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  • TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

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    TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Aodhan Leòdeach le Sam 15 Juil - 21:59


       
    Aodhan Leòdeach & Tristan Dubh
    Tell me now of the very souls that look alike, look alike
    Do you know the stranglehold covering their eyes?
    If I call on every soul in the land on the move
    Tell me if I'll ever know a blessing in disguise
    Aodhan a fini par le retrouver. Tristan Dubh, pasteur et maître de sa peau. Aodhan n’est pas un bon pisteur, il n’est pas un bon détective non plus, retrouver quelqu’un simplement avec un nom et une profession est complexe pour lui. Surtout que, contrairement à ce qu’il avait pu dire, Tristan n’officiait pas à côté de la prison. Personne ne le connaissait dans les alentours. Aodhan avait rôdé ainsi, des jours, des semaines, dans l’espoir maigre de voir réapparaître la figure de l’homme jadis aimé. Depuis sa libération, les deux hommes s’étaient recroisés, en de rares occasions. A chaque fois, Tristan venait à lui. Il ne lui demandait pas grand-chose. Nulle noyade, aucune ingurgitation forcée de phoque, il semblait surtout jouir de son pouvoir sur lui, tâtant ses limites, l’obligeant à répondre à des questions, plus indiscrètes les unes que les autres. Rougissant, il lui a dévoilé les détails les plus intimes et les plus sombres de sa vie. Chaque secret, un à un, s’est trouvé éventré et étalé au grand jour, sous le sourire satisfait de son maître. Parfois, Aodhan se surprend encore à l’apprécier, voire à le respecter, trompé par son amabilité et son assurance. On lui répète qu’on ne lui veut aucun mal. Qu’on veut garder sa peau en sécurité. Cela n’empêche pas le jeune imprimeur d’être tétanisé à sa simple vue.
    Cela ne l’empêche pas, non plus, de chercher, inlassablement, la tanière du loup. Adohan est lent, et certainement pas des plus malins, mais il a l’opiniâtreté de l’obstination. Incapable de comprendre le fonctionnement de Tristan, ou de relever les indices de son identité, le Selkie visite juste, une par une, chaque paroisse de la ville, jusqu’à trouver, enfin, celle de Tristan Dubh.

    La peur fait partie du quotidien d’Aodh, c’est un reptile lent et mesquin qui se niche derrière chacune de ses actions, en précipite certaines, en avorte d’autres. C’est elle qui l’immobilise devant l’église, le fait douter. Il ne sait pas ce qu’il fait ici. Il n’a aucune idée de ce qu’il se passera une fois qu’il aura passé cette porte. Confronter Tristan ? Le tuer ? Retourner toute l’église à la recherche de sa peau ? Elle est sûrement chez lui, pas dans son église. Interroger le voisinage ? Trouver sa maison ? Aodhan sait qu’il n’arrive jamais à rien lorsqu’il réfléchit. Réfléchir, pour lui, ne mène à rien. Seul l’instinct, l’impulsion étrange qui le subjugue parfois, lui permet de réussir quoi que ce soit. Et l’instinct le pousse cette fois-ci à ouvrir la porte du bâtiment et à s’y glisser, en silence. Les oreilles en alerte, il surprend tous les bruits qui habitent et se font écho à travers le bâtiment. Il peut entendre chaque respiration de chaque pratiquant rôdant dans les allées. Il écoute, attentivement, surprend même le battement des cœurs de ceux qui passent non loin de lui. Il ne reconnaît pas la voix de Tristan, il ne le voit pas non plus, alors qu’il finit de faire le tour du lieu. Le jeune imprimeur s’arrête donc, nerveux, dans un coin, devant les bougies, à se mordre le bout des doigts pour essayer de déterminer quoi faire.
    Finalement, il perçoit un mouvement sur la droite, le bruit de pas, des pas qui lui font lever le regard et affronter la vue de l’uniforme pastoral. Ce n’est pourtant pas Tristan. Il fronce un peu les sourcils, renforçant encore un visage déjà comprimé par la tension. Il le regarde passer, inquiet de cet élément imprévu. Un visiteur ? Deuxième pasteur ? Qui est-il ? Que fait-il ici ? Connaît-il Tristan ? Est-il son ami ? Son ennemi ? Peut-il l’aide ? Peut-on arrêter de se poser des questions inutiles et juste aller lui parler ?

    Aodhan se secoue, comme pour chasser des voix insistances, et se décale des bougies pour emboîter le pas du Pasteur, se glissant discrètement dans son dos et lui demander, d’une voix douce et timide : « Mon Père ? » Il lui sourit, un sourire un peu crispé, qui agite les muscles des joues sans remonter jusqu’aux yeux. C’est à cause de genre d’expression qu’on le pense aussi timide. « Excusez-moi de vous déranger. Je me demandais si vous pourriez m’aider. » Il profite de lui faire face pour se faire la réflexion, distante, qu’il n’a pas vraiment l’air d’un pasteur. Quelque chose manque, sans qu’il ne sache trop quoi. Il se demande, peut-être bêtement, s’il est vraiment pasteur. « Je me demandais si vous n’auriez pas vu Monsieur Tristan Dubh ? » Il est légèrement voûté, les yeux levés vers lui, dans cet éternel air suppliant et maladroit. Il n’a rien de menaçant. Il ne peut pas lui vouloir du mal.
       
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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Tristan Dubh le Dim 16 Juil - 10:18

    Il était encore tôt et pourtant la paroisse s'emplissait lentement de fidèles. Des hommes et des femmes vêtus de toiles qui avaient connu de meilleurs jours s'entrelaçaient dans un ballet exécrable de dévotion, la tête baissée sous l'oeil narquois d'un Jésus placé à sécher sur sa croix. Ils venaient déclarer leur amour au Seigneur avant leur journée de travail, comme si leurs mots et leurs prières pouvaient faire venir à eux un bonheur après lequel ils couraient inlassablement. Tristan aurait aimé leur dire que c'était inutile, qu'ils s'acharnaient en vain et que seul leur propre cœur pouvait leur apporter ce qu'ils cherchaient, mais quel bien cela aurait-il fait ? À chaque sermon, il tâchait de le leur faire comprendre, de leur dire en silence que si Dieu il y avait, il s'était détourné du monde des siècles auparavant – sans jamais obtenir d'eux la moindre lueur de compréhension. Ils adoraient une idole muette, invisible, perdue dans des cieux d'où elle n'était jamais sortie, et ils ne comprenaient pas que tout ce dont ils avaient besoin se trouvait sur cette terre. Le bonheur n'était pas l'affection d'une divinité sans cœur régnant sur une humanité malade. Le bonheur était bien plus simple – c'était le contact de draps propres sur une peau nu, la douce brûlure d'un vin français, le jus d'une pêche coulant sur son menton, le rouge flamboyant du ciel quand le soleil disparaît à l'horizon, l'odeur des lilas au cœur de l'été, le son cristallin du piano, le goût des lèvres d'un autre sur sa bouche.

