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  • (TRISTAN#2) Dois-je avouer ce que je cache ?

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    (TRISTAN#2) Dois-je avouer ce que je cache ?

    Message par Aodhan Leòdeach le Dim 10 Sep - 19:52

    Tristan & Aodhan
    Écoute mon serment, Écoute ma prière
    Je suis si creux dedans Et j'ai tant de colère
    Je ne sais plus d'où je viens
    La culpabilité fait partie du quotidien d’Aodhan Leòdeach. C’est quelque chose de bien triste à dire et pourtant de douloureusement vrai : Sineag en a bien pris soin. Il est toujours coupable, ce pauvre petit Aodh, c’est toujours lui est en tort. Elle le murmure encore à son oreille dès qu’il ose en avoir le moindre doute. Parfois il l’accepte, parfois il lutte. Il est complexe de déterminer quel comportement est le meilleur. Le plus abominable, pour lui, c’est de ne jamais avoir la véritable version des faits. Il sait qu’il déforme les événements, il sait que ses souvenirs sont tordus mais il lui est pourtant toujours impossible de vérifier, ou de croire ce qu’on lui dit.
    Il n’a pas souvenir d’avoir tué Sineag.
    Les petites d’Alisdair non plus.
    Il ne se souvient de rien, lorsqu’il s’agit de ses crises de violence dont on a pu lui parler.
    Ses trois ans en prison sont un véritable gruyère.
    Il n’arrive pas à croire que, jusqu’à ce jour, il n’ai jamais essayé de tuer Siomon.
    Il n’en sait rien.
    Il s’impose parfois des vérités par simple besoin de quelque chose de stable sur lequel se poser. Oui, il a vu mourir Sineag. Non, il ne l’a pas vu mourir. Cela dépend des jours, de la nécessité dans le contexte et, surtout, de sa capacité à gérer sa propre culpabilité. Ce qu’il nie toujours, cependant, c’est d’avoir quelque chose dans la tête qui ne tourne pas rond. Il n’est pas fou. Il est stable ou du moins, il peut l’être. Il en est persuadé.

    Jusqu’à ces derniers jours. Il y a un souvenir terrible qui le hante, et qu’il n’arrive pas à effacer, malgré tous ses efforts. Il en cauchemarde. Une nouvelle forme de cauchemar, inédite dans le cycle jusque là stable de ses névroses nocturnes. Sineag le torture à ce sujet. Il n’en peut plus. Il a besoin de quelque chose, et il sait ce qu’est ce quelque chose : une confession. Il faut qu’il confesse son problème, son acte, quel qu’il soit, même si sa gorge se serre de plus en plus souvent et que les mots tardent de plus en plus à venir. Ils doivent sortir, quels qu’ils soient. Il a toujours eu besoin de cela pour aller bien. Aodhan le Pieux, toujours à se réfugier à l’église au moindre problème. Le seul endroit où il pouvait espérer se libérer de Sineag… Les pasteurs, au cours de sa vie, ont toujours représenté une forme de protection, voire de salut.
    Maintenant, c’est au tour de Tristan de tenir ce rôle.
    Plusieurs fois, déjà, qu’il visite l’individu. Devant celui qui oserait lui poser la question – il n’y a personne de la sorte – il assure que c’est pour le surveiller. Il est la clef pour Siomon. S’il le guette, alors il le verra forcément. Il ne lui a toujours pas promis de ne pas le tuer. Il ne lui a pas promis de le faire non plus. Il n’a rien dit, il ne sait pas quoi dire. Et puis, aussi, il a de moins en moins envie de voir la tristesse éclaircir encore davantage les yeux du pasteur. Il voudrait être pardonné, accepté par cet homme. Lui ressembler, peut-être, un peu plus. Il n’acceptera pas, même à Sineag, d’avouer ce genre de pensée. Il le surveille.
    Il ne lui fait pas confiance.
    Il ne fait confiance à personne.
    Et pourtant il se réfugie dans sa paroisse quand le doute survient, il toque à sa porte lorsque les tremblements de ses mains deviennent incontrôlables et, dès qu’il le voit, c’est pour se jeter à ses pieds.
    « Mon père ! »
    Lorsqu’il l’appelle comme ça, ce n’est jamais pour lui parler de choses badines. S’il l’appelle comme ça, c’est qu’il a besoin d’un pasteur, plus d’un ami.
    « Bénissez-moi, mon Père, par pitié, car j'ai péché.  »
    Et lorsque ces mots passent ces lèvres, c’est bien plus qu’un pasteur qu’il cherche. C’est Dieu, le pardon et, surtout, la promesse que rien ne sera dit aux autorités. Il ne veut pas retourner en prison.
    « Je confesse à Dieu Tout-Puissant que j'ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Je vous en prie, écoutez ma confession. »
    Les yeux qu’il lève vers lui fuient jusqu’au dernier moment la confrontation avec le regard de Tristan.
    Oh, pitié, qu’on lui pardonne.

