprisonner pour se sentir libre. Cruelle, assassine, douce vérité.
    Son regard lui échappe, esquive la discussion sur cette brève seconde où l'acteur quitte son rôle. Un souvenir sénile, la frêle caresse de la douleur qui revient à sa mémoire. Hérésie de l'époque, pourtant la seule ébauche de religion à laquelle il aurait pu se plier. Fais-moi supplier.
    Des griffes revenant se planter dans une nuque blafarde. Le renégat parisien a frôlé cette succube sans nom qu'on appellera bientôt sadisme. Aimer ce jeu de rôle obscène, à s'éprendre du moindre toucher, frissonner dans l'attente d'un coup plus fort, trembler quand il ne s'agit que d'une caresse délicate. La tragédie de ne pas avoir été suffisamment battu, bafoué, renié. Les conneries qui s'enchaînaient, les gifles qui ne venaient pas. Sans doute que ses parents auraient dû y voir un semblant de problème. Mais personne n'aurait soupçonné les penchants vicieux d'un héritier gamin. Pas avant sa seizième année et ses premiers émois claquant au rythme du cuir frappé.

    Six ans déjà.

    Les années lui ont montré ses talents, découvrant des dons insoupçonnés qu'il avait pour faire le mal et pour le faire bien. Un sourire et il agace, énerve, enrage. Il les ferait tous grogner.
    Salive déglutie en revenant au sujet de la discussion, haussant un discret rictus de politesse quand à la remarque si bien tournée d'Aelig. Bastian voit là un défi acceptable. Acteur, ce terme lui va si bien. Mais même les aveugles ne pourraient le croire immaculé. Les canines moqueuses d'un sale gosse et ce timbre de voix propre aux narcissiques de sa condition. Pour Aelig, le premier rôle des Lacroix est transparent, sans le moindre masque. Ironie que voilà, ils sont tous deux là à cacher plus que quelques années perdues.
    Il cherche, le scélérat, lit dans chaque mot, chaque ton, chaque expression les noires pensées qu'iel a. Penchant la tête, lentement, chien incompréhensif au flair perdu, le crâne tombant doucement sur le côté alors que le parfum abrasif lui fait perdre la piste. Il ne trouve pas la faille, pas encore. Il se fige en contemplation, écoutant à moitié le sens des dires de l'autre, préférant y chercher un sens caché, une manière détournée de se débarrasser de lui. Le maintien altier revient, le vin au fond de la trachée aussi. Regard froid, doux pourtant, il se pose sur l'oiseau sans cage en souriant derrière ses cernes. Il crache ses diableries avant de lea laisser filer trop loin.

    "Me dirais-tu non?"

    Il cherche, non plus la faille mais la merde. Le fantôme joueur songe à la fortune et n'y voit que du temps acheter. Des heures payées. Sa putain remboursée. L'argent ne vaut rien pour lui, les titres ne valent rien, les gens ne valent rien. Personne ne vaut plus rien aujourd'hui.

    "Ne me tourne pas le dos, Liggy chéri-e. Je suis certain que je peux te faire oublier le gamin navrant que j'étais. J'ai gagné en conversation ces dernières années. Mes discours ont pris de la longueur, et de l'expérience. Et je ne parle pas que de mes bourses pour une fois."

    Il sourit, le diable hors de sa boîte, fend un soupire de son rire le plus gamin.

    "Je me retiendrais de te rappeler que le vin est traité avec plus d'égard que les rois à Paris. Je ne refuse donc jamais un verre."

    Il tend pourtant la bouteille déjà amputée d'une part de son précieux liquide, la rend à son-sa propriétaire en la forçant entre ses doigts. Forcer, voilà son meilleur talent. Le trait, les choses, un sourire, il sait mentir, est dressé pour souffrir. Et c'est avec l'élégance d'un marquis qu'il presse un pouce sur le carmin des lèvres du selkie, feignant une douceur amicale en lui relevant la tête d'un mouvement de phalanges.

    "Le rouge te va si bien. Un magnifique rouge assassin, c'est tellement toi. J'ai hâte de l'écouter me parler des heures de ces exploits que tu as dû accomplir depuis toutes ces années. Tu sais, je n'ai jamais pu t'oublier."

    Ni toi, ni tes cadavres passés.

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