    Tristan alluma un cierge avec une pensée morose pour ce qui aurait pu être et ne serait jamais. Il n'était pas si différent de toutes ses ouailles cherchant désespérément l'approbation d'un Seigneur et Maître, après tout – et pourtant il les jugeait amèrement, peut-être par jalousie, par colère. Eux pouvaient encore croire à leur illusion. Ils le pourraient jusqu'à la mort, où ils se rendraient compte qu'il n'y avait rien sinon l'immense vide qui suit l'existence. Lui n'avait pas un tel luxe.

    Il saluait chaque personne avec amabilité et un sourire doux aux lèvres, comme de coutume. On aimait venir à sa paroisse parce qu'il ne haussait jamais la voix, ne se laissait jamais emporter par la colère contre les impies, se contentant d'implorer pour eux le pardon et la pitié. On disait de lui qu'il ne possédait pas une once de méchanceté et moins encore de violence – et pourtant, lorsqu'une voix l'interpella et le surprit, il manqua de prouver le contraire.

    Mon Père – il avait toujours haï l'appellation. L'entendre prononcée avant autant de révérence et de timidité le mettait dans une rage noire. Non pas contre l'auteur de ces mots, non, mais contre ce qui l'avait poussé à s'exprimer avec tant de déférence. Il connaissait suffisamment le monde pour savoir que nul ne devenait aussi docile sans raison.

    C'était un gamin. Un gamin plus âgé que lui-même, sans doute, mais un gamin tout de même : Tristan le voyait dans la façon dont les coins de sa bouche remontaient sans que le sourire n'attînt son regard, dans la façon dont ses mains s'entrelaçaient, dans les tressautements de sa voix. Il y avait une souffrance immense derrière le voile de ses yeux et pendant un instant, Tristan se surprit à éprouver de la pitié. Il avait pourtant le sentiment en horreur, le trouvant condescendant et plein de supériorité et lui préférant la compassion – mais ce pauvre garçon ne pouvait rien inspirer d'autre. Il semblait avoir été façonné par une main mesquine ayant décidé d'en faire une victime née.

    Et il cherchait Tristan Dubh.

    Toute son attitude reflétait un désir de paraître inoffensif et le pari était réussi – il avait l'air plus pathétique qu'autre chose. Tristan le toisa de la tête au pied, jaugeant dans quelle mesure il pourrait être un danger. On n'était jamais trop prudent, surtout quand on était... hé bien, Tristan. Son tempérament quelque peu excentrique lui avait valu de nombreux ennemis et il avait assez tôt appris à se méfier même des plus douces créatures, dans lesquelles on pouvait sans mal trouver un assassin si l'on était malchanceux. Et malchanceux, il l'était – terriblement.

    « Je l'ai vu, oui, » dit-il avec un sourire charmant. « Tous les matins, dans mon miroir. Que puis-je faire pour vous, jeune homme ? »

    Il y avait sans doute quelque chose d'étrange à appeler un homme plus âgé que soi « jeune homme » mais telle était la manie de Tristan – tous étaient « jeune homme » ou « jeune fille », même ceux qui avaient un pied dans la tombe. De fait, il connaissait quelques mamies qui appréciaient beaucoup d'être qualifiées de la sorte par un bel homme dans la force de l'âge. Les hommes appréciaient étrangement moins la chose.

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    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.



    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Aodhan Leòdeach le Dim 16 Juil - 17:14


       
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    Aodhan est habitué à côtoyer des hommes de Dieu. Il est pieux, extrêmement pieux, le petit Aodh, et l’a toujours été. Sa mère l’emmenait toujours devant les bougies, et le faisait prier, et le pasteur était un ami de la famille. Le pasteur, l’imagine même du pasteur, a poursuivi l’artisan toute sa vie, le conseillant, le calmant, le rassurant. Celui de son adolescence a sûrement été celui le plus à même de comprendre ce qui tiraillait alors la jeune victime. Les autres n’ont pu que regarder de loin, impuissants, l’étrange créature se morfondre dans le deuil qu’il avait lui-même causé. Il se dirige vers eux inlassablement, bien qu’ils ne l’aient jamais sauvé de quoi que ce soit. Au contraire, c’est par sa foi aveugle, imbécile, pour cette figure bienveillante et sacrée qu’il a, une nouvelle fois, perdu son bien le plus cher. Tristan Dubh lui a retiré, par cet acte, non seulement sa liberté mais aussi l’une des rares présences rassurantes de sa vie.
    Ainsi, il n’arrive pas à faire confiance à ce pasteur-là. Tout en lui veut le révérer, s’incliner devant sa sagesse et écouter ses conseils. Il n’y arrive pas. Quelque chose le dérange dans cet air tranquille sans gravité. Il lui manque quelque chose, il n’est pas rassurant, il n’est pas plein. Tout lisse, ou tout craquelé, il ne sait pas trop. Aodhan fronce les sourcils, quand on lui répond, et recule, et se redresse, le jugeant encore plus du regard. Son visage montre sans subtilité son incompréhension. Quelque chose cloche. Pourquoi cet homme se fait-il passer pour Tristan ? Il est pourtant évident, limpide, aux yeux d’Aodhan, que Tristan est bien plus digne de l’office de pasteur que cet homme-là. Trop beau, trop souriant, il y a quelque chose de trop aérien dans sa façon de lui parler, de l’aborder, même de le regarder. Aodhan ne se sent pas confiance. Il se sent peut-être encore moins en confiance qu’avec Tristan lui-même. En cet instant, d’ailleurs, il fait bien plus confiance à celui qui lui a menti qu’à l’autre, celui qui se trouve effectivement dans l’église de Tristan Dubh.