    Parce que lui n’arrive pas à pardonner le sang sur ses mains, l’excitation dans son coeur et ce quelque chose, dans le creux de son ventre, qui lui crie qu’il a fait quelque chose d’abominable. 
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    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau / Loup de mer / Tendances Artistiques / Trouble de déficit de l’attention / Empathie exacerbée pour les phoques

    La Vie est triomphante et l'Idéal est mort,
    Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe,
    Le cheval enivré du vainqueur broie et mord
    Nos frères, qui du moins tombèrent avec grâce.


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    Re: (TRISTAN#2) Dois-je avouer ce que je cache ?

    Message par Ciàran Ogilvie le Lun 11 Sep - 19:22





    Dois-je avouer ce que je cache ?

    Tristan Dubh & Aodhan Leòdeach

    To love means loving the unlovable. To forgive means pardoning the unpardonable. Faith means believing the unbelievable. Hope means hoping when everything seems hopeless.






    Il semblait que l'église se faisait plus sombre à chaque jour qui passait, comme un odieux présage du sang qui y serait bientôt versé – ou peut-être l'atmosphère reflétait-elle seulement l'humeur toujours plus amère du faux pasteur.
    On ne s'y attardait plus tellement, dans la petite église du bout de la rue, toujours poussiéreuse et remplie de cierges. On l'évitait presque si on le pouvait, parce que ce qui avait jadis été un lieu de douceur et de joie simple devenait toujours un peu moins amical, un peu moins hospitalier, et le sourire du pasteur s'effaçait pour laisser place à une tristesse que peu savaient supporter. Les services autrefois peuplés par tous les bas-fonds de la ville, par tous les menus criminels et les vauriens de la région, souvent pleins à craquer se vidaient. Il n'était plus nécessaire de trouver de chaises supplémentaires pour accueillir tout le monde. Bientôt, les bancs du fond ne seraient plus remplis non plus.
    Personne n'aurait su dire la raison de cette désertion. Certains disaient qu'il faisait plus froid que d'ordinaire, d'autres, peut-être plus sensibles, parlaient du sourire du pasteur et de l'ombre dans son regard. Quelques-uns se voulaient prophètes et évoquaient l'aura du mal qui s'approchait lentement des murs de pierre.
    Peut-être était-ce dans la logique des choses qu'Aodhan Leodeach vînt chercher son pardon dans la paroisse maudite.

    Ils s'étaient revus plusieurs fois. Les premières retrouvailles avaient été difficiles, Ciaran ayant difficilement digéré la dernière remarque de son frère Selkie – mais bien sûr, il avait pardonné. Il pardonnait toujours. N'était-ce pas le travail d'un pasteur ? Et puis malgré les batailles et les désillusions, malgré l'enfer qu'il avait fixé à plusieurs reprises, il gardait ce ridicule petit cœur plein d'amour et de lumière. Qu'importait le nombre de démons qu'il croisait, il refusait toujours de croire à leur existence et s'attachait à trouver la bonté en chacun. Même en ce frère Selkie qui avait été le dernier d'une longue série à lui briser le cœur.
    Ciaran ne regrettait pas un instant d'avoir pardonné à Aodhan. Le temps passant, il en était venu à considérer l'imprimeur comme un ami ; le genre d'ami qui l'oublierait au premier changement du vent mais qui pour le moment avait besoin de lui. Alors il était là, le faux pasteur, il offrait le pardon, la consolation, ses mots doux et doctes, la sagesse d'une jeune vie avec déjà bien trop d'expérience. Il tâchait d'offrir à cet ami un peu de sa lumière, un peu de son calme. Un peu de bonheur et d'apaisement. Mais l'autre était un puits sans fond, un trou noir qui avalait et avalait toujours plus, et Ciaran ne s'en rendait pas compte. Quand bien même... sans doute ne s'en préoccuperait-il pas.
    L'autre l'appelait mon père. Il ne le faisait que lorsque quelque chose n'allait pas, lorsqu'il cherchait en Ciaran une figure religieuse, presque mystique plus qu'un ami. Il ne le voyait pas, pas vraiment. Pas dans ces moments-là, en tous cas. Le voile de sa douleur l'empêchait de regarder le pasteur et de discerner le mensonge, l'hypocrisie de cette soutane qu'il n'avait pas mérité. Ciaran n'avait jamais démenti, n'avait jamais essayé de lui dire ce qu'il était réellement, de lui ouvrir les yeux. Il savait mieux que beaucoup l'importance de certaines illusions – et il avait un peu peur de la réaction d'Aodhan si ce dernier devait apprendre qu'il n'avait pas en face de lui un homme de Dieu mais un humain qui se foutait bien de pêcher.
    De toute façon, c'était son travail. Prétendre être ce qu'il n'était pas, c'était son travail depuis longtemps, depuis qu'il avait pris les routes et le nom de Lelio pour parcourir la France en costume d'Arlequin. Le théâtre était devenu une passion, une seconde nature. Même si certains rôles étaient plus douloureux que d'autres.