    « Vous mentez. »

    Il le dit comme une surprise, sans agressivité. Il ne comprend pas pourquoi il lui ment. Ce n’est pas logique qu’il lui mente. Il incline légèrement la tête sur le côté, le fixe encore, essaye de décrypter chaque morceau de son visage, chaque crispation de muscle. Il est trop détendu, trop tranquille pour inspirer Aodh confiance. « Je sais qui est Tristan Dubh, je l’ai déjà vu, vous n’avez pas à mentir pour le protéger. » Il n’y a que cela qui lui vient en tête pour l’instant : il veut le protéger. Comment sait-il qu’Aodhan lui veut du mal ? Impossible de le déterminer, mais c’est évident qu’il doit être proche de lui, pour prendre ainsi sans sourciller sa place. « Ou alors… vous vivez avec lui ? » Il fronce les sourcils, on peut voir dans tout son visage sérieux qu’il réfléchit intensément. S’il vit avec lui, alors il peut voir son visage dans le miroir tous les matins. Cela pourrait être un jeu, une façon détournée de dire les choses. Aodhan n’aime pas les énigmes. Il n’aime pas les questions pièges. Il n’arrive jamais à bien s’en tirer, dans ces histoires. Il finit d’ailleurs, déjà, par s’énerver un peu et à grommeler, légèrement agressif :

    « Je n’ai pas le temps de jouer. Je veux juste voir Tristan Duhb. Je sais qu’il est pasteur ici. » D’un dernier regard panoramique, il cherche à l’apercevoir, s’attendant même à ce qu’il surgisse de derrière un pilier pour rire de son imbécillité. Sa douce politesse, sa prudence timide s’évanouit peu à peu alors qu’il se sent déjà en danger : moqué, voire trompé. « Si vous ne pouvez pas me dire où il est, pourriez-vous au moins m’indiquer où il habite ? » Et ses yeux suspicieux ont l’air de douter qu’il puisse même savoir ce genre de choses.
       
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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Tristan Dubh le Dim 16 Juil - 17:17

    Un froncement de sourcil, à peine perceptible. Le jeune homme semblait dire qu'il connaissait Tristan Dubh et que ce n'était pas lui. Alors... quelqu'un avait volé son identité ? L'idée l'aurait fait rire s'il n'avait déjà fait face à nombre de désagréments tous plus absurdes les uns que les autres. Tristan avait une fâcheuse tendance à attirer les problèmes. Sans doute n'imaginait-il même pas qu'il en créait l'immense majorité par des décisions ridicules et prises dans la folie de l'instant, dans le seul espoir de goûter à une passion qui ne cessait de se dérober à lui. Tristan ne voulait rien d'autre que le feu, le grondement de tonnerre qui accompagnait les moments les plus intenses de la vie. La demie-mesure l'ennuyait, le désespérait, le détruisait à petits feux. Comment alors échapper aux aléas de la vie, quand on la passait sur un brasier immortel ?

    Ce garçon était tout le contraire de ce que Tristan désirait de la vie : froid, morne, terne, un regard gris et des paroles grises... mais qui cachait une colère sourde, dirigée sans doute vers celui qui avait volé l'identité du pasteur. La pitié de Tristan s'estompa pour être remplacée par la sympathie, bien plus agréable à ressentir, bien moins nocive à exprimer. Ses traits s'adoucirent, perdant quelque peu le masque d'affabilité qu'il s'était confectionné, et son sourire se fit plus authentique. Il était un excellent menteur et acteur mais c'était tout de même avec soulagement qu'il se défaisait un peu de sa parure.

    « Je ne protège personne, je puis vous l'assurer, » murmura-t-il en jetant un œil alentours. Cette conversation n'était pas censée tomber dans les oreilles de qui que ce fût mais il connaissait trop bien les commères d'Edimbourg pour ne pas se méfier. « Vous pourrez demander à n'importe quel paroissien, je suis Tristan, et je suis le seul pasteur à officier ici. Mais vous semblez avoir d'excellentes raisons de vous méfier. »

    Une de ses ouailles vint interrompre la conversation pour demander au pasteur de prier pour l'âme de sa vieille mère, partie la semaine précédente des suites d'une mauvaise toux. Tristan accepta, son éternel sourire calme et aimable aux lèvres, bouillonnant intérieurement de l'envie de l'envoyer se faire voir ailleurs. S'il avait ses défauts, il était très à cheval sur la politesse et la bienséance et interrompre une conversation ne relevait définitivement ni de l'une, ni de l'autre. Le seul avantage fut que l'ouaille en question le nomma Père Dubh. Peut-être cela aiderait-il à alléger les soupçons de l'intrus, si toutefois il ne venait pas à penser que toute la scène avait été orchestrée.

    « Très cher, » lança-t-il à son curieux invité une fois la matronne partie, « allons plutôt converser dans un endroit où nous ne serons pas interrompus. Il me semble que nous avons beaucoup à nous dire. Vous semblez craindre quelque danger – je ne puis que vous promettre que vous n'en courez aucun mais bien sûr, je n'espère pas que vous me croyiez. Sachez cependant que même si je vous voulais du mal, je ne suis pas assez fou ni assez sot pour risquer quoi que ce soit dans ma paroisse. »

    Tristan n'avait jamais été bon pour rassurer les gens.

    Il entraîna son invité jusque dans son bureau, une petite pièce à l'écart fermée par une porte un peu branlante. La pièce était dans un désordre évoquant celui qui régnait dans l'esprit de Tristan : montagnes de papiers dont la plupart étaient recouverts de dessins fantasques, bibelots rendus méconnaissables par la poussière qui les recouvrait, notes accrochées au mur qui côtoyaient des tableaux d'un genre particulièrement étrange, coussins éparpillés dans chaque coin de la pièce, des livres partout où le regard portait, un coffret en bois débordant de ce qui semblait être des bijoux d'or, bouteille de vin à demi vide, et enfin une odeur de santal musquée baignant la pièce. L'endroit ne ressemblait pas à ce que l'on pouvait attendre du bureau d'un pasteur mais de toute évidence, Tristan n'était pas un pasteur conventionnel.

    Il débarrassa les deux chaises présentes dans la pièce, plaçant les livres et documents qu'elles contenaient en équilibre instable sur le bureau avant de récupérer la boîte de shortbreads qui s'était cachée au milieu de la pile, et prit place dans son fauteuil – une vieille chose élimée qui paraissait très confortable, si l'on faisait abstraction de son état lamentable. Le tissu avait dû être rouge dans une autre vie, il arborait désormais une couleur tirant sur le vieux rose et le jaunâtre. Un ou deux shortbreads disparurent immédiatement entre les dents du Selkie avant qu'il ne se décidât à contrecoeur à tendre la boîte à son invité.

    « Je ne sais comment vous prouver que je suis bien celui que je prétends être, » dit-il, assis au milieu d'une montagne de paperasse portant son nom, dont ses documents d'identification glissés quelque part entre une tasse vide et un livre de contes. « Mais je suis curieux de celui que vous cherchez. Peut-être puis-je vous aider à le trouver ? Cela me semble être la moindre des choses, puisque je vous ai apparemment mené dans une impasse. »

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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Aodhan Leòdeach le Dim 16 Juil - 17:23


       
    Aodhan Leòdeach & Tristan Dubh
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    L’homme qui prétend être Tristan met Aodhan mal à l’aise. Il est très facile de mettre Aodhan mal à l’aise, d’autant plus facile quand on a l’air habile, quand on sourit. Trop joli, trop doux, trop aimable. Aodhan ne sait pas faire miroir à ce genre de personnes, il ne sait pas se placer à leur niveau, n’arrive pas à les comprendre. Il alterne continuellement entre le soulagement de se sentir en sécurité et la peur-panique de se faire avoir. Avec Tristan aussi, il était ainsi, depuis sa cellule : il l’accusait parfois d’être un espion des MacLeòd avant de lui dévoiler sans aucune réticence ses secrets les plus complexes. Il essaye, le petit Aodh, il essaye de ne pas se faire avoir par ces sourires, ces douceurs, cette amabilité tendre qu’il a tant de mal à reproduire.
    Il veut donc le croire, quand l’inconnu lui assure ne protéger personne. Il voudrait le croire, mais n’y arrive pas. Il fronce les sourcils, sans un mot, et attends la suite, la faille dans son récit qui lui permettrait de comprendre ses véritables intentions. Trop conciliant. Il lui accorde trop vite sa propre confiance, c’est louche. Louche d’être cru, louche qu’on se méfie de lui, Aodhan ne sait plus quoi prendre en compte dans ses tentatives absurdes de ne plus se faire avoir. Il marine dans son indécision lorsqu’une intruse vient perturber leur discussion. Il a envie de la rabrouer, de la virer d’une remarque acerbe. Les lèvres restent closes, bien que ses yeux parlent pour elles. L’inconnu, lui, lui parle le plus aimablement du monde. Il faut se méfier de ces gens-là. Trop polis. Trop gentils. Tristan, aussi, avait été ainsi.

    Elle l’appelle Père Dubh.
    Il parle comme un pasteur.
    Elle le considère comme un pasteur.
    Il est vrai qu’il est habillé comme tel.
    Et aucune trace de Tristan, nulle part, dans toute l’église.
    Se serait-il trompé ?

    Aodhan n’aime pas se tromper, bien que cela lui arrive souvent. Même lorsqu’il accuse quelqu’un à tort, il n’aime pas découvrir que cette personne mérite sa confiance. Il se sent systématiquement insulté, comme si Sineag était encore là pour lui murmurer à quel point il n’était qu’un petit imbécile qui ne pouvait rien faire sans elle. Sans elle, il ne sait à quel référent se fier. Sans elle, tout son système de valeurs se révèle caduc, et il se retrouve ainsi à se lamenter que quelqu’un lui dise la vérité. Il ne suit pas la discussion entre les deux autres. Il se plonge en lui-même, se confronte à tout ce qu’il a pu savoir, croire, le peu de choses qu’il pensait jusque là réel chez Tristan. Il se sent encore trompé, trahi. Il a envie de pleurer et de tuer dans une unique pulsion.
    Il sursaute au Très cher qui semble lui être adressé. Il n’est pas habitué à ce qu’on l’appelle comme ça. Il n’aime pas ce à quoi il n’est pas habitué. Il n’aime pas la situation dans laquelle il se trouve. Cela se voit, d’ailleurs, il a même un mouvement de recul alors qu’on l’invite à aller dans les profondeurs de l’église. Le véritable Tristan parle trop bien, presque mieux que l’autre, le faux. Il l’enrubanne dans des phrases complexes, gênantes, avec des promesses étranges et des précisions inutiles. Il parle trop. Le faux Tristan parle moins, en tout cas avec Aodhan, il économise plus ses mots. Il note chaque différence, en silence, comme pour se persuader qu’ils étaient effectivement deux êtres indépendants. Il les compare. Et étrangement, chaque divergence rend le vrai plus inquiétant et le faux plus rassurant.
    Au moins, maintenant, il sait à quoi s’attendre avec le Tristan qui a sa peau : il ne peut le croire, lui faire confiance, en rien. Alors que celui en face de lui reste dans le flou. Un flou qui rend déjà Aodhan malade.

    Il le suit cependant, sans un mot, acquiesçant d’un simple geste de tête mécanique à sa proposition. Il reste légèrement en retrait, derrière lui et sur le côté, à le surveiller du regard avec méfiance, à épier les alentours. Il a hâte de changer de pièce. L’église fait écho et chaque bruit se multiplie, lui pollue les oreilles, embrouille la tête encore plus qu’auparavant. Il regrette cependant vite cette pensée, alors qu’il découvre le bureau de son hôte. Aodhan aime l’ordre, les choses rangées. Il n’aime pas l’accumulation et, ici, tout est accumulé. Il reste donc au pas de la porte, comme inquiet d’entrer en contact avec le moindre objet étranger et observe, interloqué, le maître de lieux les adapter et les transformer pour les adapter à son passage. Ce n’est qu’une fois la chaise pleinement dégagée que, en quelques mouvements, il la rejoint. Il s’y assoit, au bord, comme s’il ne comptait pas rester. Pendant que l’autre s’installe et bouffe. Aodhan a l’estomac trop noué pour avaler quoi que ce soit. Rien que l’air a du mal à passer.