    « Bénissez-moi, mon Père, par pitié, car j'ai péché. »
    Moi aussi, voulait répondre Ciaran. À chaque fois. Mais il connaissait son texte et il l'avait récité assez de fois pour ne plus avoir besoin d'un souffleur.
    « Que le Seigneur soit dans ton cœur et sur tes lèvres et que tu confesses tes péchés avec vérité et humilité : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen. » La phrase servait surtout à assurer aux fidèles que rien ne serait répété aux autorités ou à quiconque. La promesse était bien superflue puisque Ciaran n'aurait pu aller voir les gardes de la ville sans se mettre lui-même en danger mais il en comprenait suffisamment le sens et la nécessité psychologique pour certains. Pour Aodhan plus que pour bien d'autres. Il ne voulait pas retourner en prison et le faux pasteur s'assurerait que ce ne serait jamais le cas, tant qu'il le pourrait.
    D'un geste de la main, il offrit à l'autre Selkie de s'asseoir à son côté, sur un banc près de l'autel. L'église était déserte à cette heure et ils avaient pour seule compagnie celle du Christ en croix qui promenait son regard vide sur les allées de l'église. Le type qui sèche, l'appelait parfois Ciaran pour lui-même.
    « Qu'as-tu fait, Aodhan ? » murmura-t-il avec douceur.


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    "December people are temporary."
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    and sadness to the ones in my life.
    But today - I realized,
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    Re: (TRISTAN#2) Dois-je avouer ce que je cache ?

    Message par Aodhan Leòdeach le Sam 23 Sep - 10:06

    Tristan & Aodhan
    Écoute mon serment, Écoute ma prière
    Je suis si creux dedans Et j'ai tant de colère
    Je ne sais plus d'où je viens
    Aodhan ne se relève pas. Il compte bien rester à genoux devant lui, devant Tristan, c’est tout ce qu’il mérite. Il ne peut supporter l’idée de se mettre à son niveau tout comme, parfois, il n’osait pas lever les yeux vers Sineag. Quelque chose le forçait à la soumission, quelque chose qui le soulageait profondément, dès qu’il offrait sa volonté et son libre-arbitre à qui que ce soit de plus élevé que lui. Il se hait pour cela, méprise l’entièreté de sa cervelle quand il s’abandonne à quelqu’un qui n’est pas Sineag. C’est si facile pourtant, si reposant. Et Dieu sait qu’Aodhan a besoin de repos. Parfois, un instant seulement, que les engrenages de sa tête arrêtent de tourner dans le vide, de pédaler à toute allure dans une spirale interminable et pourtant toujours de plus en plus étroite. C’est à se demander s’il arrêtera un jour de sombrer.
    Il ne se relève donc pas, les genoux toujours au sol, dans cette position du pénitent qu’il connaît si bien. Il aurait du être catholique, le petit Aodh. On lui aurait pardonné en quelques phrases, on lui aurait demandé de donner de l’argent à l’église, et autres inepties, et on lui aurait assuré le salut. Mais oui tu iras au Paradis. Mais oui, Dieu nous pardonne tous tant que nous regrettons. Sauf que non, pas chez lui. Tu es né coupable, mon petit Aodh, et ça, tu le sais bien. Et ça, Sineag te l’a bien souvent répété. Quel monstre tu es depuis ta naissance.
    Il réussit cependant à regarder Tristan, il se force à affronter son regard, comme un début de punition, déjà. Il ignore ce que le pasteur voit de lui. Il n’a aucune conscience de l’impression qu’il peut donner, ce qu’on peut penser de lui. Il est persuadé que l’on peut voir l’horreur dans son âme et se fustige simultanément d’un tel orgueil.
    À la question de Tristan, il n’a pas vraiment de réponse.