    L’air lui manque véritablement lorsqu’il se propose pour l’aider. Aodhan a besoin d’aide mais n'en veut pas. Pas de quelqu’un qu’il ne connaît pas, à qui il ne fait pas confiance. Il déglutit, sa tête part un peu en arrière, sa mâchoire s’agite dans le vide en cherchant une façon polie de décliner. En cherchant une façon de le dire, de le faire comprendre, il laisse son regard s’égarer dans les méandres du bureau, les papiers, les livres, le tissu élimé, les shortbreads, qui disparaissent peu à peu. Le spectacle l’hypnotise un moment. Un moment un peu trop long. Il sursaute. Se réveille. Essaye de se souvenir ce qu’on lui demande. « Je cherche Tristan Dubh. » Secoue la tête. « Non, je cherche un homme qui se fait passer pour Tristan Dubh. Il a la tenue de pasteur. Il visite… » Il s’arrête, il se sent déjà trop dire. Il ne faut pas qu’il parle trop. « Il se fait passer pour un pasteur. Il n’est pas très grand, plus vieux que nous. » Il se donne le même âge que l’homme en face de lui, sans en avoir la confirmation. « Petits yeux, sourire rassurant, rire facile. Il a- » Il fronce les sourcils, essaye d’imiter ce qu’il décrit. « Cette façon de tenir sa tête légèrement en avant, légèrement voûté, comme pour se rapprocher de toi. Et sa bouche, part souvent sur le côté, quand il parle, comme s’il souriait en parlant, mais que d’un côté. » Il se perd dans une imitation, dans ses souvenirs, aveugle aux détails les plus évidents, cherchant à retranscrire cette ambiance très particulière, rassurante, inquiétante. Il s’était remémoré inlassablement chacun de leurs échanges à la recherche, à chaque fois, de la petite chose, du petit détail, qui aurait du lui faire comprendre qu’il se trompait, qu’il ne devait pas lui faire confiance.

    Exactement comme ce qu’il est en train de faire avec ce nouveau Tristan.
       
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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Tristan Dubh le Dim 16 Juil - 17:32

    Flou, Tristan l'avait toujours été. Depuis l'enfance, il n'était rien dans son caractère ou sa façon d'être qui n'eût été sujet aux aléas des saisons, comme s'il ne pouvait lui-même se contenter d'être une personne unique. Il y avait bien trop à connaître, bien trop à être, pour n'être qu'une seule personne toute sa vie. Alors il s'était fait marin, peintre, pasteur, et bien d'autres choses encore. À l'instant où son existence commençait de l'ennuyer, il la fuyait pour en retrouver une autre, plus palpitante, plus étrange. Pourquoi alors se cantonner dans un rôle de pasteur, quand il aurait pu se prétendre duc ou partir à l'aventure au cœur des terres les plus sauvages d'Ecosse ? Il répondrait sûrement à cette question qu'il n'était rien de plus intéressant que la nature humaine et que son rôle de pasteur lui permettait d'y accéder mieux que quiconque. Ce n'eût été qu'une demie-vérité – mais jamais il n'admettrait l'autre moitié.

    Et puisqu'il s'agissait de nature humaine, il était plus qu'intrigué par celle de son vis-à-vis. Le jeune homme vivait sous tension, comme parcouru en permanence par un éclair qui ne le laissait jamais en paix, et il ne fallait pas être fin observateur pour deviner que cela avait quelque chose à voir avec cet homme qu'il cherchait. Que lui avait-on dérobé ? Son cœur ? Il n'irait sans doute pas se confier aussi librement s'il s'agissait d'une simple histoire de fesses. Tristan était fort bien placé pour savoir que certaines amours se devaient de rester secrètes et particulièrement face à un pasteur. Non, c'était plus complexe que cela. Bien entendu, le pasteur décida sur-le-champ qu'il lui était nécessaire de tout savoir sur l'affaire.

    Ce n'était pas de la curiosité morbide – pas seulement. Après tout, quelqu'un avait usurpé de son identité, il était plus que naturel qu'il voulût comprendre pourquoi et surtout, qui. Il fallait que ce fût quelqu'un qui connût son nom présent et sa profession, ce qui hélas ne limitait guère le champ de recherches. Si sa paroisse n'était pas fréquentée par un nombre impressionnant de croyants, elle demeurait peuplée et on parlait déjà de lui dans les rues, sur des tons bien différents en fonction de l'interlocuteur. Il y avait les murmures d'alcôves, secrets murmurés aux amies sur le ton de la lasciveté ; les beuveries qui amenaient son nom sur les lèvres pour l'orner d'insultes colorées ; les doutes partagés entre le fromage et le dessert. Aodhan n'était certes pas le seul à penser que quelque chose clochait dans le personnage de Tristan comme pasteur, il semblait parfois que la ville entière partageait son opinion. L'intéressé s'en moquait bien, tant que la rumeur ne le détrônait pas de son perchoir instable qui ne lui servirait que le temps de pouvoir reprendre son envol.

    « Je crains que cette description ne m'aide guère, » dit-il en mâchonnant un coin de shortbread. S'il avait dû être parfaitement honnête, il aurait admis qu'aucune description n'aurait servi à quoi que ce fût : il n'avait aucune mémoire des visages ou des silhouettes, ne reconnaissant autrui qu'à leur odeur et la texture de leur peau. Ce n'était pas qu'il fût aveugle, quoique sa vue aurait certainement nécessité qu'il portât des verres correcteurs, mais il semblait que son esprit ne pouvait imprimer les traits d'une autre personne de façon durable. Même les êtres les plus essentiels de sa vie étaient oubliés et il arrivait qu'il fût surpris en croisant son reflet dans le miroir. Parfois, tard dans la nuit, il s'obligeait à percevoir sa propre odeur corporelle et à retrouver la sensation de ses doigts contre son propre corps, pour ne pas complètement s'oublier. Rien de tout cela ne s'était produit avant qu'il ne perdît sa peau pour la première fois.

    « Cependant, si cet homme se fait passer pour moi, c'est qu'il me connaît. Comprenez donc que je me sente impliqué dans cette affaire. » Il se roula en boule sur son fauteuil, ramenant ses genoux contre son torse. Il était de petite taille et très souple, ce qu'il utilisait pour se comporter comme un félin cherchant à se tasser dans une boîte à la moindre occasion. « Peut-être pourriez-vous me dire... où vous l'avez vu pour la dernière fois ? Et peut-être, si j'ose poser une telle question, son odeur ? » Après tout, l'autre le prenait déjà pour une créature étrange, il était inutile de chercher à cacher à quel point il avait raison.

    Il ne lui vint pas même à l'esprit de demander à son interlocuteur son nom ou quelque autre détail de son identité. Cela non plus ne lui servait pas à grand chose : à force de changer le sien et de rencontrer des dizaines d'êtres tous différents, tous pourvus de patronymes parfois similaires, parfois extrêmement différents, il s'était mélangé les pinceaux au point de ne même plus chercher à apprendre ce détail. Car ce n'était qu'un détail : un nom, surtout un nom qui n'avait pas été choisi, ne disait rien de celui qui le portait. Il aimait apprendre d'autrui et cela ne venait jamais d'un nom ou de la couleur des cheveux, ni des traits du visage, ni de la taille ; cela venait de l'odeur, de la texture de la peau, de l'attitude, des lieux où se portaient le regard. Tristan pouvait aisément passer des jours entiers à observer la démarche d'une personne qui avait attiré son attention, la suivant dans les rues d'Edimbourg à distance respectueuse pour étudier le balancement de ses hanches ou la façon dont elle claudiquait, la façon dont son dos se courbait, dont ses mains accompagnaient son pas. Simplement marcher derrière quelqu'un lui apprenait bien plus qu'un nom.

    Alors il ne demanda pas à son interlocuteur de se présenter. À la place, sa question fut de savoir s'il voulait une tasse de thé. S'il avait parcouru le monde autant qu'il lui avait été possible, il demeurait un Ecossais et en tant que tel, il avait toujours de quoi préparer une bonne tasse fumante à portée. Quant au thé qu'il faisait infuser dans l'eau bouillante, d'aucuns disaient qu'il l'achetait chez ce vieux fou d'herboriste qui vivait au manoir de MacGobhainn et qu'il ne s'agissait pas tant de thé que de plantes hallucinogènes – mais il possédait aussi un Earl Grey tout ce qu'il y avait de plus classique, pour les invités.

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    Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.



    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.



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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Aodhan Leòdeach le Mer 19 Juil - 0:49


       
    Aodhan Leòdeach & Tristan Dubh
    Tell me now of the very souls that look alike, look alike
    Do you know the stranglehold covering their eyes?
    If I call on every soul in the land on the move
    Tell me if I'll ever know a blessing in disguise
    Aodhan ne semble pas avoir le moindre contrôle de son corps. Il désire rarement bouger. Lorsqu’il est dans une position, il a tendance à s’y tenir fermement. Souvent inconfortables et bancales, il semble ainsi se tenir en continu au dessus d’un précipice. Il reste donc au bord de sa chaise, les mains au bord des genoux, les yeux au bord des larmes. Il a toujours l’air d’être au bord des larmes, Aodh, sauf quand il est au bord du meurtre. Toujours à fleur de peau, sans mouvement, bouillonnant en continu derrière un calme de surface. Pourtant, à l’observer, à le regarder attentivement, la tension qui pulse dans ses muscles se laisse deviner. Il ne s’en rend pas compte, ou bien rarement, à quel point, malgré sa propre volonté, il peut se montrer intenable. Il y a comme un frisson continu aux convulsions parsemées qui habite l’individu. Le visage se crispe, la mâchoire claque, les yeux voltigent en s’arrêtant rarement sur leur interlocuteur. Les mains, bien que figées à leur place, s’entrelacent, se pincent, se mordent presque dans une nervosité continuelle qui ne s’immobilise que pour se crisper, jusqu’à blanchir aux jointures et rougir les éraflures ensanglantées par les ongles. Il tourne parfois la tête, une seconde, une seule, pour vérifier la porte de sortie. Tout élément extérieur passant par la fenêtre est fixé jusqu’à disparaître. De loin, pour l’observateur non-averti, il est donc un être calme, voire serein. Puis, comme certains tableaux qui ne se dévoilent qu’en s’en approchant jusqu’à loucher, sa véritable nature se révèle en remarquant l’éternelle chair de poule qui fait trembloter ses bras.
    L’homme face à  lui semble être l’absolu contraire de tout ce qu’il peut être. Il le regarde, souvent du coin de l’oeil, alors qu’il parle, sourit, habitant l’espace sans jamais avoir l’air d’y être un intrus. Il y a une aisance dans ce mouvement, comme si l’air ne lui résistait pas. Aodh, lui, a l’impression d’avancer chaque jour face au vent et que chaque pas est un combat contre la pesanteur du monde. L’autre se moque de la pesanteur, de la lourdeur du monde et des attentes. Il sourit, parle avec ses mains, comme si elles avaient elles aussi leurs choses à dire. Et quand elles disent des choses, elles sont d’accord avec leur maître. Aodhan ne connaît pas cela. Ses mains à lui disent ce qu’il refuse d’exprimer, agissent plus vite qu’il ne pense, trahissent chacun de ses sentiments. Ses veines surgissent toujours à la moindre émotion, comme le hérissement de poil d’un chat. Tristan, lui, s’étire, se love, se contorsionne avec grâce. Il y a une logique, un roulement ronronnant dans l’évolution de son corps. On l’observe alors qu’il se met en boule, comme la chose la plus naturelle du monde,  se place dans une position confortable, comme s’il pouvait en exister. C’est assez étrange, d’être face à quelqu’un comme ça, quand on n’y comprend rien, à ce monde tranquille des gestes qui ne se battent pas avec l’atmosphère. Assez étrange, et assez fascinant, presque éblouissant, tant on a du mal à soutenir le regard d’yeux aussi ignorants de l’effet qu’ils peuvent produire. Le Selkie baisse la tête, intimidé, déjà presque soumis, presque déjà prêt à se rebeller contre l’oppression de l’être supérieur.
    Et dans sa putride jalousie, il ne sait pas comment lui répondre.