    « Je ne sais pas. »
    L’aveu, le premier de toute une longue liste, est peut-être le plus difficile à sortir. Les mots sortis, soudain, il se sent trembler, et ses mains se joignent comme pour prier. Les ongles, déjà, s’enfoncent. « Je ne sais pas du tout, mon Père. » Tiens le regard, Aodhan, tiens-le. C’est la chose que tu dois faire, tout en avouant ce qui t’obsède et te torture depuis des jours. « Il y a quelque chose qui se passe en moi, et je ne sais pas ce qu’il s’est passé. J’oublie des choses. Une soirée, surtout, j’ai oublié une soirée entière et je me suis réveillé chez moi et- » Il s’arrête, suffoque, des yeux paniqués regardant autour d’eux, vérifie qu’aucune petite vieille ne viendra les déranger cette fois. Juste un peu, il détache son regard de Tristan, retient ses larmes, rassemble son courage. Puis il revient, affronte de nouveau ces immenses miroirs clairs qui le fascinent depuis des semaines maintenant. « Je me suis réveillé, et j’étais plein de sang. » Il suffoque. « Je n’étais pas blessé. Je ne sais pas à qui il était. J’étais plein de sang, mon Père, et je crois que… je pense que... » Est-ce que c’est lui, qui fait toutes ces horreurs, depuis des mois, dans Édimbourg ? À quel point a-t-il oublié ? Il oublie depuis des années, Aodhan, des choses entières qui disparaissent de sa mémoire, et qu’il croit revoir en rêve, lorsqu’il s’éveille en sueur et en pleurs. « Je pense que c’est de ma faute, et que j’ai fait quelque chose de terrible. » Il murmure à présent, dans un souffle tremblant, espérant peut-être que Tristan lui-même n’entende pas. « Ce ne serait pas la première fois, mais d’habitude je m’en souviens, plus ou moins, mais je m’en souviens. Je ne sais pas si je peux… Je n’arrive pas à m’en souvenir. » Il fronce les sourcils à présent, légèrement, dans une grimace contractée familière. « C’est juste là, au bord de ma mémoire, et pourtant, ça file entre mes doigts. » Des doigts tremblants et paniqués qui tracent inlassablement de nouvelles traces d’ongles dans la peau.
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    Re: (TRISTAN#2) Dois-je avouer ce que je cache ?