    Aodhan essaye vainement de compenser son imbécillité par sa méfiance. Les questions qu’il ne comprend pas l’inquiètent, et quand on lui demande l’odeur de quelqu’un, il se demande toujours si ce n’est pas une façon détournée de lui demander autre chose. Qui connaît l’odeur d’un autre homme ? Il veut sûrement savoir s’il a des relations sodomites avec l’individu. La simple suggestion de cette idée le fait frissonner et, sur sa chaise, l’invité enfonce l’ongle de son pouce jusqu’au sang de la paume. Il a une grimace, sûrement une tentative de sourire pour essayer de dissimuler sa gêne. Échec. Et pendant qu’il décortique, en silence, dans sa tête, chaque mot de son interlocuteur, on lui propose du thé.
    Il hésite vraiment avant de finir par s’avouer qu’il n’y a sûrement aucune signification cachée derrière cette question innocente. « Oui. » Un temps, il s’ébroue comme pour débloquer sa mâchoire et répondre plus distinctement : « Oui je veux bien, s’il vous plaît. » Comme un enfant à  qui on aurait précisé d’être poli. Comme si la voix de Sineag avait retenti, claquant dans ses oreilles comme un souvenir qui ne s’effacerait jamais. Et comme si la même voix avait de nouveau sonné pour finir de débloquer sa langue paresseuse, il réussit à rassembler assez de raisonnement pour répondre aux autres questions : « Je l’ai rencontré alors qu’il faisait des visites aux prisonniers, au château. Il a réussi à prouver mon innocence. Je le cherche afin de l’en… remercier. » Le mensonge est si gros qu’il fait écho dans ses entrailles et lui donne envie de vomir. Il le prononce cependant. L’intention est fausse mais l’histoire vraie. « Quant à l’odeur... »
    Il fronce les sourcils, et le nez, ses yeux fixent le sol, un papier égaré, à la recherche des souvenirs. Il réprime le dégoût que cela réveille en lui. Il n’aime pas qu’on le touche, qu’on l’approche, il ne supporte pas la proximité d’un corps encore plus étranger que le sien. Il n’a que peu eu l’occasion de capter l’odeur de son bourreau. Une fois seulement, le prêtre s’est approché, dans une crise, alors qu’on essayait de le baigner, alors  qu’il l’a sauvé de l’eau, de la terreur, de la panique. Et il se souvient, maintenant, dans cet immonde ensemble d’odeurs diverses, les fantasmés et les réels, il se souvient, entre l’odeur de la mer, des cheveux de Sineag, des algues et de la bile, il se souvient de : « Le tabac et le linge propre, » expulse-t-il dans un souffle, terrorisé par le souvenir du parfum qui, alors, l’avait tant rassuré.

    C’est par sa volonté propre et par un effort véritablement musculaire qu’il relève la tête afin de pouvoir fixer, enfin, son regard sur celui du pasteur. Il voit ses yeux, il pénètre ses yeux, il essaye d’y comprendre la moindre chose qui n’y soit pas fantoche. « Et les mains plus rugueuses qu’il n’y parait. » Il inspire, réveille le pire souvenir qu’il puisse exister pour lui. « Ainsi que l’accent du Nord. » Son Nord.   
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    Re: TRISTAN • Tell me if I'll ever know a blessing in disguise.

    Message par Tristan Dubh le Mer 19 Juil - 18:15

    Au fond de l'incommensurable pâleur de son visiteur se terrait une bête prête à bondir.
    Tristan ne voyait pas son visage, il l'oublierait à la seconde où ses yeux se poseraient sur autre chose, mais il voyait fort bien les griffes de la bête, sa façon de rogner doucement, pouce par pouce, tout le calme et la paix qu'il prétendait arborer. Il voyait la souffrance, la nervosité, la peur. Comment pouvait-on ne pas le voir ? Il n'avait pas besoin de passer sa main sur la peau d'Aodhan pour en comprendre la texture, ce fourmillement de chair de poule que le faux pasteur connaissait trop bien. Chaque torsion de doigt, chaque frisson dans l'échine de son invité était vu, observé, noté. Il n'y avait nulle malice dans les observations de Tristan ; il n'était pas certain qu'il fût capable de la chose. Il ne souhaitait aucun mal à son visiteur et ne lui en souhaiterait jamais, car il avait juré, des années auparavant, de ne plus jamais blesser. Par une nuit d'orage où les nuages masquaient la lune, nageant dans le sang de ceux qui l'avaient accueilli pendant sept ans, il avait fait le serment que plus jamais il n'aurait de mort sur la conscience. Peut-être était-ce pour le mieux. Il ne savait pas lui-même ce dont il était capable si le feu enfoui dans les profondeurs de son cœur se réveillait et qu'il s'offrait la liberté de blesser, d'attaquer. Alors il comprenait ce qui animait son invité, il comprenait la douleur et la peur, sans comprendre pour autant ce qui l'inspirait. Observateur mais incapable de se voir dans un miroir.

    Le thé vint à point pour lui offrir un temps de réflexion. Il déroula sa silhouette filiforme et dans un froissement de tissu, se dirigea vers l'âtre pour y placer une théière à chauffer. Ce n'était pas sans inquiétude qu'il tournait le dos à son hôte : il avait vu derrière la façade du jeune homme l'âme de quelqu'un qui, s'il n'avait déjà tué, le ferait sans doute sous peu. Pas d'inquiétude pour lui-même, cependant, mais pour son interlocuteur qui ne manquerait pas d'être emmené dans une geôle d'où il ne sortirait sans doute jamais si on l'accusait d'avoir tué un pasteur. Tristan ne donnait guère d'importance à sa propre vie. S'il devait la sacrifier pour autrui, il le ferait sans hésiter, dans un geste grandiloquent et égoïste dont la motivation n'était pas aussi pure qu'elle le paraissait. La générosité et l'amour d'autrui venaient rarement sans un désir profond et peut-être mesquin d'être à son tour aimé et accepté. Il s'agissait d'un jeu cruel que Tristan jouait avec son cœur depuis toujours, à savoir si au fond, il n'était pas profondément maléfique. Quel être bon aurait ainsi joué avec les âmes de ceux qu'il prétendait protéger ? Leur prodiguant de l'aide, du soutien, de l'amour, de la générosité, simplement pour obtenir en retour un peu d'amour et peut-être un peu de pouvoir, le pouvoir de les retenir auprès de soi ? L'entreprise était non seulement répugnante à ses yeux mais aussi vaine : malgré tous ses efforts, il était toujours affreusement seul.

    Tourner le dos à son invité avait cela d'intéressant qu'il ne pouvait plus observer ses gestes et devait se contenter de l'intonation de sa voix. Il n'avait jamais eu la moindre oreille musicale et s'il savait percevoir parfois ce que les mots ne disaient pas, ce n'était jamais par les modulations et les nuances d'un langage qu'il ne comprenait pas vraiment. Bien sûr, il parlait anglais, il parlait bien d'autres langues, mais il y avait une immense différence entre connaître les structures grammaticales et le vocabulaire et réellement comprendre ce qu'un autre désirait exprimer. Peut-être fut-ce la raison pour laquelle il ne releva pas le mensonge, pourtant évident. L'autre l'avait accusé de protéger quelqu'un de prime abord – pourquoi aurait-il voulu protéger quelqu'un d'un remerciement ? Mais cela n'effleura pas Tristan. Sans pouvoir regarder son interlocuteur, il ne pouvait se fier qu'aux mots eux-mêmes, et ceux-ci disaient que l'histoire n'était pas si tragique qu'il avait bien pu le croire aux premières minutes. Pas de mort à prévoir ou à prévenir. L'attitude du faux pasteur se relâcha un peu, comme si un poids avait été ôté de ses épaules à l'idée de n'avoir pas à combattre les folies meurtrières d'un homme qu'il connaissait à peine. Lorsque l'eau fut chaude et versée sur les feuilles aromatiques du thé dans un ballet délicat aux saveurs de bergamote, il revint prendre place sur son fauteuil comme s'il n'avait jamais connu la peur une seule fois dans sa vie. « Ce thé doit infuser quelques minutes, je vous présente mes excuses pour ce désagrément. Désirez-vous de la crème ? Du sucre ? Du citron ? » Il n'avait guère qu'un peu de sucre à proposer, les autres condiments étant plus chers qu'il ne pouvait se le permettre, mais il aurait été peu poli de ne pas offrir la possibilité à son invité. Non qu'il eût quelque logique infaillible derrière ce raisonnement – mais enfin, Tristan n'avait jamais été une créature logique.

    Et puis il put lire de nouveau le langage du corps de son hôte. Le dégoût, la révulsion à l'idée de parler de l'odeur de celui qu'il cherchait. On ne frémissait pas ainsi de songer au corps de quelqu'un qu'on aimait suffisamment pour le remercier. Le faux pasteur savait, bien sûr, que tous ne partageaient pas sa façon quelque peu étrange de reconnaître autrui et de juger son caractère mais enfin, éprouver tant de haine et de répugnance pour un sauveur – la chose était intrigante. Que cachait-il, ce petit homme aux mains toujours tordues, au regard qui fuyait vers d'autres contrées plus accueillantes, qui évitait si soigneusement de le fixer et choisissait si mal ses mots ? Que pouvait-il bien cacher, lui qui en montrait tant ? Ce qui bouillonnait sous le masque que son hôte voulait impassible devait bien avoir la température de l'Enfer.

    Tristan comprit dès les mots qui suivirent. « Le tabac et le linge propre. » Une odeur enterrée dans son propre passé qui souvent faisait monter en lui la mélancolie des amants délaissés. Les souvenirs lui vinrent sans qu'il pût les retenir. Des souvenirs de draps froissés, du goût de whisky sur les lèvres aimées, d'un corps chaud contre lequel se blottir durant les nuits d'orage, un corps à l'odeur si chaude, si rassurante, si agréable. Il aimait cette odeur. Il aimait la sentir sur l'oreiller, sur les chemises, parfois sur la montre qu'il gardait tout contre son cœur, sous le corset qu'il portait à même la peau. L'autre lui parla de mains plus rugueuses que la moyenne et Tristan les sentit presque effleurer sa peau, prendre son visage en coupe pour lui voler un baiser, serrer les siennes pour le rassurer. Des mains à l'odeur de tabac plus prononcée dont le contact était à la fois abrasif et passionné. Des mains qui savaient si bien aimer, protéger, relever – des mains qui savaient si bien tuer.

    Le souffle coupé, il baissa le regard, sans pouvoir exprimer un seul mot de son tourment intérieur. C'était impossible. Ce n'était qu'une illusion, un fol espoir mâtiné de colère et de peur qui n'avait pas de raison d'être. Si celui à qui appartenaient ses pensées était à Edimbourg, il n'existait aucune raison pour laquelle il aurait choisi de se tenir à l'écart. Toute sa vie durant, Tristan avait vécu dans l'incertitude de mille et une manières mais il existait une chose dont il ne pourrait jamais douter : qu'il était désiré autant qu'il désirait.

    Ses doigts se crispèrent sur le tissu de sa soutane. Le feu allait finir un jour par le dévorer.

    « Sans doute n'existe-t-il pas dix hommes à l'accent du Nord rôdant près des prisons, » souffla-t-il, incapable d'élever sa voix au-dessus du murmure. « Nous devrions, je l'espère, trouver l'homme que vous cherchez. Je... je connais quelqu'un de similaire – mais il n'est pas ici, pas à Edimbourg, il n'a aucune raison de l'être. Peut-être est-ce quelqu'un de sa famille. » Il savait fort bien que les odeurs n'étaient que rarement partagées entre frères ou entre cousins mais c'était un espoir auquel il se raccrochait de toutes ses forces. Car s'il s'agissait de l'homme auquel il avait offert bien plus que son cœur, cela signifiait que tout devenait immensément plus compliqué. « Savez-vous pour quelle raison il a choisi de vous sauver ? Vous ne semblez pas le connaître outre mesure, il n'est donc pas un ami. Pourquoi un inconnu qui vous aurait menti sur son identité aurait-il choisi de vous sauver ? » Quelle terrible cabale se cachait derrière l'homme tourmenté qui lui avait rendu visite ? Tristan avait l'impression qu'il lui suffirait de gratter un instant et que la terre révélerait ses entrailles pourries, emplies jusqu'à la gueule de cadavres et de haines mal enfouies. Le thé allait être plus que bienvenu.

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    Taux d'hybridation :
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    Age : 35 ans
    Métier : Pasteur
    Pouvoirs : Charisme, beauté naturelle, conteur écouté, transformation une fois par mois
    Inconvénients : Obéissance à celui qui possède la peau, trouble de déficit de l'attention, tendances artistiques


    Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.



    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.



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