    Message par Ciàran Ogilvie le Dim 24 Sep - 15:44

    Je ne sais pas.
    Il connaît ça, Tristan, il sait ce que c'est de perdre des pans entiers de sa vie et de se demander si ce dont on se souvient est un rêve ou une réalité. Si, par le plus grand des hasards, on n'a pas imaginé tout ce qui vient de se passer. La première fois qu'il l'a vécu, c'était au matin d'une nuit sanglante et brûlante, passée d'abord dans les tripes d'un homme qu'il avait cru aimer puis dans les bras d'un autre qu'il avait pensé haïr. Lorsque les gardes l'ont trouvé errant dans les rues d'Aberdeen, nu et couvert de fluides corporels divers, il n'a pas su quoi leur dire. Il n'a pas su leur expliquer ce qui lui était arrivé, leur demander de l'aide, et il a fini là où finissent tous ceux qui oublient.
    À l'asile.
    « Il y a quelque chose qui se passe en moi, et je ne sais pas ce qu’il s’est passé. J’oublie des choses. Une soirée, surtout, j’ai oublié une soirée entière et je me suis réveillé chez moi et-... Je me suis réveillé, et j’étais plein de sang. Je n’étais pas blessé. Je ne sais pas à qui il était. J’étais plein de sang, mon Père, et je crois que… je pense que... »
    Son expérience de la chose le pousse à une compassion plus grande encore que d'ordinaire pour son frère Selkie. Il n'aime pas le voir ainsi, agenouillé devant lui comme s'il détenait une quelconque autorité, un quelconque pouvoir... Tristan n'a rien de tout ça, il n'en veut pas, il n'en voudra jamais. Ce serait facile de retourner chez les Ogilvie et de reprendre ce qui lui revient de droit, la noblesse du titre et la richesse du nom, mais son opinion de la chose n'a pas changé depuis des années qu'il a fui le Castel Angus. Elle ne changera sans doute jamais.
    Alors il s'agenouille face à Aodhan et glisse doucement sa main sur la joue du frère Selkie, y essuie les larmes, force un sourire sur son propre visage. L'autre parle de sang, de mort, de choses terribles, comme s'il espérait trouver en face un jugement et une condamnation de ses actes. Comme s'il espérait recevoir le bâton qu'il pense mériter. Ça aussi, Tristan connaît bien.
    « Tu penses que tu as tué, » murmure-t-il avec douceur. Et ce ne serait pas la première fois. Le cœur du Selkie se pince, non par déception ou par colère mais parce qu'il s'attendait à ça, qu'il espérait avoir tort. Il a vu la violence derrière le masque d'Aodhan dès le premier jour, dans la façon dont il se tordait les mains et fuyait les regards, dans sa permanente nervosité à la cause parfois indiscernable. Ce genre de violence a besoin de s'exprimer, de sortir. Tristan a trouvé certains moyens plus agréables que le meurtre pour exorciser ses démons et sa rage – il doute que ces méthodes fonctionnent pour Aodhan. L'autre n'a pas l'air de quelqu'un qui saurait savourer une étreinte féroce à sa juste valeur.

    Il laisse passer un instant de silence, la main toujours posée sur la joue de celui qui partage son sang monstrueux. Est-ce inhérent à leur condition de Selkie, cette violence qui refuse de les quitter ? Est-ce dû à la vulnérabilité causée par leur peau ? Ils sont similaires et si différents – l'un a offert son bien le plus cher en une promesse inavouée, l'autre a été contraint de l'abandonner – mais ils connaissent tous deux cet état de soumission sans retour possible. Ils savaient tous les deux ce que c'était d'appartenir à quelqu'un qu'ils haïssaient, à quelqu'un qui leur avait volé leur liberté. L'idée que Siomon puisse faire une chose pareille retournait l'estomac de Tristan mais une fois de plus, il ne connaissait pas toute l'histoire, ne connaissait pas l'autre version. Peut-être y avait-il une bonne raison.
    Il en doutait.
    « Relève-toi, Aodhan. Ce n'est pas un endroit pour parler de ce genre de choses. On va aller dans mon bureau, boire un thé chaud, discuter. » Tout en parlant, il pousse doucement l'autre homme à se relever, le tire avec gentillesse en direction du petit bureau où ils ont conversé la première fois et les suivantes. Tristan a bien l'intention de garder le secret de la confession mais le risque est présent, à parler ainsi en plein milieu de la nef, qu'une esgourde mal intentionnée en vienne à capter des bribes de paroles qu'elle répétera alors à qui voudra l'entendre. Ce serait fort déplaisant.
    « De quoi est-ce que tu te souviens ? Quel est ton dernier souvenir avant le néant, le premier qui le suit ? Peut-être peut-on reconstruire ce qui s'est passé. Peut-être que tu n'as rien fait de mal, peut-être que si. Dans les deux cas, il est inutile de paniquer avant de savoir. » Il marque un temps, lève le regard vers le type qui sèche. Je sais que tu désapprouves mes méthodes. Je m'en fiche complètement. « Si ce genre de choses t'arrive fréquemment, peut-être que tu ne devrais pas vivre seul. Que tu devrais trouver un endroit sûr, vivre avec quelqu'un de confiance, qui pourra s'assurer qu'il ne t'arrive rien. Pas... pas un asile. Ne va jamais là-bas. Quoi qu'il arrive, ne les laisse jamais t'emmener là-bas. »
    Il n'a pas voulu être aussi intense dans ses paroles, il n'a pas voulu laisser sa voix trembler, mais la mémoire est une chose terrible qui parfois intervient dans les moments les plus inappropriés. Le flash d'une pièce toute blanche et d'un lit avec des sangles de cuir lui revient, embrumant son regard pendant un instant, crispant tout son corps. Plus jamais ça. Ni pour lui, pour personne d'autre.

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